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L'ergot de seigle et la découverte du LSD

Dossier - Céréales : le seigle, du pain au LSD
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Le seigle est une graminée, assez rustique, qui fait partie des céréales, dites « à paille ». Les pays du Nord apprécient particulièrement le pain noir de seigle, au point que des AOC se mettent en place pour protéger les recettes traditionnelles. Mais le seigle c’est aussi l’ergot, le LSD et nous ferons le point à ce sujet.

  
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Le LSD est aujourd'hui connu pour ses effets hallucinogènes, mais quel est son rapport avec le seigle ?

Ergot de seigle. © Claude De Brauer, wikimedia commons, CC 3.0
Formules topologique et tridimensionnelle de la molécule de LSD. © Benjah-bmm27, Wikimedia commons, DP

Découverte du LSD

Dans les années 1930, on établit la structure chimique des principaux alcaloïdes de l'ergot et les chimistes américains W.A. Jacobs et L.C. Craig isolèrent le noyau acide lysergique. C'est en travaillant à rechercher des dérivés d'intérêt médical qu'A. Hoffman synthétisa le LSD (l'acide lysergique diéthylamide) en 1938. Il n'en découvrira cependant les effets hallucinogènes que cinq ans plus tard...

En avril 1943, Hoffman décida de refaire la synthèse et alors qu'il terminait la cristallisation finale du tartrate de LSD, il fut pris de vertiges et dut rentrer chez lui où il fut assailli par des hallucinations accompagnées d'une sensation d'ébriété pendant deux heures. Il incrimina le LSD dont il ingéra alors volontairement 250 µg, une dose qu'il pensait très faible (la mescaline est active à des doses mille fois plus élevées). Il eut alors « un trip » plus intense et expérimenta une succession d'hallucinations colorées et une impression de dépersonnalisation. Le lendemain, les souvenirs de l'expérience restaient parfaitement clairs. Le professeur Rothlin, directeur du département de pharmacologie des laboratoires Sandoz, dut répéter lui-même l'expérience pour être convaincu par le rapport d'Hoffman qui raconte son « trip » dans son livre.

Extrait de l'ouvrage Le LSD mon enfant terrible, de Hoffman

« Mes vertiges et mes sensations de faiblesse prenaient de telles proportions par moments que je ne pouvais même plus me tenir debout : il me fallut m'allonger sur le canapé. À ce moment-là, mon environnement s'était transformé de façon angoissante. Toutes les choses  se mouvaient dans l'espace, les objets familiers, le mobilier, prenaient des formes grotesques, menaçantes la plupart du temps. Elles étaient comme animées d'un mouvement perpétuel,  comme emplies d'une angoisse intérieure. C'est à peine si je reconnus ma voisine qui m'apportait du lait, [...] ce n'était plus Mme R., c'était une sorcière malfaisante, perfide, qui cachait derrière son fard, un visage diabolique. Mais il y eut plus grave encore que ces modifications grotesques du monde extérieur : les transformations que je ressentis en moi-même, à l'intérieur de mon être. Tous mes efforts de volonté pour contenir cet éclatement du monde extérieur et cette dissolution de mon moi me paraissaient voués à l'échec. Un démon avait pénétré en moi, il avait pris possession de mon corps, de mes sens et de mon âme. Je sautai, je criai pour m'en débarrasser, mais finalement, je retombai épuisé sur le canapé. La substance que j'avais voulu expérimenter avait eu raison de moi. Elle était ce démon sarcastique qui triomphait de ma volonté. Une angoisse horrible me prit d'être devenu fou. »