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Le parc national de la Réunion toujours en flamme : la biodiversité menacée

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Sur l'île de la Réunion, l'incendie tient toujours tête aux centaines de personnes mais la situation est à l'accalmie ce lundi matin. Le bilan écologique sera sans doute lourd, car l'île abrite une biodiversité importante mais surtout originale, avec de nombreuses espèces endémiques.

Le parc national de la Réunion occupe 40 % de la surface de l'île et comprend les célèbres pitons, les remparts et les cirques. On y trouve des écosystèmes très particuliers, comme les forêts ombrophiles subtropicales, les forêts de brouillard (forêts tropicales d'altitude) et des landes. © Parc national de la Réunion

La lutte se poursuit contre les incendies (sans doute d'origine criminelle) qui se sont propagés en altitude dans les forêts de la Réunion il y a maintenant six jours au niveau du piton Maïdo. Il n'y a pas de victimes parmi la population, et les habitants des 26 maisons évacuées dans les hauteurs de Saint-Leu ont pu revenir chez eux. Sous le vent des incendies, d'importantes quantités de cendres tombent actuellement comme de la pluie, mais le phénomène ne semble pas devoir générer de risques pour la population.

En revanche, la nature souffre beaucoup. Au dernier décompte, les flammes ont détruit 2.677 hectares de forêts. Et pas n'importe lesquelles : celles du parc national de la Réunion, qui a été en 2010 inscrit au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.

Vendredi, une forte mobilisation s'est concentrée sur la forêt domaniale de Makes, en altitude, pour sauver ce site à la biodiversité exceptionnelle. La région est située largement au sud du piton Maïdo, où tout a commencé. Plusieurs départs de feux simultanés font penser que ces incendies sont très vraisemblablement volontaires. © Idé

Un milieu original... et difficile d'accès

Si ces montagnes volcaniques forment un environnement exceptionnel, elles représentent aussi un milieu très difficile pour celles et ceux qui luttent aujourd'hui contre les flammes, pompiers, membres de l'ONF et de la sécurité civile, gendarmes et bénévoles. La région est très escarpée, avec des falaises abruptes de plusieurs centaines de mètres de hauteur, et la météorologie est particulièrement changeante et capricieuse. Le léger vent de nord-est qui a soufflé cette nuit a conduit à une accalmie, permettant de lutter efficacement contre plusieurs reprises de feu.

Ces montagnes élevées, grimpant jusqu'à plus de 3.000 mètres d'altitude, dans une région tropicale, au milieu de l'océan et sur une île géologiquement jeune (3 millions d'années), constituent un environnement tout à fait particulier. On y trouve de nombreuses espèces endémiques (c'est-à-dire n'existant qu'ici), par exemple certaines orchidées et des fougères. Certains habitats sont constitués à 90 % d'espèces endémiques. Le parc a été créé en 2007 pour protéger ce milieu et représente 40 % de la surface de l'île.

Le Petit Tamarin des Hauts (Sophora denudata), caractéristique des sophoraies, un des milieux forestiers typiques de la Réunion. © Garnier/ONF

Des espèces endémiques menacées

« Des habitats naturels uniques au monde sont menacés » : c'est le titre d'un premier bilan dressé vendredi dernier par l'administration du parc. Des agents de l'ONF ont mené mercredi dernier des observations sur 18 stations et ont dénombré 11 espèces végétales qui seraient actuellement menacées, dont 2 endémiques : la campanule de Rivalz (Heterochaenia rivalsii) et la marguerite des pétrels (Faujasia squamosa). S'y ajoutent des espèces indigènes, dont une orchidée terrestre (Habenaria chloroleuca) et une ortie (Parietara debilis). 

Ce ne sont pas les seuls dégâts. D'après l'administration du parc, plusieurs espèces indigènes (non apportées par l'Homme) risquent d'être mises à mal, comme une fougère rare, Pellaea quadripinnata, qui ne vit que dans une seule zone, actuellement touchée par l'incendie.

Des moyens très importants sont actuellement engagés, et des renforts venus de Métropole sont sur place ou vont arriver demain. Si l'accalmie d'aujourd'hui se confirme, le front des incendies pourrait enfin reculer.

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