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Récifs artificiels et biomasse : les peuplements marins se modifient

Dossier - Les récifs artificiels au secours des poissons
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Face aux pressions constantes exercées par les activités humaines sur le littoral et aux dégradations de l’environnement marin et de ses ressources ; les récifs artificiels représentent une solution.

  
DossiersLes récifs artificiels au secours des poissons
 

Les récifs artificiels sont généralement installés dans des zones où il n'y a que du sable ou des fonds plats. Cet apport d'un habitat très complexe, fait de substrats durs, a des conséquences flagrantes sur la biodiversité locale, pour la flore et la faune fixées comme pour la faune mobile (principalement, crustacés et poissons).

Les pageots font partie des espèces qui se multiplient bien dans les récifs artificiels. © DR

Récifs artificiels et évolution de la biomasse

Ce nouveau peuplement se met en place progressivement, avec d'abord l'intervention d'espèces pionnières, opportunistes qui se remplacent rapidement, puis cette succession se ralentit avec l'installation d'espèces des stades matures du peuplement, qui ont des durées de vie généralement plus longues. Cette organisation de la communauté est plus ou moins rapide selon la profondeur et d'autres paramètres du site, comme la circulation hydrologique, mais en général, elle se fait sur plusieurs années.

Les comptages de poissons réalisés en plongée montrent que les biomasses peuvent être très importantes sur les récifs et sont généralement comprises entre 0,15 à 1 kg de poissons par m3 de récif, mais peuvent même atteindre jusqu'à 3 kg de poissons par m3 de récif. Le gain en biomasse peut atteindre un facteur compris entre 25 et 170 si l'on compare avec l'herbier de Posidonie et un facteur 2 à 8 par rapport aux roches, qui sont les zones naturelles les plus productives. Dans les récifs de Cap Couronne, sur la Côte Bleue, immergés en 1997, moins de deux ans après leur mise en place, la biomasse des poissons a été multipliée par un facteur 11 et a encore pratiquement doublé entre 1998 et 2001, puis entre 2001 et 2004. Au total, la biomasse est passée de 2 kg à 100 kg en l'espace de neuf ans.

Exemple de colonisation par les peuplements de poissons d’un récif artificiel de 150 m3 au Cap Couronne. © Parc marin de la Côte Bleue

Types de récifs et biodiversité

La colonisation est donc assez rapide sur un récif, mais il existe aussi une maturation des peuplements de poissons à plus long terme et un phénomène de « turn-over », avec un renouvellement de certaines espèces.

Toutefois, l'efficacité des récifs pour l'augmentation de la biodiversité et de la biomasse varie selon les secteurs, mais surtout selon les types de récifs utilisés et leur architecture. Une expérience de complexification d'un récif de grand volume (160 m3) inspiré d'un modèle japonais, qui présentait une faible efficacité biologique du fait du manque d'abris, a montré une augmentation spectaculaire des rendements, suite à l'ajout de 37 m3 de petits éléments (parpaings, hourdis, briques, etc.), offrant une multitude d'abris de taille variée et un réseau complexe de cavités (Fig. 5). Ainsi, le nombre total d'espèces de poissons a été multiplié par 2, le nombre moyen d'espèces par 3, les densités par 22 et les biomasses par 90. De plus, les espèces d'intérêt commercial (sars, daurade, pageot) contribuent à 38 % des densités, contre 8 % sur le module initial non modifié.

Figure 5 : Exemple de l’effet de l’architecture du récif sur son efficacité biologique (récif de Golfe-Juan, Alpes-Maritimes). © Figures et photos : E. Charbonnel - Tous droits réservés

Au total, l'influence des récifs artificiels sur le milieu marin est largement positive, grâce à l'apport de substrats durs de type rocheux, permettant une augmentation des habitats et des niches écologiques disponibles, qui entraîne l'installation d'un peuplement de poissons riche et diversifié.

Mais un récif n'est pas un système clos, il fonctionne en inter-relation étroite avec les habitats naturels voisins (roches, herbiers, substrats sableux). De ce fait, les poissons peuvent l'utiliser simplement de manière temporaire, au cours de la journée, de la saison, de leur cycle de vie. Ainsi, les inventaires sur un cycle jour/nuit de 24 heures, réalisés sur les récifs du Parc marin de la Côte Bleue, montrent que seulement 20 % des espèces vivent en permanence sur un récif.