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Charlevoix, réserve mondiale de biosphère

Dossier - Le Québec, la nature sauvage du Saint-Laurent
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Le fleuve Saint-Laurent parcourt une biosphère à la richesse exceptionnelle. Des rives du fleuve au Havre-Saint-Pierre, Claire König nous apporte ses impressions de voyage et son regard sur les animaux, les plantes et les particularités hydrologiques et minières du Québec.

  
DossiersLe Québec, la nature sauvage du Saint-Laurent
 

Laboratoire du développement durable viable, de la mer à la toundra, de l'agriculture aux forêts, du capelan au caribou, sous la surveillance du merle bleu et du pygargue à tête blanche, des habitants de Charlevoix exploitent et protègent le territoire de la réserve mondiale de la biosphère de Charlevoix, un statut accordé par l'Unesco en 1989.

L’aire de répartition du lynx du Canada, Lynx canadensis, comprend principalement le Canada et l’Alaska. ©Barni1, CCO

L'idée est née en 1984. La ville de Charlevoix au Canada était très intéressée par un statut de réserve mondiale de la biosphère, car elle disposait de milieux très variés : forêt, taïga, toundra, et de nombreux jolis villages. Le 18 août 1988, l'antenne canadienne de l'Unesco annonçait la nomination de Charlevoix comme réserve de la biosphère et transmettait le dossier au siège de l'Unesco à Paris. Le document officiel attestant la création de la réserve de la biosphère de Charlevoix a été signé à Paris le 12 janvier 1989 par le directeur de l'Unesco.

Une martre d’Amérique, ou Martes americana. Elle se distingue par une tache plus claire sur la gorge. © US Fish and Wildlife Service, DP

La réserve couvre une superficie de 11.000 km2. Elle comprend des aires centrales et des aires satellites, dont voici la liste :

  • le parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie ;
  • le parc national des Grands-Jardins ;
  • le centre écologique de Port-au-Saumon ;
  • la forêt Montmorency (zone satellite) ;
  • le centre éducatif forestier Les Palissades (zone satellite).

La zone tampon et l'aire de coopération comprend les municipalités de Baie-Saint-Paul, Clermont, Isle-aux-Coudres, Malbaie, Les Éboulements, Notre-Dame-des-Monts, Petite-Rivière-Saint-François, Saint-Aimé-des-Lacs, Saint-Hilarion, Saint-Irénée et Saint-Urbain.

La zone d'influence s'étend de Montmagny au sud-ouest au Saguenay au nord-est, en un arc de cercle passant bien au nord des territoires de la réserve.

Les rivières et le fleuve

Le territoire de Charlevoix est marqué par la présence de plusieurs lacs et rivières. Le drainage du territoire s'effectue principalement par la rivière du Gouffre, la rivière Jean-Noël, la rivière Malbaie et le Saguenay. Le littoral de 125 km se trouve dans la portion moyenne de l'estuaire du Saint-Laurent. Les eaux du fleuve y sont saumâtres, sa largeur est ici de 20 km et sa profondeur d'environ 100 m.

Un tétras du Canada femelle. L’animal a été surpris dans le parc national des Grands-Jardins, au Québec. © Cephas, cc by sa 3.0

La région comporte de nombreux attraits. Nous en avons rassemblé quelques-uns ci-dessous.

La réserve naturelle de la faune du Cap Tourmente : marais aménagés comme refuge d'oiseaux aquatiques, en particulier les oies blanches (voir plus loin). Magnifiques points de vue sur le fleuve, l'île d'Orléans et les monts de Charlevoix.

La rivière Sainte-Anne et les Sept-Chutes : cette rivière débouche dans le fleuve au niveau de l'île d'Orléans, et le site se trouve juste au nord de la route 138.

Le parc national des Grands-Jardins : voir plus loin, tout un chapitre y est consacré dans ce dossier.

Le parc régional des Hautes-Gorges : c'est une vallée profondément encaissée au fond de laquelle coule la rivière Malbaie. En matière de milieux naturels, c'est un site étonnant, puisque la toundra y côtoie l'érablière ! On peut s'y promener, mais aussi faire de petites croisières sur la Malbaie.

Le centre écologique de Port-au-Saumon : un littoral escarpé et une vue magnifique sur la baie de Port-au-Saumon, et on peut y faire des stages naturalistes. Il y a aussi un centre d'interprétation et un festival des sciences.

Le centre éducatif des Palissades : un beau point de vue sur la vallée de la rivière Noire, et aussi un centre d'interprétation, de belles promenades, guidées ou non...

La halte côtière de Pointe-Noire : ce lieu de rencontre du Saguenay et du fleuve constitue le point de départ de promenades d'observation des baleines et des bélugas et bien d'autres endroits, dont voici une petite liste, non exhaustive bien sûr :

  • le mont des Éboulements ;
  • le massif de Petite-Rivière-Saint-François ;
  • les cascades de la rivière du Bras ;
  • les cascades de Port-au-Persil ;
  • trois caps : le Cap-aux-Rets, le Cap-aux-Corbeaux et le Cap-aux-Oies ;
  • Les marmites de géants au lac Beaupré ;
  • Les drumlins de Saint-Hilarion.
Des oies des neiges observées dans la réserve nationale de faune du cap Tourmente, au Québec. © Cephas, GNU 1.2

Les oies blanches

De la famille des anatidés, les oies blanches ou oies des neiges portent le nom latin de Chen ou Anser Caerulescens. Elles ont la particularité d'avoir une phase blanche, sauf quelques plumes, les primaires, avec ou non un peu de roux au cou et à la tête, et une phase dite bleue où tout est gris foncé sauf le cou et la tête. Le bec et les pattes sont roses.

Leur habitat se situe au nord du Canada, et en hiver sur les côtes pacifiques et atlantiques de l'Amérique du Nord. Le cap Tourmente au Québec est aménagé pour les recevoir pendant la migration et leur offrir gîte et nourriture quand elles débarquent par dizaines de milliers. C'est un spectacle éblouissant ! Au début du siècle, on en comptait 3.000. Actuellement, leur nombre frise le million ! Elles restent quelque temps, et partent plus au sud en automne jusque vers la Louisiane ou le Mexique. Elles ne sont pas menacées, et vivent en colonies tout au long de l'année. Lors de la couvaison, on peut avoir un nombre incroyable de nids à l'hectare : environ 100 !

Bien qu’elle vive en Amérique, la petite oie des neiges peut parfois se retrouver en Europe. © Walter Siegmund, GNU 1.2

Elles remontent dès février, 5.000 d'abord, puis 20.000, puis 50.000, et elles progressent vers le nord à mesure que la neige s'en va jusqu'aux régions de nidification. Leur population a beaucoup augmenté ces dernières années, utilisant les champs cultivés pour se nourrir, et les oies des neiges risquent de mettre en péril les zones protégées à leur disposition par leur grand nombre : un effet pervers de leur protection !

Si vous voulez les observer plus facilement, il faut vous rendre sur place à la marée montante, qui rabat les oies vers le rivage et dans les champs. Dernière indication : il y a deux espèces d'oies des neiges :

  • Anser caerulescens atlanticus (Kennard, 1927) : la grande oie des neiges ;
  • Anser caerulescens caerulescens (Linnaeus, 1758) : la petite oie des neiges.