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La grippe aviaire se transmet par les plumes

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Les plumes des oiseaux aquatiques peuvent porter le virus de la grippe aviaire, et potentiellement le transmettre. Cette découverte devrait modifier la surveillance sanitaire pour mieux enrayer de nouveaux risques d'épidémies.

Le virus de la grippe aviaire peut être transmis par les plumes des oiseaux. Crédits DR

Les oiseaux sont une des sources de transmission de la grippe à l'Homme, à l'image de l'épidémie de grippe aviaire H5N1 en 2004. Il est donc essentiel de comprendre comment les transmissions peuvent être possibles, afin d'éviter toute nouvelle épidémie. Si le rôle de l'eau semble important dans la transmission entre oiseaux aquatiques, cela n'a jamais encore été bien décrit. Les fientes retrouvées dans l'eau contiennent du virus mais la dilution est telle qu'elle ne devrait pas permettre une contamination efficace. Il manquait donc le lien entre l'excrétion du virus par les fientes et l'infection d'un nouvel hôte : il vient d'être établi.

Une collaboration de chercheurs italiens et américains a présenté dans la revue scientifique Plos One deux travaux complémentaires sur la transmission du virus chez les oiseaux aquatiques : une étude épidémiologique sur des colverts sauvages, associée à des tests biologiques en laboratoire. Leur but était de déterminer le rôle des plumes en tant que vecteur du virus. Or les oiseaux, et en particulier les oiseaux aquatiques, utilisent une sécrétion de la glande uropygienne pour entretenir et imperméabiliser leur plumage. Le liquide composé de corps lipidiques est enduit sur les plumes par le biais du bec de l'oiseau.

L'hypothèse étant que cette sécrétion lipidique facilite la transmission du virus, les scientifiques ont cherché la présence de particules virales sur les plumes et au niveau du cloaque sur 345 canards sauvages. L'ARN viral est retrouvé sur les plumes de 27% des oiseaux alors que seulement 11% des individus possèdent des virus au niveau du cloaque. En revanche, l'infectivité du virus est moindre lorsqu'il provient des plumes que lorsqu'il est issu du cloaque (17,2% contre 39,5%). Le virus est probablement moins stable puisqu'il est exposé à des températures inappropriées pour sa conservation et aux rayons UV qui endommagent l'ARN viral.

L'étude épidémiologique a consisté en la recherche de la présence de virus sur les plumes des colverts sauvages par l'utilisation de cotons-tiges, ensuite soumis à des tests biologiques. © Plos One

Mieux dépister les oiseaux contaminés

L'absence d'ARN viral dans la glande uropygienne démontre l'origine externe du virus retrouvé sur les plumes. Cela a d'ailleurs été confirmé expérimentalement : des tests de contamination des plumes plongées dans de l'eau contenant du virus montrent que le liquide uropygien attire et concentre le virus sur les plumes. Le mécanisme est probablement identique dans la nature.

Cela change alors la donne car lors de la surveillance sanitaire, les oiseaux sont habituellement diagnostiqués par la recherche du virus de la grippe dans la trachée ou le cloaque. Or d'après ces nouveaux travaux, l'absence de virus dans ces organes ne signifie pas que le palmipède n'est pas contaminé. En effet, il peut être porteur du virus sans être lui-même infecté. Ces faux-négatifs sont donc une source de contamination possible, à ne plus négliger.

Ces résultats indiquent aussi que ce mode de transmission pourrait être une source de transmission à l'Homme. Il pourrait même être à l'origine de la contamination d'hommes et de femmes en Azerbaïdjan en février 2006, qui ont contracté le virus de la grippe de type H5N1 après avoir déplumé un groupe de cygnes sauvages retrouvés morts.

Toutefois, d'autres recherches sont encore nécessaires pour compléter ces travaux : étudier l'incidence de ce mode de transmission à longue distance, interespèce (toutes les huiles uropygiennes ne sont pas identiques) et dans le temps.

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