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L'histoire du climat est utile en Amérique dès le XVIe siècle car ce continent se caractérise par le contrôle des richesses et des hommes qui généra des archives nombreuses et de qualité, ordonnées par les empires coloniaux avec l'appui de l'Eglise.

  
DossiersClimatologie de l'Amérique Latine : richesses des archives historiques
 

1 - Les conséquences sociales du changement climatique

Le climat est l'un des composants du milieu naturel qui a exercé le plus d'influence dans l'histoire des sociétés traditionnelle même si l'école historique française a pendant longtemps mis l'accent essentiellement sur l'importance du poids des conditions économiques sur les changements sociétaux.

Avant le temps de l'écriture et à la suite de l'Anglais Alex Chepstow-Lusty et de son groupe, nous faisons un parallèle entre un équivalent de l'Optimum Climatique Médiéval autour de l'an mil en Europe et celui à peu près synchrone constaté dans les Andes Centrales avec la montée en puissance des civilisations andines, à partir de l'analyse des carottes lacustres autour de Cusco où l'intensification des pratiques forestières et agronomiques est attestée avec la multiplication des aulnes et des terrasses.

Concentrations des types polliniques à Marcacocha, Pérou. La période à partir de l'an mil est une période d'usage différent du sol, incluant de l'agro-foresterie, comme la sylviculture de l'aulne (Alnus acuminata). Comparaison avec les archives glaciaires des quinze derniers siècles de la carotte du Quelccaya (Pérou). © Chepstow Lusty & Winfield - Reproduction et utilisation interdites

Le parallèle entre la chute de Tiwanaku et les cités Maya nous semble plus discutable. Ce grand empire pré-incaïque aurait disparu au XIIIe siècle, après près de deux millénaires d'existence suite à une grande sécheresse qui n'aurait plus permis l'agriculture très productive faite à partir d'un système complet et complexe de maîtrise de l'eau, qui servait autant à apporter de l'eau (irriguer) qu'à en retirer (drainer), autour du Lac Titicaca (ados ou camellones) et à laquelle s'ajoutait la culture du maïs, dans les vallées. C'est la thèse des changements abrupts du climat qui déterminèrent des changements non moins brutaux dans des sociétés fortement structurées, et donc peu adaptables ou peu flexibles, comme les cités-états des Mayas.

Elle peut paraître dans les Andes en contradiction avec celle de l'exploitation complémentaire du plus grand nombre d'étages écologiques, une thèse développée par John V. Murra et qui a fait des nombreux disciples dans la recherche. Pourquoi les empires ne s'appuyèrent pas sur leur partie la plus arrosée et donc toujours largement productive lors de leurs périodes de crise, chose qui était possible pour un grand empire tel Tiwanaku, mais plus difficile pour les cités-états aux territoires souvent exigus et aux terroirs uniformes des Mayas ?

Il existe aussi en Amérique du Sud, une particularité bien connue depuis le temps de la conquête espagnole c'est-à-dire l'apparition plus ou moins régulière des épisodes El Niño (car le phénomène des eaux chaudes en surface apparaît le plus souvent autour de Noël d'où, son nom de l'enfant Jésus). On attribue à ces épisodes maintenant un impact mondial mais son signal le plus caractéristique reste des pluies diluviennes sur la côte pacifique et désertique de l'Amérique du Sud, et plus précisément au nord du Pérou, comme sur l'archipel des Galapagos. Dans l'Histoire, est célèbre celui de 1878-79 qui fut contemporain de la Guerre du Pacifique (1879-84) qui opposa Chili, Pérou et Bolivie et qui déboucha sur une tragédie dans les deux derniers pays car, au coût de la défaite, s'ajoutèrent les morts de faim et les vagabonds jetés sur les chemins sans âme qui vive par une sécheresse qui dura plus d'une année.

Toutefois, les épisodes El Niño de 1800-05 et 1982-83 et les grandes sécheresses concomitantes dans les Andes ne furent pas en reste car, au premier, on peut faire suivre la chute de l'empire espagnol dans les Andes avec les premiers soulèvements indépendantistes de 1809 et, au second, la chute des dictatures et le retour à la démocratie en Bolivie dans les années postérieures à 1982. Souvent, les épidémies furent la conséquence des sécheresses comme celle de 1611-12 connue de Quito en Equateur.

2 - Les conséquences climatiques du changement des sociétés

Jusqu'à 1850 et le début de la révolution industrielle, les fluctuations de l'activité solaire et les éruptions volcaniques ont été les principales sources de changement climatique mais, souligne l'Académie Nationale nord-américaine des Sciences dans un rapport très récent, ces changements « étaient nettement moins prononcés que ceux provoqués par la pollution de l'ère industrielle depuis le milieu du XIXe siècle ». Sous les tropiques, dans les Andes, les glaciers aussi reculent de façon accélérée voir le travail de Bernard Francou dans un autre dossier de Futura-Sciences, toujours sur le Réchauffement climatique.

La pollution automobile dans des villes en forte croissance et les poussières des feux de brousse et des brûlis (Amazonie et forêts andines) sont pointées du doigt. Le problème de la déforestation est posé car le défrichement est loin d'être compensé par le reboisement.

Des grandes cités proches des Andes ou andines comme Santiago et Cochabamba parmi les plus polluées des Amériques.

Enfin, pour comprendre le changement climatique, rappelons que, par exemple, La Paz, l'une des capitales de la Bolivie, était une petite cité d'environ 40 000 habitants à la fin du XIXe siècle. et qu'elle est devenue, avec la ville nouvelle de El Alto et 120 ans plus tard, une mégapole de 2 millions de personnes. D'où, un nouveau climat urbain marqué par une augmentation continue des températures, accentuée par feedback, par les poussières des gaz d'échappement des automobiles et des feux de brousse. Par conséquent, l'Allemand Vuille écarte a priori pour cette raison les cités des Andes à forte croissance dans ses analyses statistiques des données météorologiques.