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Le fjord du Saguenay et Tadoussac au Québec

Dossier - Le Québec, la nature sauvage du Saint-Laurent
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Le fleuve Saint-Laurent parcourt une biosphère à la richesse exceptionnelle. Des rives du fleuve au Havre-Saint-Pierre, Claire König nous apporte ses impressions de voyage et son regard sur les animaux, les plantes et les particularités hydrologiques et minières du Québec.

  
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Tadoussac et le fjord du Saguenay sont des destinations incontournables au Québec, d'une part pour la beauté impressionnante du Saguenay, en particulier ses falaises, et d'autre part pour les « sorties baleines » à Tadoussac. De plus, c'était l'un des centres du commerce de la fourrure.

Castor souvent recherché pour sa fourrure. © Steve Raubenstine, CCO
Fjord du Saguenay, vu de l'anse de Tabatière. © Fralambert, GNU 1.2

Nous sommes arrivés à Tadoussac, à la jonction du fjord du Saguenay et du Saint-Laurent, dans la région administrative canadienne de la Côte-Nord. C'est un monument de la conquête de la Nouvelle-France ! En 1535, Jacques Cartier y jette l'ancre, suivi de Pierre Chauvin en 1599 et de Samuel de Champlain en 1603. Ce lieu est le premier poste français dans le Nord, et il aura l'exclusivité du commerce de la fourrure, mais les débuts furent difficiles ! On y trouve aussi la première église en bois d'Amérique du Nord, la chapelle des Indiens, construite en 1747.

Tadoussac, au confluent du fjord du Saguenay et du fleuve Saint-Laurent. © Bodoklecksel, GNU 1.2

Le petit poste de traite de Tadoussac

« Les fourrures de cette région du Nord [Nipissing, Abitibi] étaient finalement transportées à Tadoussac, sur la rive nord du Saint-Laurent, à l'embouchure de la rivière Saguenay. Cet endroit avait été un poste de traite longtemps avant l'arrivée des Blancs, et c'est ici que des produits, comme des coquillages venant d'aussi loin que la Floride, étaient échangés pour des castors de premier choix venant de la baie d'Hudson. Champlain a traversé par hasard cette route commerciale lorsqu'il s'est établi sur les rives du Saint-Laurent, et les Amérindiens ont vite compris l'avantage de faire du troc pour obtenir des marchandises européennes plutôt que des coquillages. » Citation tirée de Murray Leatherdale, Nipissing from Brûlé to Booth.

Vous trouverez un historique très intéressant et très détaillé de Tadoussac sur le site Internet de l'Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française.

Le commerce des fourrures

L'essor de la Nouvelle-France tourne autour du commerce des fourrures : les explorations, le peuplement, les premiers établissements, les échanges et les alliances avec les Amérindiens, etc.

Les Français veulent des fourrures pour les chapeaux de feutre, alors à la mode. Le feutre est fabriqué avec les poils du castor. En Europe, le castor est en train de disparaître. Les gens préfèrent le castor chassé en hiver : son poil est plus beau. C'est le castor gras d'hiver, qui possède la fourrure la plus chère. Outre le castor, d'autres animaux sont recherchés : les loutres, les martres et les renards.

Un castor nord-américain, aussi appelé Castor canadensis. © Szmurlo, GNU 1.2

Ce sont les Amérindiens qui chassent et fournissent les fourrures en faisant du troc, fourrures contre produits européens : objets de métal, marmites, couteaux, haches, mais aussi vêtements de laine qui sèchent mieux que la peau après la pluie.

Richelieu s'en occupe à partir de 1625, et ce commerce représente 70 % des activités économiques de la Nouvelle-France au XVIIe et XVIIIe siècles.

Le Saguenay

Rivière qui rend sa source au lac Saint-Jean, le Saguenay se jette dans le Saint-Laurent. Il a un immense bassin versant de près de 90.000 km2 et un fort débit. Ce fut longtemps la voie de communication entre les terres de chasse et de pêche de la région. De nos jours, le potentiel hydroélectrique est utilisé pour l'aluminium.

Vue du cap Trinité surplombant le Saguenay (face est). © reivax, cc by sa 2.0

La Petite et la Grande Décharge forment le Saguenay à la suite du barrage Isle Maligne. Le fjord lui-même commence à Saint-Fulgence, il s'agit de la frontière entre eau douce et eau salée. Un traversier, ou ferry, assure la liaison entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac. Le fjord est assez large et occupe une entaille dans les Laurentides. Les falaises qui bordent le fjord sont impressionnantes, comme celles de cap Éternité, qui font plus de 450 m de haut. Ce fjord est donc une vallée glaciaire, remplie d'eau à la suite des remontées du niveau de la mer, mais ici, l'arrivée d'eau douce est importante (environ 170 m3/s) et entraîne une stratification : eau douce moins dense au-dessus, eau salée plus dense en dessous.

Il y a deux parcs nationaux ici : le parc national du Saguenay et le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent.

Le vent antitriptique peut rendre la navigation difficile : c'est un vent qui s'écoule dans une vallée étroite et profonde, et celle du Saguenay pourrait être un exemple type ! De plus, il y a peu d'endroits où accoster dans le fjord.

Les baleines

Tadoussac dispose d'un centre d'initiation aux mammifères marins et de plusieurs compagnies d'excursion pour l'observation en mer : le site est connu et plusieurs centaines de milliers de visiteurs y viennent chaque année. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi une excursion dans le fjord, et à cinq heures du matin, nous étions tout seuls !

La baleine bleue peut parfois être observée lors d’excursions à Tadoussac. © NOAA, cc by nc sa 2.0

Nous avons eu la chance de tomber sur un troupeau de bélugas tranquilles, qui venaient voir ce bateau très matinal. Nous avons aussi eu très chaud quand un morceau de la paroi rocheuse s'est détaché pour tomber dans le fjord à quelques mètres de nous. Ce fut très impressionnant.

On peut observer de nombreux cétacés à fanons dans la région :

  • le rorqual bleu, le plus gros ;
  • le rorqual commun ;
  • le rorqual à bosse ;
  • le petit rorqual.

C'est aussi vrai pour les cétacés à dents :

  • le béluga est menacé par la pollution, sa population diminue fortement, ils sont dix fois moins nombreux qu'il y a 100 ans ;
  • le dauphin à flancs blancs ;
  • le dauphin à nez blanc ;
  • le marsouin commun.

On aperçoit aussi des épaulards, des cachalots et des globicéphales noirs.