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Le parc national des Grands-Jardins au Québec, un milieu passionnant

Dossier - Le Québec, la nature sauvage du Saint-Laurent
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Le fleuve Saint-Laurent parcourt une biosphère à la richesse exceptionnelle. Des rives du fleuve au Havre-Saint-Pierre, Claire König nous apporte ses impressions de voyage et son regard sur les animaux, les plantes et les particularités hydrologiques et minières du Québec.

  
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Un des joyaux de la réserve de la biosphère de Charlevoix est le parc national des Grands-Jardins. Ses différentes forêts, et surtout sa taïga, en font un milieu particulier magnifique et passionnant. Les épinettes noires qui donnent de la pâte à papier partout en Amérique du Nord, les lichens et les caribous seront nos centres d'intérêt ici.

Caribou animal emblématique du Québec. © Jeff McGraw, Fotolia
Le parc national des Grands-Jardins affiche une superficie de 310 km2. © Yann, cc by 2.0

Au Canada, le parc national des Grands-Jardins est situé dans la région touristique de Charlevoix. Vous y accédez par le village de Saint-Urbain, via la route 381.

Il est reconnu par l'Unesco comme une des aires centrales de la réserve de biosphère de Charlevoix. C'est un « îlot du Grand Nord » tout près de la ville de Québec. Il fonctionne toute l'année et propose de nombreuses activités aux touristes : randonnée, camping, activités de découverte, pêche, kayak, canoë en été, ski nordique et raquettes en hiver.

Sa surface est de 310 km2, et le feu y a sévi sur un tiers du territoire voilà une dizaine d'années. Il abrite de nombreux animaux : ours, orignaux, caribous, loups, petits mammifères, de nombreux oiseaux et un tas de plantes typiques du Grand Nord.

La forêt dans la réserve de la biosphère

Bien que Charlevoix soit dans le domaine de la sapinière, on y trouve différents peuplements forestiers en fonction de l'altitude et de l'exposition :

  • de 0 à 300 m : érablière à bouleau jaune avec l'érable de Pennsylvanie, le cornouiller, le sumac vinaigrier et la clintonie boréale ;
  • de 300 à 600 m : sapinière avec des noisetiers, le sureau pubescent et l'if du Canada ;
  • de 600 à 900 m : pessière rabougrie ou « krummholz » avec des épinettes noires et du sapin baumier, de la cladonie et des airelles ;
  • en haut de 950 m : toundra ou taïga, végétation rachitique, mais fascinante.
L’épicéa noir est aussi appelé Picea mariana, ou encore épinette noire. On peut admirer cette espèce dans le parc national des Grands-Jardins. © SJQuinney, Flickr, cc by nc sa 2.0

Les épinettes noires

Le nom scientifique de l'épinette noire, ou épicéa noir, est Picea mariana, c'est un conifère du nord de l'Amérique, et c'est une espèce parmi les dizaines d'espèces d'épicéas. Il est parfois mélangé au mélèze laricin (Larix laricina). Il pousse en grands massifs très serrés sur des terres sèches, sablonneuses ou tourbeuses. Avec deux autres espèces : Picea rubens, l'épicéa rouge, et Picea glauca, l'épicéa blanc (à ne pas confondre avec Picea abies, qui est européen), il est caractéristique des climats très froids.

Ce conifère très touffu avec des branches qui retombent se reproduit par graines et par marcottage, lequel domine largement quand on est très au nord.

Arbre de croissance relativement rapide (ça dépend de la latitude dans ces régions), l'épicéa noir peut atteindre 30 m de haut et vivre 30 ans ou plus. Il sert d'alimentation à plusieurs animaux, par exemple :

  • l'orignal mange les jeunes pousses ;
  • le lièvre blanc peut manger ses aiguilles, l'écorce et les brindilles ;
  • les oiseaux et micromammifères divers se nourrissent des graines.
La paruline à tête cendrée est aussi connue sous le nom de Dendroica magnolia. Elle est ici immortalisée dans le parc naturel des Grands-Jardins, au Québec. © Cephas, GNU 1.2

L'épicéa noir est utilisé par l'Homme pour son bois, la pâte à papier et en aromathérapie sous forme de gomme de sapin, récoltée entre avril et la neige, et utilisée depuis toujours par les Amérindiens pour soigner brûlures, et coupures. En effet, c'est un désinfectant.

On faisait aussi du goudron à partir de la résine extraite de pin chauffé, ou directement de la résine de l'arbre écorché, ce qui a contribué à abîmer les forêts, mais permettait d'étanchéifier les bateaux. Cette activité de goudron se déroula principalement dans la vallée du Gouffre, avec d'ailleurs du pin rouge.

Le moucherolle à ventre jaune Empidonax flaviventris, au parc naturel des Grands-Jardins, au Québec. Cette espèce migre vers le Mexique et l’Amérique centrale. © Cephas, GNU 1.2

La pâte à papier

La pâte à papier est un gros problème écologique en Amérique du Nord. Voici un petit paragraphe de L'encyclopédie canadienne pour avoir une idée des problèmes de déforestation :

« Du milieu à la fin des années 1980, la production des pâtes et papiers a été évaluée à quelque 14 milliards de dollars par année, soit 3 % du produit intérieur brut. Les exportations, qui frôlent les 11 milliards de dollars, représentent à peu près 9 % du total des exportations canadiennes. Avec 85.000 travailleurs dans ses usines et ses bureaux, quelque 2,8 milliards de dollars payés en salaires et en traitements et près de 6 milliards de dollars en valeur ajoutée par la fabrication, c'est le secteur manufacturier le plus important de l'industrie canadienne. De plus, sa contribution nette de 8 milliards de dollars à la balance des paiements du Canada dépasse celle de toute autre industrie au Canada. »

L’écureuil volant, aussi appelé polatouche ou Glaucomys sabrinus. Cet animal omnivore est notamment mycophage. © Bob Cherry, Wikimedia Commons, DP

Les lichens

Normalement, les pessières à lichens sont beaucoup plus nordiques qu'ici, mais vous aurez la chance, si vous êtes spécialiste, d'avoir à disposition 200 espèces de lichens dans ce parc. Les lichens poussent très lentement, quelques centimètres par année. La visite de la taïga du parc se fait donc en étant accompagné, sur des sentiers spéciaux pour ne pas détruire ce trésor par piétinement ! Le sentier n'est pas très long, pour autant que je me souvienne : trois à cinq kilomètres et assez plat, donc une promenade facile.

En plus, le lichen qui pousse en véritables tapis est ici indispensable à la nourriture des caribous.

J'avais noté trois types de lichens, je ne sais pas dans quelle mesure ce classement est très botanique, mais il s'est avéré utile sur le terrain, je vous le donne donc :

  • lichens crustacés : premières plantes sur sols pierreux, ils adhèrent très fortement à leur support et tolèrent bien la sécheresse ;
  • lichens fruticuleux : ils poussent en petits bouquets, s'adaptent bien aux climats humides, peuvent recouvrir le sol et les branches ;
  • lichens foliacés : ils vivent dans les régions pluvieuses, sur le tronc des arbres ou les souches qu'ils utilisent comme support uniquement.

Il faut encore savoir que les lichens sont très sensibles à la pollution, même s'ils sont capables de supporter des conditions environnementales naturelles très dures.

Le caribou

À cause des activités humaines, le caribou avait disparu de la région en 1925. C'est au cours des années 1960 qu'on l'a réintroduit dans la réserve de Charlevoix (83 individus). Après des débuts difficiles, la population a commencé à augmenter et d'ailleurs, le parc national des Grands-Jardins a été créé en 1981 pour protéger la population de caribous.

Caribou mâle. © Dean Biggins, US Fish and Wildlife Service, DP

Le caribou appartient à la famille des cervidés, au même titre que le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus) et l'orignal (Alces americanus). Au Québec, tous les caribous appartiennent à la sous-espèce caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) et sont répartis en trois écotypes : toundrique, forestier et montagnard. Le caribou et le cerf d'Europe forment une seule et même espèce : Rangifer tarandus, comprenant plusieurs sous-espèces.

Il se nourrit de plusieurs plantes et de lichens :

  • lichens terricoles (Cladina spp., Cladonia spp., Cetraria spp., Parmelia spp.) ;
  • lichens arboricoles (Alectoria spp., Bryoria spp., Evernia spp., Usnea spp.).

Ces deux lichens constituent la base du régime alimentaire du caribou forestier, mais engendreraient un déficit en potassium. En hiver, il creuse la neige pour atteindre les lichens en s'aidant de stimuli olfactifs ou visuels (blocs erratiques). Font aussi partie de son régime alimentaire :

  • des plantes herbacées (Carex spp., Eriophorum vaginatum, Smilacina trifolia) ;
  • des essences ligneuses (Betula papyrifera, Populus tremuloïdes, Prunus pensylvanica, Salix spp., Amelanchier spp., Larix laricina, Alnus spp., Vaccinium spp.) ;
  • prêles et trèfles d'eau (Menyanthes trifolium), dans les tourbières au printemps.

Les caribous vivent sur de grands territoires, et la population générale de caribous forestiers a tendance à baisser en grande partie à cause de la déforestation. D'autre part, il constitue une proie de choix pour les loups, d'un excellent rapport énergie dépensée pour la chasse sur énergie fournie par la nourriture.