L'obésité est à l'origine de nombreuses maladies parfois mortelles, comme le diabète ou des pathologies cardiovasculaires. Dans le monde, le surpoids a atteint le stade pandémique, et il y a désormais davantage de gens qui souffrent de trop manger que de personnes en situation de malnutrition. Et encore, la situation pourrait être pire que prévue, puisque l'IMC, indicateur très utilisé, pourrait sous-estimer l'obésité... © Rolenf-Stock Free Images

Santé

Obésité : le manque de fiabilité de l'IMC a sous-estimé l’épidémie

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L'indice de masse corporelle (IMC) serait un mauvais indicateur de l'obésité puisqu'il la sous-estimerait bien trop souvent. La population américaine ne serait pas composée de 26 % d'obèses comme il semble l'indiquer, mais de 64 % selon les résultats fournis par une technique plus moderne. Faut-il revoir notre façon de considérer le surpoids ?

Le Belge Adolphe Quetelet avait pourtant changé le monde. En mettant au point l'équation de Quetelet au XIXe siècle, plus tard renommée indice de masse corporelle (IMC), on avait les moyens de qualifier d'un simple calcul la corpulence d'une personne. Il s'agit de diviser le poids (en kg) par la taille (en m) élevée au carré. Si le résultat dépasse 30, alors on considère la personne comme obèse. Ce système, encore utilisé actuellement, ne serait pourtant qu'un indicateur médiocre.

Des chercheurs de l'université de New-York viennent d'en faire la démonstration en comparant les résultats fournis par cet IMC avec ceux obtenus par des technologies plus modernes, capables d'identifier plus précisément la masse graisseuse et la masse musculaire maigre. Leurs résultats sont publiés dans la revue Plos One.

Méthode Dexa contre IMC

Leur outil : l'absorption biphotonique à rayons X, aussi appelée méthode Dexa. Couramment utilisée pour mesurer la densité osseuse, cette technique consiste à comparer l'absorption par les tissus de rayons X de deux énergies différentes. Il est ainsi possible de mesurer la part de graisse et de muscles que présente un individu. Elle fournit des données précises sur la composition du corps, ce que ne permet pas d'établir la formule mathématique.

Ce graphique est établi en fonction du calcul de l'IMC, dépendant du poids et de la taille. Chacun, en fonction de ses caractéristiques, peut d'un coup d'œil savoir dans laquelle de ses situations il se trouve. Cependant, si la méthode est pratique, elle manque de précision. © Superwikifan, Wikipédia, cc by sa 3.0

Disposant de 1.393 patients jaugés à la fois par la méthode Dexa et par l'IMC, les chercheurs ont noté des divergences énormes entre les techniques. Si l'on se fie à l'équation, 26 % des sujets sont classés dans la catégorie des personnes obèses. L'absorption biphotonique à rayons X révèle quant à elle qu'ils sont 64 %, soit plus du double.

L'étude montre également que 39 % des Américains jugés en surpoids (IMC compris entre 25 et 29,9) ont un pourcentage de masse graisseuse qui justifie qu'on les considère comme obèses. Cependant, il faut aussi regarder plus précisément dans les détails, car ces mauvaises estimations ne se retrouvent pas équitablement chez les hommes et chez les femmes.

Globalement, l'IMC sous-estime les résultats obtenus avec la méthode Dexa pour la moitié des femmes (48 %) et pour 22 % des hommes. À l'inverse, il arrive aussi que l'équation soit un peu trop sévère et présente certains individus comme plus gros qu'ils ne sont réellement. Bien plus rare, cela concerne 3 % des hommes de l'étude... et 0 % des femmes.

Revoir les critères de l’obésité

Pourquoi donc ce manque de fiabilité de l'IMC ? Chaque individu a une proportion de masse graisseuse et de masse musculaire variable. Le muscle est plus lourd que la graisse. Ainsi, une personne très sportive et donc très musclée aura un poids élevé, malgré le peu de masse grasse dont elle dispose. Le calcul de son IMC risque donc dans ce cas d'être surestimé. À l'inverse, d'autres sont très peu musculeux, et donc plus adipeux que leur poids ne veut bien l'indiquer. Cette équation ne fournit qu'une indication, mais ne doit pas être prise au pied de la lettre.

L'obésité a différentes origines. Génétique d'abord, même si une alimentation très riche en graisses et une forte sédentarité y contribuent fortement. © Colros, Flickr, cc by sa 2.0

Eric Braverman et Nirav Shah, les deux auteurs de cette étude, appellent donc à faire attention à l'importance que l'on donne à son IMC. Ils militent même pour qu'on abaisse les critères précédemment établis. Ainsi, pour eux, l'obésité se manifeste au-delà d'un IMC de 28 chez l'homme et de 24 seulement chez la femme. Cela revêt effectivement de l'importance pour ralentir l'épidémie mondiale, car la sensibilisation aux risques liés à l'adiposité peut intervenir chez des personnes dont on ne soupçonnait pas vraiment les dangers face à ce problème de santé.

Leptine et IMC : un bon compromis pour détecter l’obésité

Les failles de l'IMC sont connues depuis longtemps, et les chercheurs utilisent d'autres indicateurs en complément pour établir la santé des patients, comme la circonférence au niveau des hanches ou le tour de taille. Mais la méthode Dexa, bien qu'efficace, est beaucoup trop onéreuse pour être utilisée fréquemment dans cette optique.

Certains sont cependant critiques quant à cette technique, comme Richard Bergman, cité par le Los Angeles Times. Bien que très perplexe vis-à-vis de la précision de l'IMC, il rappelle malgré tout que des travaux ont établi des liens entre cette formule mathématique et les risques de développer un diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires, certains cancers ou encore d'autres maladies. Or, ces corrélations n'existent pas avec les résultats fournis par la méthode Dexa. Il ajoute également que ce n'est pas parce que l'étude révèle une obésité plus importante qu'il faut traduire cela en une santé qui décline davantage.

L'étude apporte cependant une autre piste, complémentaire, pour qualifier la corpulence d'une personne. Il a été remarqué que le taux de leptine, une hormone qui régule l'appétit, était directement corrélé avec la masse graisseuse. Or, cette technique est très peu onéreuse, et pourrait permettre d'apporter des précisions supplémentaires que l'IMC seul ne peut fournir. Elle se présente donc comme une piste crédible pour éviter d'abuser de l'absorption biphotonique à rayons X, trois cents fois plus coûteuse.

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