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Grippe A(H7N9) : le virus pas bien adapté à la transmission interhumaine

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À l'heure où des cas sporadiques de grippe A(H7N9) réapparaissent en Extrême-Orient, une étude tend à rassurer. Contrairement à ce que certains travaux ont pu suggérer, le virus ne serait pas (encore) bien adapté pour se transmettre facilement d'Homme à Homme.

De nouveaux virus de la grippe émergent régulièrement et passent de l'animal à l'Homme. Il faut parfois plus de temps avant qu'ils franchissent pleinement la barrière des espèces et deviennent très contagieux d'Homme à Homme. © Sanofi Pasteur, Flickr, cc by nc nd 2.0

Quels dangers se cachent derrière le virus de la grippe A(H7N9) ? Circulant fréquemment chez les oiseaux, le pathogène a subitement sauté la barrière des espèces et a frappé l’Homme pour la première fois en février dernier. Depuis, au printemps, les cas humains se sont multipliés en Chine, et près d'un tiers des malades ont succombé. Officiellement, l'OMS dénombre 139 patients dont 45 morts, mais ces chiffres ne prennent pas en compte les annonces récentes de deux cas supplémentaires en provenance de Hong Kong.

Différentes équipes de recherche se penchent sur le virus afin de déterminer son potentiel destructeur et de trouver les moyens de s'en préserver. Si la plupart des contaminations ont pu être attribuées à un contact avec de la volaille infectée, des cas plausibles de transmission interhumaine laissent entendre que le pathogène évolue vers une forme plus contagieuse, et donc inquiétante. Certaines études semblent même montrer la présence d'une mutation qui lui procure davantage d'affinités avec les cellules humaines.

Est-on proche d'une pandémie ? Ian Wilson et James Paulson, chercheurs à l'institut de recherche Scripps (Californie, États-Unis), ont voulu en avoir le cœur net et sont allés vérifier la complémentarité entre le virus de la grippe et les récepteurs présents à la surface de nos cellules. Leurs résultats, parus dans Science, montrent qu'il n'y a pas encore trop de raisons de s'inquiéter.

Le virus de la grippe A(H7N9) évolue. Dans les premiers cas, il n'y avait pas la mutation au niveau de la 226e position de l'hémagglutinine. Puis, très vite, les scientifiques ont découvert que le pathogène acquérait progressivement la possibilité de mieux s'en prendre à l'Homme. Mais pas de panique : quelques mutations supplémentaires sont encore nécessaires pour que le danger soit important pour l’Homme. © C. Goldsmith, CDC

Un virus de la grippe qui n’a pas encore trop d’affinités pour l’Homme

Pour infester une cellule, action nécessaire pour sa réplication, le virus de la grippe utilise une protéine à sa surface, l'hémagglutinine. En cas de forte affinité pour certains récepteurs cellulaires, le microbe peut se lier à sa cible et injecter son patrimoine génétique. Hommes et oiseaux ne possèdent pas exactement les mêmes récepteurs, si bien qu'un même virus présente plus d'affinités pour l'un ou l'autre.

Dernièrement, les analyses au niveau de l'hémagglutinine avaient montré une substitution d'un acide aminé par un autre : la glutamine en position 226 a été remplacée par une leucine, ce qui tend à conférer à la molécule plus d'affinités avec les récepteurs cellulaires humains. Les auteurs ont donc voulu déterminer les structures tridimensionnelles exactes des deux acteurs principaux afin de déterminer le lien qui les unit réellement.

Par cristallographie aux rayons X, ils ont obtenu des clichés d'une grande précision qui permettent de tirer des conclusions fermes. L'hémagglutinine ressemble beaucoup à celle qui circule chez les oiseaux et ne permet que des liaisons plutôt faibles avec les récepteurs humains. À priori donc, le risque de pandémie est encore bas et il faudrait encore quelques mutations supplémentaires du virus de la grippe H7N9 pour que le danger devienne plus sérieux. Mais nous ne sommes pas encore à l'abri de cette possibilité.

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