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Mode de vie et reproduction du daman des rochers

Dossier - Proche de l'éléphant, de la taille d'un lapin : le daman
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Le daman est originaire d'Afrique, mais on en trouve aussi au Proche-Orient. Il en existe trois sortes et ces petits animaux de la taille d'un gros lapin sont très proches des éléphants et des lamantins, étrange, non ? Partons donc à leur découverte avec ce dossier qui vous parlera surtout du daman des rochers.

  
DossiersProche de l'éléphant, de la taille d'un lapin : le daman
 

Le daman des rochers a une importance économique pour les populations locales, au Zimbabwe, au Botswana et au Mozambique, en ce qui concerne la peau et la viande.

C'est l'heure de la sieste. © Michelle Bender, Flickr, CC by-nc 2.0

Distribution et habitat

Le daman des rochers est répandu en Afrique et au Moyen-Orient. On ne le trouve cependant pas partout car sa distribution est en relation avec son habitat.

Carte de distribution. © Domaine public

Comme son nom l'indique, il vit dans les régions où les rochers sont présents. Ils peuvent avoir toutes les formes et les tailles : du massif montagneux aux simples affleurements rocheux, buttes ou collines, pourvu qu'ils soient associés aux arbres et aux herbes qui leur permettent de brouter. Il est nécessaire que ces zones de rochers possèdent des fentes, recoins et cachettes où ils peuvent s'abriter.

Colonie au soleil. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Les populations peuvent varier considérablement en fonction de la sécheresse ou des maladies facilement transmises entre individus vu les forts contacts entre eux et les nombreux parasites dont ils sont porteurs.

Habitudes

Principalement diurne, le daman des rochers émerge lorsque le soleil est bien levé et se retire à son coucher. Les damans ont une température corporelle variable qui tombe de quelques degrés la nuit. Par temps frais, leur première réaction après être sortis prudemment est de chercher un emplacement ensoleillé et abrité pour s'y étendre. Souvent, on observe des familles entières s'entasser ainsi au soleil. Lorsque le temps est frais ils sont exclusivement diurnes, par contre dès qu'il fait plus chaud, ils profitent la nuit de la lumière lunaire pour s'alimenter plus longuement.

La forme et la couleur de leur corps est telle qu'il est difficile de les distinguer des rochers dans lesquels ils évoluent. Certains choisissent même des endroits complètement exposés.

Ambiance matinale de Namibie. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Lors des bains de soleil, ils restent en alerte, une vieille femelle joue alors le rôle de sentinelle. Si le danger se présente, elle lance un cri d'alerte et tous plongent à l'abri des rochers.

Sieste au soleil le matin pour se réchauffer. Quand il commence à faire chaud les damans s'allongent pour profiter un maximum du soleil. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Ils peuvent utiliser n'importe quelle cachette, une canalisation sous une route ou un trou dans un mur, cependant cela correspond plus à des situations de surpopulation : lorsque celle-ci les force à quitter leur habitat rocheux et à se disperser la nuit. En raison de la forme de leur pied, ils sont incapables de creuser des terriers.

Daman dans son milieu rocheux pourvu de caches. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Ils sont grégaires et vivent en colonies, dont la taille dépend de l'offre en nourriture et en abris. Il arrive qu'une famille s'installe près de quelques rochers isolés. D'autres fois, lorsque les ensembles rocheux favorables sont continus, des centaines d'individus sont présents.

Les damans sont territoriaux, les mâles peuvent s'occuper de 17 femelles et juvéniles. Lorsqu'ils sont matures, les mâles se dispersent pour occuper leur propre territoire, cela se passe de la même manière mais plus tard pour les femelles. Une conséquence directe de ces déplacements est que le régime des aigles de Verreaux se compose essentiellement de damans âgés d'un ou deux ans. Les damans peuvent partager leur territoire avec d'autres espèces comme les mangoustes.

Cohabitation avec les mangoustes. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Les populations peuvent varier considérablement en fonction de la sécheresse ou des maladies facilement transmises entre individus vu les forts contacts entre eux et les nombreux parasites. L'élimination de beaucoup de leurs prédateurs (aigles, babouins, léopards, guépards) a induit un déséquilibre entre les ressources en nourriture et les damans.

Séance de grattage. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Les soins corporels comprennent des bains de poussière, de brefs soins à l'aide des incisives inférieures et de longues sessions de grattage, aidés par la forme particulière du doigt interne de la patte postérieure.

Comportement alimentaire

Ils utilisent une grande variété d'herbes et de feuilles qui comprennent certaines plantes aromatiques ou toxiques pour d'autres espèces. Si de l'herbe est disponible, ils vont la brouter. Dans certains endroits où leurs prédateurs ont disparu, ils entrent en compétition avec le bétail et leur nombre doit être contrôlé. En cas de forte population, ou si les aliments se font rares, ils vont se rabattre sur l'écorce des arbres et ainsi créer un préjudice notable à la régénération de ces derniers.

Alimentation dans les arbres. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Le surpâturage autour des colonies a un effet sur les communautés végétales sculptant les buissons en d'étranges formes et laissant une prépondérance de plantes désagréables au goût. Ils sont adaptés pour grimper dans les arbres et peuvent se déplacer sur les plus fines branches pour atteindre les feuilles vertes. Les jeunes, plus légers que les adultes, profitent de la situation et lorsqu'un arbre est épuisé par les adultes il reste toujours à l'extrémité des branches de fins rameaux qu'ils sont les seuls à pouvoir atteindre.

Dans les arbres... quel régal ! © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

En cas d'alerte ils se laissent tomber au sol et se précipitent à l'abri des rochers ou se tiennent immobiles dans l'épaisseur de la végétation. S'il y a surpopulation ou pénurie de nourriture, ils peuvent se déplacer sur de grandes distances, on a trouvé des individus dans des endroits rocheux isolés distants de plus de vingt kilomètres de la plus proche colonie.

Les damans mangent vite, ils passent peu de temps à se nourrir. En Afrique de l'Est, le temps passé à l'alimentation représente moins d'une heure par jour. Lorsqu'il fait chaud ils se nourrissent à toute heure du jour. S'il fait très chaud, ils ne le feront que deux fois par jour, tôt le matin et en fin d'après-midi. Par contre s'il fait froid, ils ne se nourriront qu'aux heures chaudes de la journée, soit en fin de matinée jusqu'en début d'après-midi.

Se désaltérer... © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Les damans peuvent se passer de boire car ils trouvent suffisamment d'humidité dans leur nourriture. Cependant si l'eau est présente, ils s'abreuvent régulièrement, et lorsque cette dernière est accumulée en flaques suite à des averses, ils vont se battre entre eux pour en avoir la possession.

Le daman des rochers utilise des latrines pour uriner et déféquer. Celles-ci peuvent prendre occasionnellement des dimensions importantes, on a mesuré des dépôts de plus d'un mètre d'épaisseur dans les montagnes Cedarberg (province du Cap).

À chacun ses latrines... © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

En raison de leur forme ronde, les pelotes fécales roulent à la surface des rochers et laissent une masse cristallisée d'urine dotée, soi-disant, de vertus médicinales appelée « hyracium ».

Régulation thermique

L'observation des damans en captivité a permis de constater qu'ils s'entassent les uns par dessus les autres et se blottissent les uns contre les autres, ceci pour maintenir leur température et ainsi conserver leur énergie pendant la nuit ou par temps froid, les têtes tournées vers l'extérieur, en formant plusieurs couches, on peut compter quatre niveaux et jusqu'à 25 individus. Ces entassements nocturnes dans leurs refuges sont en relation avec leur glande dorsale, ils se placent de manière à avoir le nez en contact étroit avec la glande de leur voisin, ce qui permet l'identification des membres du groupe et ainsi raffermit la cohésion de la colonie.

Les longs bains de soleil augmentent leur température corporelle sans efforts. Il leur arrive aussi d'avoir à se refroidir et ils utilisent alors des moyens comportementaux comme l'étirement de leur corps, ou bien se retirent dans la fraîcheur des crevasses.

Attitudes agressives

L'agression entre individus est mise en évidence par l'érection des poils de cette même glande, et le fait de montrer les dents ou d'en grincer. Les combats sont très rares et les menaces suffisantes pour envoyer un individu soumis chercher une autre place pour prendre un bain de soleil. Ce dernier présentera le flanc ou la croupe pour marquer sa soumission. La manière dont les damans se blottissent pendant les entassements évite les rencontres face à face.

Communication

Mâles, femelles et jeunes vocalisent, leur répertoire acoustique est étendu et comprend des grognements, des gémissements, des cris aigus, des pépiements, et des reniflements. Leur cri le plus connu est l'aboiement qui correspond au signal d'alerte, généralement émis par une sentinelle et suivi par la disparition des damans sous le couvert. Il existe aussi un aboiement répétitif qui est émis par les mâles pour signaler l'étendue de leur territoire. Les sifflements, pépiements et gazouillements sont associés aux contacts sociaux, et les grincements de dents aux menaces.

Reproduction

L'accouplement est déclenché par la photopériode et non par les changements de précipitations ou de température, il est suivi par une longue gestation de 230 jours.

Accouplement. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

La taille des portées varie en fonction de l'environnement et va de un à six petits, le stress alimentaire a une influence sur le taux d'ovulation. Les femelles mettent bas pour la première fois vers 16-17 mois. Dès la naissance, les jeunes sont capables de mouvements agiles et prennent de la nourriture solide, ils tètent n'importe quelle femelle, qui les laisse faire passivement, et sont sevrés entre un et cinq mois. On n'observe pas de comportements maternels hormis la lactation qui s'arrête chez les femelles après trois mois.

Allaitement. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Les nouveau-nés montent sur le dos des adultes moins d'une heure après la naissance, comportement qui a l'avantage de les faire reconnaître par les membres de la communauté.

Groupe de jeunes. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites
Jeunes qui jouent comme tous les petits mammifères, ce sont aussi des séances d'apprentissage. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites
Jeunes à proximité d'un abri. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Prédateurs

Parmi les prédateurs on trouve les babouins, les léopards, les guépards, les serpents...

Guépard mangeant un daman. © Christian König - Reproduction et utilisation interdites

Le prédateur dont l'essentiel du régime est constitué de damans est l'aigle de Verreaux (Aquila verreauxii). D'un noir éclatant, le croupion et le bas du dos sont blancs et il a deux « bretelles » blanches sur les épaules. Son envergure est de deux mètres, son poids de 3 à 6 kg et sa taille de 80 à 90 cm environ.

Aigle de verreaux. © DR

Il partage sensiblement la même aire de répartition que l'aigle ravisseur. Il fréquente les aires rocheuses, du niveau de la mer à 5.000 mètres d'altitude et est présent du Proche-Orient à l'Afrique du Sud. Son menu est constitué à 90 % d'hyracoïdes, menu qu'il complète avec quelques autres mammifères de taille moyenne, quelques oiseaux et quelques reptiles. Ce régime exclusif a des inconvénients, en cas de mauvaise reproduction des damans, la survie de l'aigle est en jeu.