La myocardite est une inflammation du muscle cardiaque habituellement provoquée par un virus. Le coronavirus est-il plus dangereux que le vaccin. © Kateryna_Kon, Adobe Stock
Santé

Covid-19 et myocardite : que disent les chiffres ?

ActualitéClassé sous :Coronavirus , vaccin anti-Covid , coeur

La myocardite est aujourd'hui considérée comme étant un effet secondaire lié à la vaccination anti-Covid-19, touchant majoritairement les jeunes hommes de moins de 30 ans. Bien qu'elle soit rare, cette inflammation « post-vaccinale » du muscle cardiaque, habituellement provoquée par une affection virale, est à l'origine d'une certaine réticence à se faire vacciner. Quelles sont les données ?

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The ConversationDès les premiers cas de Covid-19, il est apparu que le cœur était une cible de choix du coronavirus, avec des risques de troubles cardiovasculaires sérieux. Un nombre important de patients hospitalisés présentent ainsi des signes de lésions cardiaques, et beaucoup demeurent affectés même après la fin de leur infection.

Que l'on débatte de la sécurité des vaccins anti-Covid et de leur risque pour la santé cardiovasculaire n'est guère étonnant. L'arrêt cardiaque très médiatisé du footballeur danois Christian Eriksen en plein tournoi de l'Euro a lancé un mythe persistant sur les dangers de la vaccination pour les athlètes. La polémique à propos des vaccins anti-Covid se concentre sur le risque de myocardite après la vaccination, en particulier chez les jeunes. Mais que disent les données ?

Qu’est-ce qu’une myocardite ?

La myocardite est une inflammation du muscle cardiaque habituellement causée par un virus comme l’influenza, le coxsackie, l’hépatite ou l’herpès. Les autres causes comprennent les bactéries, les mycoses, les toxines, la chimiothérapie et les maladies auto-immunes.

Certains virus provoquent des lésions directes au cœur, tandis que d'autres l'endommagent indirectement via le système immunitaire. En effet, ce dernier réagit aux infections en libérant dans l'organisme des molécules appelées cytokines qui régulent la réponse immunitaire. Or, il arrive que les taux de cytokines atteignent des niveaux trop élevés, et cette « vague de cytokines » va venir abîmer le muscle cardiaque.

Alphonso Davies, 21 ans, de l’équipe nationale de foot canadienne, a subi une inflammation cardiaque après avoir contracté le Covid-19. © Efrem Lukatsky, AP Photo

La myocardite en chiffres

Avant la Covid-19, l'incidence de la myocardite se situait entre un et dix cas pour 100.000 personnes par an. Fait intéressant, le risque le plus élevé touchait les hommes de 18 à 30 ans, et plus particulièrement les individus actifs et en bonne santé. Selon l’Agence américaine de santé publique (CDC), le risque après une infection au Covid-19 est de l'ordre de 146 cas pour 100.000 personnes. Le risque le plus important concerne les hommes, principalement les adultes de plus de 50 ans et les enfants de moins de 16 ans. Un cas typique est celui du footballeur Alphonso Davies, 21 ans, de l'équipe nationale du Canada, qui a subi une inflammation cardiaque après avoir contracté le coronavirus.

Myocardite post-vaccinale

La myocardite consécutive à la vaccination anti-Covid est rare et le risque est beaucoup plus faible que pour les myocardites liées au Covid-19. Selon une étude israélienne, le taux de myocardite post-vaccinale est de 2,13 cas pour 100.000 vaccinés, c'est-à-dire à l'intérieur de la fourchette normale de fréquence pré-Covid-19. Ce résultat concorde avec d'autres études américaines et israéliennes qui situent l’incidence globale de la myocardite post-vaccinale entre 0,3 et 5 cas pour 100.000 personnes.

Les myocardites postvaccinales sont rares et la grande majorité des cas, bénins, guérissent rapidement. © Shutterstock

Après une vaccination à ARN messager, l'incidence la plus élevée de myocardite post-vaccinale est survenue chez les hommes de moins de 30 ans trois à quatre jours après la deuxième dose. Chez les mineurs, les données pédiatriques indiquent un âge médian de 15,8 ans, à 90,6 % de sexe masculin, blancs (66,2 %) ou hispaniques (20,9 %). Pour ce groupe d'âge, on ne dispose pas encore de données fiables sur les injections de rappel.

La plupart des études montrent un bénéfice clair de la vaccination par ARNm en ce qui concerne la myocardite. Une seule étude, réalisée par l’équipe de Martina Patone de l’Université d’Oxford, conclut de manière plus équivoque en ce qui concerne les individus de moins de 40 ans. Celle-ci se base uniquement sur les taux de myocardite. Toutefois, si l'on tient compte de tous les effets néfastes, cardiaques ou non, du Covid-19, il demeure très avantageux d'immuniser les personnes plus jeunes avec des vaccins autres que Moderna - ce dernier, selon les recherches, présenterait tout de même un risque de myocardite plus élevé que celui de Pfizer.

Réparer les dommages

Le traitement de la myocardite varie selon sa gravité. Dans sa forme légère, il suffit à un adulte de prendre du repos et des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l'ibuprofène. Les cas plus graves nécessitent des médicaments ou même une assistance ventriculaire, un dispositif mécanique implanté par chirurgie. Si ce traitement ne marche pas, il faut alors recourir à la transplantation cardiaque.

Dans le cadre d'une étude multicentrique de patients de moins de 21 ans, ceux atteints de symptômes légers ne recevaient aucun traitement anti-inflammatoire ou seulement des AINS. Les patients présentant des symptômes plus graves pouvaient se voir administrer des traitements plus puissants, par immunoglobuline intraveineuse, aux glucocorticoïdes ou à la colchicine, en plus des AINS.

Les adultes qui développent une myocardite suite à une infection au Covid-19 s’en tirent moins bien que ceux qui ont une myocardite sans lien avec la Covid-19. Leur taux de décès est plus élevé. © Pixabay

C’est grave, docteur ?

Plus de 80 % des cas de myocardite non liés au Covid-19 ou à la vaccination guérissent sans problème, tandis que 5 % des patients en meurent à moins de recevoir une transplantation cardiaque dans l'année qui suit. Les adultes qui développent une myocardite suite à une infection à la Covid-19 s'en tirent moins bien que ceux qui ont une myocardite sans lien avec la Covid-19. Leur taux de décès est plus élevé.

Il convient de noter qu'en plus de la myocardite, le Covid-19 provoque d'autres maladies cardiaques et leur pronostic, par ailleurs, est moins favorable que pour les cas non associés à l'infection.

Quant aux myocardites post-vaccinales, la grande majorité des cas sont légers et guérissent rapidement. Chez les adultes, 95 % des cas sont considérés comme légers. De même, chez les enfants -- avec 98,6 % de cas bénins et aucun besoin d'assistance cardiaque mécanique. Tous les enfants touchés au cœur ont vu leur fonction cardiaque se normaliser complètement lors du suivi et on ne note aucun décès.

Le message à retenir

Compte tenu de l'évolution constante de la pandémie mondiale et des connaissances, il peut être difficile pour le public d'assimiler toutes les informations sur les risques et les avantages des vaccins. C'est pourquoi il est utile de se tourner vers les conseils des organisations médicales dont le mandat est de protéger la santé et le bien-être de la société.

Compte tenu de toutes les recherches disponibles, des organisations comme l'Association américaine de cardiologie (AHA), la Société canadienne de cardiologie, la Fondation des maladies du cœur et de l'AVC du Canada, la Société canadienne de pédiatrie et l'Académie américaine de pédiatrie (APA) encouragent toutes les personnes admissibles à se faire vacciner contre le Covid-19. C'est ce message que nous devrions tous prendre à cœur.

Pour en savoir plus

Des cas de myocardite identifiés après l'injection des vaccins à ARNm

Aux États-Unis, le CDC (Center of Disease Control and Prevention) rapporte la survenue d'une poignée de cas de myocardite après l'injection des vaccins ARNm de Pfizer et de Moderna. Pour le moment, impossible de dire si les deux événements sont liés.

Article de Julie Kern, publié le 24 mai 2021

Aux États-Unis, le comité de la sécurité vaccinale se réunit toutes les semaines pour faire le point sur les effets secondaires des vaccins anti-Covid-19 après la délivrance de leur autorisation d'utilisation d'urgence. Lors de leur dernière réunion du 17 mai 2021, plusieurs membres du comité ont présenté des cas de myocardite suite à l'injection des vaccins à ARNm, de Pfizer comme de Moderna. Les investigations n'ont pas encore pu établir un lien strict entre la vaccination et l'apparition des myocardites. Il ne pourrait s'agir que de coïncidence. La plupart des personnes concernées sont en cours de soins à l'hôpital et leur pronostic vital n'est pas engagé. Les médecins ont pu dresser un portrait-robot très grossier des personnes les plus à risque.

Les vaccins à ARNm (Moderna et Pfizer) sont sûrs et efficaces selon les données publiées à l'issue des essais cliniques. © diy13, Adobe Stock

Les hommes jeunes sont concernés

Les myocardites apparaissent dans les quatre jours suivant l'injection du vaccin, plus fréquemment après la seconde dose. Les effets secondaires sont généralement plus intenses après celle-ci. Les personnes concernées sont majoritairement des hommes jeunes, adolescents ou jeunes adultes. Pour le moment, le Center of Disease Control and Prevention (CDC) indique que le taux d'incidence des myocardites depuis le début de la campagne vaccinale n'est pas plus élevé que d'ordinaire.

Le nombre précis de cas n'a pas été communiqué, il est « relativement faible » parmi les 253 millions de doses de vaccins Pfizer et Moderna, distribuées au 10 mai 2021. Le dernier rapport de pharmacovigilance de l'ANSM, daté du 21 mai 2021, ne rapporte aucun cas de myocardite en France. Des recherches plus poussées seront lancées pour relier, ou non, ces cas aux vaccins à ARNm et ajuster leur prise en charge. La survenue de ces cas ne remet pas en cause, à ce jour, leur utilisation.

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