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L’ergot de Seigle, Claviceps purpurea

Dossier - Céréales : le seigle, du pain au LSD
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Le seigle est une graminée, assez rustique, qui fait partie des céréales, dites « à paille ». Les pays du Nord apprécient particulièrement le pain noir de seigle, au point que des AOC se mettent en place pour protéger les recettes traditionnelles. Mais le seigle c’est aussi l’ergot, le LSD et nous ferons le point à ce sujet.

  
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L'ergot de Seigle, Claviceps purpurea, est un champignon microscopique, il appartient à la classe des Ascomycètes, parasite des céréales qui contient divers alcaloïdes, polycycliques dérivés naturels de l'acide lysergique. 

Ergot de seigle Claviceps purpurea. © Dominique Jacquin, Wikimedia commons, DP
Claviceps purpurea. © Rasbak GNU Free Documentation License, Version 1.2

Cycle du champignon Claviceps purpurea

Les champignons de ce groupe présentent un cycle complexe. Le mycélium envahit l'ovaire des fleurs femelles de diverses Graminées. Il y produit des éléments reproducteurs enrobés de nectar attirant les insectes qui disséminent le parasite. Lorsque les grains mûrissent, les filaments s'agglomèrent en tissu dense recouvert d'une écorce violacée visible, le sclérote. Les sclérotes se détachent et passent l'hiver au sol. Au printemps, ils produisent des spores qui contaminent les jeunes plants.

Histoire du Claviceps purpurea

Apparu en Europe au IXe siècle, le « mal des ardents » fait des ravages au XIIe siècle et provoque plusieurs dizaines de milliers de morts. Les malades ne peuvent qu'invoquer Saint Antoine et partir en pèlerinage.... Jusqu'au Second Empire, la maladie reste inconnue alors que le pain, nourriture de base, est surtout fait de seigle. À partir de 1760-1780, la « gangrène des solognots » est enfin reconnue comme un cas d'ergotisme. Malgré les avertissements journaliers, les pauvres ne peuvent jeter le grain toxique et gèrent le risque au quotidien. Leur conduite alimentaire est une alternative entre mourir d'inanition ou risquer la gangrène.

Ce n'est qu'au XVIIe siècle que la responsabilité du pain fait avec de la farine de seigle parasité fut reconnue. En 1777, l'abbé Teissier démontra que l'ergot du seigle était à l'origine de la maladie, en administrant ce champignon parasite du seigle à des canards. Les intoxications par l'ergot sont restées tristement célèbres. Les premiers témoignages remontent aux assyriens en 600 avant J.-C. La « gangrène des solognots » fit entre 7.000 et 8.000 morts au XVIIe siècle. L'Union soviétique a rapporté les derniers cas d'ergotisme en 1926 et 1951.

Stroma Claviceps purpurea : champignon en train de faire les spores. © DR

L'ergot contient de nombreux alcaloïdes et des substances hallucinogènes. L'intoxication engendre des brûlures de tissus, des hallucinations, un état d'agitation extrême. L'affaire du « pain maudit de Pont Saint Esprit » en 1951, est encore dans toutes les mémoires, mais n'a pu être expliquée. Le risque est cependant réel en cas de famine, lorsque le climat favorise le développement du champignon.
Dans l'Antiquité les épidémies d'ergotisme n'étaient pas rares et leurs conséquences étaient connues mais aucun lien n'avait été établi ni avec le parasite ni avec la consommation de farines contaminées. 

L’ergotisme

C'est une affection marquée par des troubles liés à la vasoconstriction périphérique (douleurs cutanées, nécroses pouvant aller jusqu'à la perte d'extrémités gangrenées) et aux effets psychiques provoqués par certains des alcaloïdes de l'ergot de seigle. C'est la première mycotoxicose décrite.  « Mal des ardents » ou « Feu de Saint Antoine », cette affection d'allure épidémique comportait une forme convulsive et une forme gangréneuse accompagnées de délire. Lors des épidémies, les chroniqueurs ont décrit le noircissement, la nécrose puis la chute des mains et des pieds chez les personnes atteintes ainsi que des perturbations du comportement.

L’usage médical

En 1907, les chimistes anglais G. Barger et F.H. Carr extrayèrent de l'ergot une préparation d'alcaloïdes qu'ils appelèrent ergotoxine en raison de sa toxicité. En 1918, le chimiste suisse Arthur Stoll, fondateur du département pharmaceutique des laboratoires Sandoz, isola pour la première fois un alcaloïde purifié, l'ergotamine, chef de file d'une importante classe de médicaments antihypertenseurs.