La grippe A(H7N9) causerait des symptômes particulièrement violents chez les adultes en bonne santé, tandis que les oiseaux ne montrent aucun signe de la maladie. Si les volatiles sont réellement à l'origine de la transmission à l'Homme, la tâche des scientifiques n’en sera que plus complexe, car il est impossible visuellement de détecter les animaux contaminés. © C. Goldsmith, CDC, DP

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Grippe A(H7N9) : des possibles cas de transmission interhumaine

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Pour l'heure, rien n'est confirmé, mais quelques cas d'infection à la grippe A(H7N9) de personnes proches ou de la même famille laissent entrevoir une possible transmission interhumaine. De plus, les oiseaux pourraient ne pas être la source de l'infection. Le mystère plane...

Entre inquiétude et questionnement. La grippe A(H7N9) est connue chez l'Homme depuis trois semaines seulement mais elle fait tourner la tête des scientifiques du monde entier. D'où vient-elle ? Peut-elle se transmettre d’Homme à Homme ? Deviendra-t-elle pandémique ? Autant d'interrogations qui n'ont pour l'heure pas de réponse.

Si les oiseaux semblaient être les vecteurs de cette grippe aviaire, des éléments nouveaux incitent les chercheurs à explorer d'autres pistes. En effet, sur les 77 premiers cas infectés et reconnus, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) explique que 40 % des malades affirment ne pas avoir été au contact de volailles. De plus, les autorités sanitaires ont récolté 47.801 échantillons sur 1.000 marchés de volailles et fermes avicoles. Seuls 39 cas positifs ont été détectés, ce qui est très faible.

Des scientifiques du monde entier collaborent et tentent de retracer la présence du virus chez d'autres animaux. Comme souvent, le porc a figuré parmi les premiers suspects, et des investigations ont été menées aussitôt après l'annonce du premier cas. Pour l'heure, aucun résultat positif. Qui est donc le responsable ? La question persiste.

La grippe A(H7N9) se transmet-elle d’Homme à Homme ?

Plus inquiétant : quelques cas ont été signalés au sein de plusieurs familles ou de personnes ayant été en contact les unes les autres. À Shanghai d'abord. Le premier malade, un homme de 87 ans, a succombé à la grippe. Deux de ses fils, âgés de 69 et 55 ans, ont aussi été admis dans les jours qui ont suivi à l'hôpital pour une pneumonie sévère. Le plus jeune en est décédé. Dans un premier temps, les autorités chinoises précisaient que les deux hommes n'étaient pas porteurs du virus. Mais depuis, les analyses ont montré que le H7N9 était derrière tout ça.

Une des premières images prises au microscope électronique à transmission du virus de la grippe A(H7N9). Il détient encore beaucoup de secrets. © C. Goldsmith, CDC, DP

Au moins une autre famille de Shanghai serait concernée, puisqu'un homme et son épouse ont contracté la grippe. À Pékin, ce sont deux enfants, un garçon et une petite fille, habitant les maisons voisines et ayant pour habitude de jouer ensemble, qui sont tombés malades. Les signes d'une possible transmission interhumaine sont là, bien qu'il soit impossible en l'état de l'affirmer. En effet, d'autres pistes sont à envisager : ces patients auraient pu être infectés depuis un même animal contaminé.

Qu'en pensent les experts ? Ils sont partagés. Certains, comme Charles Chiu, chercheur à l'université de Californie à San Francisco (UCSF), manifestent leur inquiétude. Il explique au San Francisco Chronicle que ces signes laissent supposer que la grippe A(H7N9) pourrait avoir un réel potentiel pandémique, de même nature que la H1N1, qui avait touché des millions de personnes à travers le monde, mais n'avaient officiellement causé que peu de décès. Cette fois, en revanche, on parle d'un virus plus agressif.

Une mortalité peut-être surestimée

En effet, la plupart des malades de la grippe A(H7N9) doivent se faire soigner à l'hôpital. Si dans un premier temps les symptômes sont ceux d'une grippe classique (fièvre, toux, fatigue, courbature, etc.), l'infection évolue en pneumonie, y compris chez des sujets en bonne santé, chose rare.

Mais il y a des motifs d'espoir. Un enfant a été diagnostiqué avec le virus alors qu'il n'avait aucun symptôme. Cela suggère donc qu'on pourrait sous-estimer l'épidémiologie en ne décelant pas tous les cas, et donc qu'on surestimerait la létalité du virus. Par ailleurs, si effectivement on montre qu'il y a eu des contaminations d'Homme à Homme, on est encore loin des grippes pandémiques qui se répandent très facilement. Dans ces cas, le virus saute d'un individu à l'autre, puis affecte un troisième et ainsi de suite. Avec le H7N9, le pouvoir infectieux semble, actuellement du moins, beaucoup plus limité.

Pour enrayer au plus vite l'épidémie qui ne cesse de croître (87 cas confirmés le 18 avril), des échantillons du virus ont été distribués à des laboratoires du monde entier. L'objectif est de mettre au point dès que possible un vaccin efficace.

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