Mappemonde en forme de cœur montrant l'étendue supposée de la Terre Australe inconnue ; carte gravée sur bois et aquarellée, par Oronce Fine en 1536. © Bibliothèque nationale de France, domaine public.

Sciences

La découverte de l’Australie et le mythe de la Terre australe inconnue

Question/RéponseClassé sous :histoire , Époque moderne , histoire de l'Homme

Certains voyageurs ont cru apercevoir la Terre australe inconnue, à commencer par Magellan qui, en 1520, l'a confondue avec la Terre de Feu. Au XVIe siècle, on l'imagine comme un immense territoire s'étendant du détroit de Magellan jusqu'à l'Australie actuelle. En effectuant le tour complet de l'Australie en 1642, Abel Tasman confirme que le continent austral mythique reste à découvrir.

En 1520, le géographe allemand Schöner réalise une mappemonde situant  une « Terra Australis » de part et d'autre du détroit de Magellan : cet emplacement correspond à peu près à celui du continent Antarctique mais les contours rappellent ceux de l'Australie. Comment les géographes européens ont-ils eu connaissance de cette Terre australe au début du XVIe siècle ? Par des navigateurs portugais ? Ou chinois ? La question n'est pas résolue.

L'École de cartographie de Dieppe la représente, en 1547, sous le détroit de Magellan ; elle imagine également une « Grande Jave » à l'emplacement de l'Australie, au sud des îles de Java (« Jave ») et Sumatra. En 1570, le géographe Ortelius réalise une mappemonde qui reproduit la Terre australe inconnue dont les contours évoquent ceux de l'Antarctique et de l'Australie réunis. En 1587, Mercator suggère une « Terra Australis », vaste continent reprenant également les limites géographiques de l'Antarctique liées à l'Australie.

Mappemonde de l'École de cartographie de Dieppe, avec mention de la « Grande Jave » (Australie) et de la « Terra Australis » sous le détroit de Magellan. © The British Library Board, domaine public.

Quand et qui a découvert l’Australie ?

Le premier contact officiel entre les Européens et l'Australie est établi en 1606, au cours d'un voyage accompli par des négociants de la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales) pour reconnaître les côtes de Java. Le Hollandais Willem Janszoon débarque sur le sol australien et réussit à cartographier environ 320 kilomètres de côtes dont il pense qu'elles sont une extension méridionale de la Nouvelle-Guinée. Janszoon baptise les terres qu'il vient de découvrir « Nouvelle-Zélande ». Après 1616, les expéditions des navires de la VOC vers l'Australie se succèdent tous les ans : des navigateurs venant du Cap de Bonne-Espérance l'abordent par l'ouest et nomment cette partie occidentale « Nova Hollandia » ; la « Nouvelle Hollande » désignera l'île tout entière à partir de 1655.

En 1642 a lieu l'expédition déterminante d'Abel Tasman qui effectue le tour complet de l'Australie et peut ainsi en cartographier les côtes. En la contournant, il prouve qu'elle n'est pas réunie au mythique continent austral recherché. Il découvre aussi la Nouvelle-Zélande (actuelle) et la future Tasmanie (d'abord baptisée « Terre de Diemen » en l'honneur du gouverneur général des Indes hollandaises).

Carte de la « Nouvelle Hollande », parties connues en 1644, avec la « Terre de Diemen » découverte en 1642 par Tasman. Carte dite de Thévenot, imprimée en 1663 à Paris. © Wikimedia Commons, domaine public.

Le mystère du continent austral inconnu

Depuis l'Antiquité, il existe une croyance en une terre immense située dans l'hémisphère Sud : cette hypothèse s'appuie sur l'idée d'une symétrie des masses territoriales entre les deux hémisphères Nord et Sud. Cette croyance revient au goût du jour avec les grandes explorations des XVIe et XVIIe siècles : la découverte du continent américain renforce l'idée d'une symétrie est/ouest ; elle consolide également celle d'un équilibre nord/sud.

Les débats sur l'existence de la mythique Terre australe sont relancés par le voyage de Bouvet de Lozier en 1738-1739 : cet officier de la Compagnie française des Indes part de Lorient avec deux navires à la recherche du fameux continent. Il pense avoir trouvé la Terra Australis Incognita mais découvre simplement une minuscule île recouverte de glace dans l'Atlantique Sud, qui porte aujourd'hui son nom.

Mappemonde d'Ortelius datée de 1570 : on visualise l'énorme masse continentale supposée de la « Terra Australis » (Antarctique et Australie réunis). © Wikimedia Commons, domaine public.

En 1769, l'explorateur anglais James Cook débarque en Nouvelle-Zélande et cartographie l'intégralité de ses côtes, montrant qu'elle ne peut pas faire partie d'un continent. En janvier 1773, la seconde expédition de Cook franchit le cercle polaire antarctique et atteint la latitude 71° sud, sans apercevoir le continent Antarctique. Il démontre toutefois qu'un territoire aussi méridional, s'il existe, est situé dans les régions polaires et qu'il ne peut y avoir d'extension dans des régions au climat tempéré. Et son rapport conclut clairement sur la non-existence de la mythique « Terra Australis » ! En janvier 1820, une expédition dirigée par Bellingshausen, capitaine de la flotte impériale russe, franchit le cercle polaire et découvre enfin les terres continentales de l'Antarctique.

Abonnez-vous à la lettre d'information Histoire(s) : chaque semaine, Futura vous propose de remonter le temps.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !