Un vaccin universel contre la grippe protègerait d’une pandémie mondiale. © ro9drigo, Adobe Stock
Santé

Un vaccin universel contre la grippe passe avec succès un essai de phase I

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[EN VIDÉO] Comment la Covid va influer sur l'épidémie de grippe  Chaque année, la grippe saisonnière entraîne 8.000 à 10.000 décès. La saison dernière, marquée par le début de l’épidémie de SARS-CoV-2, a pourtant connu une baisse totalement inhabituelle et il est probable que cette année sera également bien différente de celles que nous connaissons habituellement. 

Cela fait des années que les scientifiques essayent de mettre au point un vaccin universel contre la grippe qui n'aurait pas besoin d'être renouvelé chaque année. Ils tiennent peut-être le bon bout avec, pour la première fois, un essai de phase I dont les résultats semblent prometteurs.

Un vaccin, qui induit une réponse immunitaire à un large éventail de souches et de sous-types de virus de la grippe, a produit des résultats solides et durables lors d'essais cliniques précoces chez l'Homme, rapporte une étude publiée le 7 décembre dans la revue Nature Medecine.

Le vaccin actuel contre la grippe cible un antigène appelé hémagglutinine (HA), situé à la surface du virus et qui subit fréquemment des mutations. Il faut donc reformuler le vaccin chaque année, à partir des souches circulant dans les différentes régions (voir encadré).

Cela fait plus de 20 ans que les scientifiques essayent de développer un vaccin universel contre la grippe, qui pourrait échapper aux mutations de l'HA. Certains ont par exemple essayé de développer des vaccins ciblant des protéines internes du virus, comme les protéines M ou les protéines NS, ou encore la neuraminidase (NS), une enzyme qui libère le virion grippal. Des approches qui se sont révélées jusqu'ici peu efficaces.

Structure de l’hémagglutinine, la principale glycoprotéine de surface du virus de la grippe qui serait le site de liaison aux récepteurs cellulaires. © Mes Sci, 2013

De l’hémagglutinine chimérique

Pour leur projet de vaccin universel, les chercheurs du Mont Sinaï, à l'origine de l'étude, sont restés concentrés sur l'hémagglutinine. Mais, alors que le vaccin saisonnier cible la partie distale de la glycoprotéine, connue sous le nom de tête globulaire, le « vaccin est dirigé vers la partie proximale de la protéine HA -- le domaine de la tige -- dont il a été démontré qu'il neutralise largement diverses souches du virus de la grippe chez les modèles animaux et chez l'Homme », explique Peter Palese, directeur du département de microbiologie de l'école de médecine Icahn du mont Sinaï et coauteur de l'étude. Les anticorps spécifiques de la tige peuvent en effet neutraliser plusieurs types de souches.

Le problème, c'est que l'immunodominance de la tête HA rend difficile l'induction d'une réponse puissante des anticorps contre le domaine de la tige. Pour rediriger la réponse immunitaire de la tête vers le domaine de la tige, les chercheurs ont donc créé des HA « chimériques » en associant des domaines de tige et des têtes globulaires. En 2015, des chercheurs avaient déjà tenté cette approche en utilisant des nanoparticules et un adjuvant qui réduisent la densité d'hémagglutinine à la surface du virus afin que les anticorps trouvent plus facilement la tige.

Une protection pendant au moins 18 mois

L'essai clinique de phase I, financé en partie par la Fondation Bill et Melinda Gates, a évalué l'innocuité et l'immunogénicité du vaccin chez 65 participants aux États-Unis et s'est avéré produire une forte réponse immunitaire qui a duré au moins 18 mois après la vaccination. Plusieurs autres essais de phase 1 de virus universel sont en cours mais celui-ci est le premier à être publié.

Si ces résultats sont encourageants, ils ne disent rien de l'efficacité du vaccin dans le cadre d'une épidémie, ce qui est le rôle des phases II et III. L'essai de phase I se limite à démontrer que le vaccin ne présente aucun problème de sécurité et qu'il induit une réponse immunitaire. Il faudra donc poursuivre les essais cliniques sur de plus vastes populations pour avoir une idée probante de son avenir.

Pour en savoir plus

Grippe : un nouveau pas vers un vaccin universel

Article de Janlou Chaput publié le 10/12/2011

La protéine M2, commune à de nombreuses formes de la grippe, avait déjà été testée pour créer un vaccin mais les résultats avaient été décevants. Des chercheurs coréens viennent pourtant de montrer l'efficacité d'un nouveau vaccin à base de cet antigène chez des souris. Comment ont-ils fait ? Ils l'ont administré sous la langue !

Chaque année, les personnes les plus fragiles doivent se protéger contre la grippe saisonnière. À l'heure actuelle, aucun vaccin universel n'est proposé car l'antigène ciblé, l'hémagglutinine, subit fréquemment des mutations. Aussi, le rendez-vous annuel chez le médecin devient une vieille habitude... Qui pourrait se perdre si l'on arrivait à proposer une solution efficace contre toutes les formes de grippe.

Et une nouvelle piste vient d'être découverte par des chercheurs coréens de l'Institut international du vaccin (Ivi), dont les résultats sont publiés sur Plos One. Des études précédentes avaient montré que la protéine M2 (pour matrix protein 2) était très bien conservée dans les différentes formes virales de la grippe A. La piste de cet antigène, déjà testé comme vaccin par injection parentérale, avait été abandonnée faute de résultats prometteurs. Des scientifiques coréens se sont alors demandé si le problème ne provenait pas du mode d'administration.

M2 est efficace uniquement par administration sublinguale

Cette bonne idée les a amenés à montrer que l'antigène M2 était tout à fait adapté pour protéger contre une infection de plusieurs variantes grippales, y compris contre la grippe aviaire ou la grippe A, celle qui a sévi en 2009. Mais cela ne fonctionne bien que si le vaccin est déposé sous la langue. Au-delà de la forte réponse immunitaire induite chez les souris, les défenses se sont particulièrement bien organisées pour protéger les poumons, l'organe ciblé par l'agent infectieux.

L'hémagglutinine, ici représentée dans sa structure moléculaire simplifiée en 3 dimensions, est le fameux H de H5N1 ou H1N1. Cette protéine de surface du virus est l'antigène utilisé actuellement pour les vaccins contre la grippe saisonnière. Bientôt, elle pourrait être remplacée par M2. © US National Institute of Health, Wikipedia, cc by sa 3.0

Peut-être de nouvelles stratégies de vaccinations

« La vaccination sublinguale avec M2 induit une réponse immunitaire dans les poumons des souris alors que le même produit administré par injection parentérale ne le fait pas, commente Man-ki Song, auteur principal de l'étude. C'est probablement pour cette raison que les tentatives précédentes qui portaient sur l'injection de vaccin à base de M2 n'avaient pas fonctionné. » Et d'ajouter : « Cette approche de la vaccination offre de nouvelles stratégies pour prévenir d'une infection de la grippe et pourrait être utilisée pour contrôler des épidémies de grippes potentielles. »

Cette nouvelle suscite l'optimisme dans le monde de la recherche contre la grippe. Si les mêmes effets étaient observés chez l'être humain, la vaccination par administration sublinguale de M2 pourrait s'imposer comme la meilleure solution pour lutter contre une pandémie. Alors que des chercheurs annonçaient il y a quelques jours avoir créé un virus de la grippe aviaire très pathogène, suscitant ainsi la polémique, voilà une voie de recherche plus douce...

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