Sanofi lance un essai de phase I chez l’Homme pour un vaccin anti-grippe à ARN messager. © desertsands, Adobe Stock
Santé

Sanofi débute les essais du premier vaccin antigrippe à ARNm

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[EN VIDÉO] Comment fonctionne un vaccin à ARN messager ?  Pfizer et Moderna ont choisi cette technique de pointe pour concevoir en un temps record leur vaccin contre le Covid-19. Cette vidéo présente tout ce qu'il faut savoir sur les vaccins à ARN messager en trois minutes ! 

La technologie des vaccins à ARN messager, qui a fait ses preuves dans la lutte contre le SARS-CoV-2, s'étend à présent à d'autres maladies. Sanofi et son partenaire Translate Bio, spécialisé dans l'ARNm, lancent la première étape des essais pour un vaccin contre la grippe. Avec à la clé la promesse d'un vaccin plus rapide à fabriquer et donc plus efficace.

Pour son vaccin contre la Covid (actuellement en phase III), Sanofi a misé sur un vaccin classique à protéine recombinante, la même technologie que celle utilisée pour son vaccin contre la grippe, dont il est le premier producteur mondial. C'est le chemin inverse que le laboratoire a fait pour ce dernier, avec l'annonce le 22 juin du début d'un essai clinique pour « une nouvelle génération de vaccins contre la grippe à ARNm ». Le laboratoire s'est allié pour l'occasion à Translate Bio, spécialisée dans l'ARN messager, et qui développe notamment des médicaments contre les maladies pulmonaires ou hépatiques.

L'essai, dont la phase I vient de débuter, permettra d'évaluer la tolérance et l'immunogénicité du candidat-vaccin sur la souche A/H3N2 du virus de la grippe. Le choix de cette dernière s'appuie sur le fait qu'elle cause des formes plus sévères chez les personnes à risque, en particulier les enfants et les personnes âgées, justifie Sanofi. Deux formulations vont être testées, avec comme seule différence la nature des nanoparticules lipidiques. L'essai se déroulera aux États-Unis sur 280 participants âgés de 18 à 49 ans.

Le vaccin à ARNm, nouveau Graal des laboratoires

« L'actuelle pandémie nous a permis de constater combien la technologie de l’ARNm était prometteuse et nous allons à présent chercher à l'étendre à d'autres vaccins annuels », explique Jean-François Toussaint, responsable monde, Recherche et Développement de Sanofi Pasteur. Cette technologie a en effet fait preuve de sa supériorité dans la protection contre la Covid, avec un taux d’efficacité compris entre 88 % et 96 % contre les formes symptomatiques et selon les variants. Du coup, les vaccins à ARNm sont devenus le nouveau fer de lance des laboratoires (Sanofi est d'ailleurs aussi en phase I pour un vaccin anti-Covid à ARN, toujours en partenariat avec Translate Bio).

Le vaccin à ARNm contre la grippe de Sanofi code pour l’hémagglutinine (la protéine en vert sur l’image). © Axel Kock, Adobe Stock

Coller au plus près des souches en circulation

Car outre leur simplicité (ils ne nécessitent pas d’adjuvant), les vaccins ARN présentent un atout majeur dans la lutte contre la grippe : ils sont très rapides à fabriquer. Aujourd'hui, le vaccin antigrippe de Sanofi est fabriqué à partir d'œufs de poule, dans lesquels on inocule les souches de grippe retenues, qui se multiplient ensuite dans les œufs. Ces virus sont suite récoltés, purifiés et inactivés pour produire le vaccin, qui doit ensuite être formulé dans une solution, puis mis en flacon et expédié aux quatre coins du monde.

Un processus qui nécessite près de neuf mois de préparation, ce qui fait que le choix des quatre souches virales doit être arrêté par l'OMS l'hiver précédent. Du coup, cela induit parfois des ratés, comme en 2016 ou 2019 où la souche avait muté entre-temps (Sanofi utilise aussi un autre vaccin à base d'ADN recombiné mais il n'est pas autorisé en France). Si comme le prétend le patron de Moderna un vaccin à ARNm peut être développé en six semaines, cela signifie que l'on pourra sélectionner les souches à inclure dans le vaccin bien plus tard, et donc coller au plus près de celles en circulation à l'entrée de l'hiver.

Grippe et Covid, même combat ?

Même si Sanofi se dit confiant après des premiers essais cliniques « prometteurs » en matière de tolérance et d'immunogénicité, la réussite n'est pas certaine. « Dans les vaccins multivalents (comme celui de la grippe), il n'est pas simple d'associer plusieurs antigènes protéiques dans un même produit. Certains ont tendance à prendre le pas sur d'autres », explique dans Les Échos Jamila Louahed, directrice de la R&D de GSK. Les annonces décevantes de CureVac, dont l'efficacité de son vaccin anti-Covid a été évaluée à seulement 47 %, montre que l'ARN n'est pas forcément la technologie miracle. Quoi qu'il en soit, Sanofi ne restera pas longtemps le seul sur ce créneau : Pfizer et Moderna planchent tous deux sur des vaccins ARN antigrippaux. Moderna envisage un essai de phase I d'ici la fin de l'année.

Pour en savoir plus

Un vaccin contre la grippe qui protège à vie ?

Article de Jaloux Chaput publié le 26/11/2012

Des chercheurs allemands développent actuellement un vaccin d'un nouveau type qui protégerait contre une souche grippale pour de très longues années, voire à vie. Au lieu d'utiliser directement les antigènes, il a recours à l'ARN messager...

Tous les ans, c'est la même rengaine : tout le monde (mais prioritairement les personnes à risques) est convié à subir une injection en prévention de la grippe saisonnière. Et si on pouvait l'éviter avec quelques vaccins administrés durant l'enfance ? C'est le projet de chercheurs allemands de l'institut Friedrich-Loeffler qui développent actuellement un vaccin d'un nouveau type contre la grippe.

D'ordinaire, on immunise les patients en leur injectant deux protéines : l'hémagglutinine et la neuraminidase, les fameux H et N qui servent à définir les souches virales (H5N1H1N1 par exemple). Ces antigènes se retrouvent naturellement à la surface du virus et stimulent la réponse immunitaire par la production d'anticorps spécifiques.

Cependant, les délais de production sont longs. Même si l'Organisation mondiale de la santé (OMS) arrive à prévoir à l'avance la souche grippale qui circulera l'année suivante, il faut 6 mois dans des œufs de poule pour produire des stocks suffisants de vaccin. Une erreur de l'OMS serait préjudiciable pour les laboratoires pharmaceutiques. Tout dernièrement, un nouveau procédé vient d'être validé : à base de cellules animales en culture, il réduit ces délais à 10 semaines.

De l’ARNm pour stimuler l’immunité

Mais on pourrait faire encore mieux. Dans Nature Biotechnology, les scientifiques allemands suivent la piste d'un vaccin à base d'ARNm. Cette structure est l'intermédiaire entre l'ADN et les protéines. Ainsi, au lieu d'injecter directement hémagglutinine et neuraminidase, les auteurs inoculent l'ARNm qui, une fois traduit par la machinerie cellulaire, aboutit à ces deux antigènes. Le système immunitaire va donc réagir à ces protéines étrangères et s'armer contre toute menace.

Le virus de la grippe existe sous de très nombreuses formes. Chaque année, une nouvelle souche se répand et cause une épidémie qui tue des dizaines de milliers de personnes dans le monde, principalement de très jeunes enfants et des personnes âgées, au système immunitaire peu efficace. © Cynthia Goldsmith, CDC, DP

Les avantages sont nombreux : au lieu de ne stimuler que la réponse immunitaire innée à base d'anticorps, ce vaccin active aussi plus amplement l'immunité adaptative, qui fait intervenir des lymphocytes et autres médiateurs cellulaires. Ainsi, la protection est rapide et surtout plus durable. D'autre part, les délais de production à grande échelle se limitent à 6 à 8 semaines, donc moins que les techniques utilisées actuellement, laissant plus de marge pour réagir face à l'imprévu. Enfin, le produit se présente sous la forme d'une poudre lyophilisée qui ne nécessite pas un stockage en milieu réfrigéré, comme beaucoup de vaccins.

En revanche, un tel traitement préventif présentait jusque-là un défaut important : de précédents essais montraient que l'ARN est dégradé très vite après l'injection dans le sang. La firme pharmaceutique CureVac semble avoir trouvé la parade. Combiné à une protéine appelée protamine, l'ARNm est protégé et peut atteindre sa cible. Ce processus fait actuellement l'objet de tests cliniques, l'entreprise ayant développé des vaccins contre les cancers du poumon et de la prostate.

Un jour, des vaccins obligatoires contre la grippe ?

Ce traitement préventif contre la grippe a été essayé chez l'animal. Souris, furets et cochons ont présenté très rapidement une immunité forte contre une souche saisonnière ainsi que contre la grippe aviaire H5N1, et ce quel que soit l'âge des individus. La prochaine étape devrait consister à évaluer l'efficacité chez l'Homme.

À terme, l'idée serait de vacciner les enfants contre les différentes souches grippales, en attendant qu'un laboratoire développe enfin un vaccin universel contre la grippe. Les virus sont soumis à des mutations, mais une telle politique de prévention diminuerait fortement l'importance des épidémies, qui font des dizaines de milliers de victimes dans le monde chaque année.

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