Selon plusieurs études d'observation, un risque relatif modéré mais réel existe entre obésité transitoire à l'adolescence et cancer. © Africa Studio, Adobe Stock

Santé

L'obésité des adolescents augmenterait leur risque de cancer à l'âge adulte

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L'obésité à l'adolescence pourrait être un facteur de risque dans le développement de cancer à l'âge adulte, selon une récente étude prospective. 

Ce n'est plus un secret pour personne : l'obésité est un facteur de risque du cancer. Par les changements métaboliques et la sédentarité qu'elle induit, c'est un véritable lien causal qui unit ces deux variables. Cependant, on connaît moins l'impact d'une obésité transitoire à l'adolescence sur le risque de cancer à l'âge adulte. Est-ce également un facteur de risque ? Une nouvelle étude d'observation publiée dans le journal médical The Lancet vient nous en apprendre un peu plus à ce sujet. 

Un risque existant mais modéré

Dans cette étude, les chercheurs partent de l'hypothèse qu'une obésité à l'adolescence peut accroître l'incidence des taux de cancer à la quarantaine. Entre 1967 et 2010, plus de deux millions de participants israéliens ont été examinés pour les besoins de l'étude. Un peu plus de 100.000 d'entre eux ont été exclus conformément aux critères d'exclusion ou à cause de la perte du suivi, durant l'étude. Sur les patients restants, l'analyse statistique montre une augmentation du risque relatif (par rapport au risque « normal » dans la population générale) de 26 % en moyenne (la vraie valeur est comprise entre 18 à 35 %) chez les hommes. Chez les femmes, aucune association n'a été trouvée à cause, selon les scientifiques, de deux associations inverses avec le cancer du sein et le cancer cervical. En excluant ces cancers, le risque relatif est de 27 % (la vraie valeur est comprise entre 13 et 44 %) pour tous les autres.

Si l'obésité était très importante, le risque relatif de cancer chez les deux sexes était d'autant plus augmenté (le chiffre est indisponible dans le résumé de l'étude) après 10 ans. Les auteurs concluent que la prévalence croissante de l'obésité chez les adolescents et l'association possible entre celle-ci et l'incidence du cancer pourraient accroître la charge des futurs cancers liés à l'obésité. De là, découle l'importance de miser sur la prévention.

Les nudges (« suggestions indirectes qui peuvent, sans forcer, influencer les motivations, les incitations et la prise de décision des groupes et des individus, au moins de manière aussi efficace sinon plus efficacement que l'instruction directe, la législation ou l'exécution ») pourraient nous être utiles pour trouver des solutions à la pandémie actuelle d'obésité. © T.L.Furrer, Adobe Stock

De l'importance de la prévention

Une récente étude allemande va dans le même sens : l'obésité à l'adolescence accroît le risque de maladies cardiaques et de cancers à l'âge adulte. Dès lors, même si en médecine la prévention ne suffit pas, elle constitue un levier d'action éminemment important. Cependant, plusieurs problèmes apparaissent. Si on connaît la plupart des comportements à adopter pour prévenir les maladies (ne pas fumer, boire peu d'alcool, faire du sport, manger équilibré et garder un poids sain, comme nous le rappelle une récente étude du British Medical Journal parue récemment), on est loin d'être performant dans le fait de faire adopter lesdits comportements aux individus. C'est pourtant le nouveau défi majeur de la santé publique. Par ailleurs, les nudges (« suggestions indirectes qui peuvent, sans forcer, influencer les motivations, les incitations et la prise de décision des groupes et des individus, au moins de manière aussi efficace sinon plus efficacement que l'instruction directe, la législation ou l'exécution ») pourraient nous être utiles à trouver des solutions à ces problèmes. En fait, ils s'intéressent déjà aux problématiques de santé publique et d'obésité.

Néanmoins, c'est un problème complexe mêlant des enjeux sanitaires, économiques et politiques. En effet, dans nos systèmes politiques, hormis les déterminants biologiques, psychologiques et neurologiques qui nous poussent à trop manger (et mal manger), cette pandémie résulte aussi d'un problème de production, de disponibilité et d'environnement alimentaire. De plus, les mêmes systèmes politiques aiment à déresponsabiliser les personnes de leur propre santé. Même si la sacro-sainte volonté n'est clairement suffisante pour guérir d'une maladie telle que l'obésité, peut-être que (et c'est bien là une hypothèse) rendre aux individus un peu de la responsabilité de leur propre santé (les faire se sentir plus concerné, en somme) aurait des effets bénéfiques ?

  • L'obésité est un facteur de risque connu depuis de longues années concernant le cancer. Pourtant, on en sait moins sur l'impact d'une obésité transitoire sur l'incidence de cette maladie. 
  • Selon plusieurs études d'observation, un risque relatif modéré mais réel existe entre obésité transitoire à l'adolescence et cancer. Il est en moyenne de 26 % (18-35 %) chez les hommes et de 27 % (13-44 %) chez les femmes. 
  • Il est important de miser sur la prévention, les nudges et la prise de conscience des innombrables causes participant à la pandémie d'obésité pour espérer endiguer cette charge supplémentaire de cancer, de maladies diverses et de dégradation majeure de la qualité de vie.
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