Santé

La grippe aviaire et les oiseaux : la transmission du virus

Dossier - Grippe aviaire : Questions - Réponses
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Alors que la grippe aviaire fait la une de tous les médias, les questions fusent et les doutes sont nombreux. Que doit-on faire ? Quels sont les risques ? Voici sous forme de multiples questions / réponses un dossier réalisé en collaboration avec la LPO pour tout savoir.

  
DossiersGrippe aviaire : Questions - Réponses
 

- Qu'est ce que la grippe ?

La grippe est une affection provoquée par un virus. Les virus de la grippe sont définis par 2 protéines: l'hémagglutinine (H), qui comporte 15 types, et la neuraminidase (N) qui se décline en 9 types, de N1 à N9.

- Qu'est ce qu'un virus ?

"Virus : Micro-organisme infectieux à structure bien définie, parasite absolu des cellules vivantes, possédant un seul type d'acide nucléique et se reproduisant à partir de son seul matériel génétique". Définition du Petit Robert.

- Qu'est ce que la grippe aviaire ?

La grippe aviaire est une grippe qui touche presque toutes les familles d'oiseaux. Les oiseaux peuvent être infectés par n'importe quelle combinaison H et N. L'homme ne peut être infecté que par quelques-unes des combinaisons, dont la H5N1 HP. Les oiseaux sauvages peuvent être porteurs, sans être malades, tandis que le même virus peut devenir très contagieux et mortel chez les volailles, et de façon très exceptionnelle chez l'homme.

Circuit de la contamination - Le virus de la grippe aviaire peut contaminer l'homme soit en transitant par le porc soit directement en passant du poulet à l'homme (circuit bleu) comme cela s'est produit aux Pays-Bas et cet hiver dans une dizaine de pays asiatiques. Mais les responsables de la santé craignent que ce virus ne rencontre celui de la grippe humaine dans un porc qui servirait alors de creuset. Les deux virus pourraient s'y recombiner et donner naissance à un redoutable virus humanisé (circuit violet) qui se propagerait rapidement d'homme à homme et pour lequel il n'existerait pas de vaccin.© Schéma CNRS/B. Bourgeois - tous droits de reproduction interdit

- Pourquoi dit-on grippe « aviaire » ?

Parce qu'elle ne concerne pour l'instant que les oiseaux sauvages et la volaille. «Aviaire» est un adjectif se rapportant uniquement aux oiseaux.

- Quelle différence y-a-t-il entre «grippe aviaire», «grippe du poulet» et «virus influenza aviaire» ?

Aucune, sinon que l'Influenza aviaire hautement pathogène ou peste aviaire se caractérise par son caractère contagieux.

- Qu'est- ce qu'une épizootie de grippe aviaire ?

On parle d'épizootie de grippe aviaire lorsque la maladie affecte brutalement un grand nombre d'animaux à la fois dans une région donnée.

- De quel virus s'agit-il à l'heure actuelle ?

Il s'agit du virus H5N1 HP, qui est extrêmement virulent pour les volailles.

© Fao - tous droits de reproduction interdit

- Qui est touché par la grippe aviaire ?

La grippe aviaire est une affection qui touche PRINCIPALEMENT les volailles. L'homme ne peut être infecté que par quelques-unes des combinaisons, dont la H5N1, mais dans des conditions très particulières. Il n'est pas pour l'instant transmissible d'homme à homme.

- La grippe aviaire est-elle contagieuse au niveau de la faune ?

La grippe aviaire est fortement contagieuse chez les poulets et les dindes et pour les espèces sauvages (canards, oies et cygnes). Elle est susceptible d'entraîner une mortalité élevée pour ces espèces.

- La France est-elle dans une zone infectée ?

Depuis le 13 février 2006, 2 Fuligules milouins (Aythya ferina), 15 cygnes et un élevage de 11 000 dindes ont été affectés par le virus H5N1 dans la Dombes, dans le département de l'Ain. Les résultats des premières analyses immédiatement effectuées par le laboratoire de référence ont mis en évidence la présence du virus H5 avec de fortes similitudes (à 99%) avec la souche H5N1 asiatique.

L'annonce du premier cas a été suivie par l'application des mesures d'urgence prévues dans le cadre communautaire.

Une zone de protection renforcée de 3 km autour du lieu de récolte de l'oiseau avait été mise en place. Elle est complétée par une zone de surveillance d'un rayon de 10 km. Depuis la découverte de nouveaux oiseaux décelés dans le département, la zone de surveillance dans l'Ain a été élargie.

Dans ces zones, les services vétérinaires vérifient de manière systématique l'état clinique des volailles.

Dans le même temps, aucun mouvement d'entrée ou de sortie de volailles vivantes n'est autorisé. Les oiseaux sauvages font l'objet d'une surveillance renforcée.

Pour les oiseaux sauvages, les Fuligules milouins, ainsi relevés, sont des canards plongeurs qui occupent une vaste partie de l'Eurasie tempérée, des îles britanniques à la Mongolie. Au cours des dernières décennies, le Fuligule milouin a étendu son aire de nidification vers l'ouest et le sud-ouest. En France, en hiver, il fréquente les grandes surfaces aquatiques telles que les étangs de Brenne, la Vallée de l'Ain, le lac de Grand-Lieu (etc.,...) et ceci avec un statut d'hivernant. Il est également hivernant en Ukraine au bord de la Mer Noire, dans le delta du Danube, de la Volga, le lac Léman, le nord de l'Allemagne et les Pays-Bas. Des individus des populations d'Europe orientale, lors des hivers rigoureux, peuvent effectuer des déplacements vers l'ouest pour échapper aux conditions climatiques. Ainsi, il n'est pas exclu que cet oiseau contaminé provient des sites d'hivernage de l'est de l'Europe où il aurait contracté le virus. Il ne s'agit manifestement pas d'un déplacement migratoire. Les populations de Fuligule milouin migrent vers le nord, nord-est, à la deuxième décade de février et la première de mars, pour rejoindre leurs sites de nidification septentrionaux.

Une autre hypothèse, peu probable, pourrait correspondre à la contamination de ce canard à partir de matières fécales souillées sur son site d'hivernage français dans la Dombes.

Ainsi, l'émergence de foyers H5N1 en France, comme en Europe du sud, nous conduit à nous interroger sur l'origine de la contamination.
De même, rappelons, que là encore, il ne s'agit pas de mouvements migratoires en provenance d'Afrique mais au contraire de déplacements exceptionnels d'est en ouest.

Les Cygnes tuberculés (Cygnus olor) trouvés morts avec le virus H5N1 dans cette même région sont quant à eux sédentaires. Ils ont probablement été infectés sur place.

La LPO, contrairement aux allégations, rappelle que les oiseaux sauvages incriminés et victimes du virus dans le sud de l'Europe sont pour la plupart des animaux sédentaires ou capables seulement de faire des migrations partielles. Ces oiseaux, en particulier des Cygnes tuberculés pour l'Italie, la Grèce, la Bulgarie, l'Autriche et la Slovénie ont, tout au plus, tenté d'échapper à un hiver rigoureux en se déplaçant vers l'ouest et ils ont probablement contracté le virus dans des pays de l'Est de l'Europe où l'épandage de lisier de volaille reste un usage commun.
Par ailleurs, ajoutons que la probabilité de contamination de l'élevage de dindes de Versailleux, dans l'Ain, par des oiseaux sauvages nous paraît peu vraisemblable. Rappelons que cet élevage fonctionnait en claustration totale avec un système de ravitaillement des volailles en circuit fermé. L'origine de la contamination serait liée à «des dépôts de fientes d'oiseaux sauvages sur la paille destinée à servir de litière aux dindes». Cette hypothèse nous conduit à souligner que dans l'analyse de la situation, il est important de prendre en considération les innombrables déplacements auxquels cette région a du faire face ces derniers temps

- Combien d'oiseaux ont du être abattus ou sont morts ?

Le virus H5N1 a été à l'origine directe ou indirecte de la mort de plus de 150 millions d'oiseaux domestiques depuis qu'elle s'est déclarée en 1997.

Parmi les nombreux cas évoqués d'oiseaux sauvages contaminés, peu de cas d'oiseaux parmi les millions de migrateurs infectés par le virus H5N1 ont été clairement documentés. L'examen des rapports d'analyse des cas d'oiseaux sauvages victimes du virus Influenza aviaire hautement pathogène laisse apparaître que moins de 20 espèces sont concernées. La majorité des oiseaux sauvages affectés par cette maladie sont des anatidés qui par leur mode de vie sont probablement les plus exposés aux risques de contamination des eaux par les activités d'élevages.

Aujourd'hui, dans le monde l'épizootie d'Influenza aviaire H5N1 a concerné 4083 foyers différents affectant essentiellement des élevages et, dans l'environnement de ces foyers, seuls 44 évènements font apparaître des oiseaux sauvages contaminés par les sous types H5. Toujours selon des données documentées (source. OIE), seuls 9 foyers de virus des sous-types H5 concernent uniquement des oiseaux migrateurs sans que la présence d'oiseaux domestiques soit clairement identifiée.

Ne nous y trompons pas, ce sont les actions de l'homme qui, par des prélèvements sur la nature (affectant les espèces animales et végétales), des pratiques inconsidérées et la destruction des écosystèmes, nous conduisent à un génocide. Les espèces végétales et animales, victimes de nos errances, sont pourtant la seule garantie pour les générations actuelles et futures.

Dans le cas présent, l'émergence du virus H5N1 est bien la conséquence de méthodes d'élevages irresponsables qui correspondent à entasser plusieurs milliers d'oiseaux domestiques, dans un espace restreint et une atmosphère souillée par des déjections en tout genre avec une alimentation et des conditions de stress épouvantables. Les oiseaux migrateurs incriminés sont les victimes de ces dérives...