Planète

Vigogne

DéfinitionClassé sous :zoologie , camélidé , lama
Groupe de vigognes à proximité du lac Chungará, au Chili. © Luca Galuzzi, Wikipedia, cc by sa 2.5

Vigogne (Molina, 1782) – Vicugna vicugna

  • Ordre : Cetartiodactyla
  • Famille : Camelidae
  • Genre : Vicugna
  • Taille : 1,45 à 1,60 m, hauteur au garrot de 0,75 à 0,85 m
  • Poids : 35 à 65 kg
  • Longévité : 20 à 22 ans

Statut de conservation UICN : LC, Préoccupation mineure

Description de la vigogne

Avec le guanaco, la vigogne est l'une des deux espèces de camélidés vivant en Amérique du Sud. Elle est apparentée au lama et à l'alpaga, et sa taille en fait la plus petite espèce de la famille. Elle présente une silhouette fine et délicate. Son corps est recouvert d'une épaisse toison qui, sur le dessus de la tête, la nuque, le dos et le dessus de sa courte queue est de couleur fauve ou chamois. Le cou, la poitrine, la partie ventrale, le dessous de la queue, ainsi que les pattes longues et fines, sont blancs. La vigogne possède un cou relativement long, terminé par une petite tête au museau fin, aux oreilles longues et bien dessinées. Sa toison est constituée de la matière la plus fine après la soie. Les poils blancs du poitrail peuvent mesurer 30 cm de long. Les incisives sont longues et poussent en permanence, comme chez les rongeurs.

Vigogne près d'Arequipa. © Alexandre Buisse, Wikipedia, GNU 1.2

On ne trouve la vigogne que dans la partie centrale de la cordillère des Andes, en Amérique du Sud. Elle est originaire du Pérou, mais elle est également présente dans le nord-ouest de l'Argentine, en Bolivie et dans le nord du Chili. Une petite population a été introduite dans les montagnes du centre de l'Équateur. Elle évolue sur les plateaux herbeux entre 3.200 et 4.800 mètres d'altitude. Il existe deux sous-espèces de vigognes : Vicugna vicugna vicugna, qui se cantonne à l'Argentine, au Chili et au sud de la Bolivie, tandis que Vicugna vicugna mensalis est répartie dans le nord de la Bolivie et au Pérou. La vigogne a été observée dans des zones humides et marécageuses au pied des pentes montagneuses qu'elle semble privilégier, car la nourriture y est plus abondante et plus diversifiée du fait du ruissellement naturel de l'eau. En effet, cette dernière draine les éléments nutritifs vers le bas de la pente.

Vigognes dans la réserve de Chimborazo, en Équateur. © Flickr, Santiago Ron, cc by nc 2.0

Comportement de la vigogne

Bien que la vigogne ait une apparence fragile, c'est l'un des animaux les plus résistants d'Amérique du Sud. Sa laine, qui a failli causer son extinction, est l'une des plus chaudes et des plus épaisses au monde. Elle a la capacité d'emprisonner des bulles d'air, qui forment un isolant efficace contre les températures glaciales qui règnent en altitude. Ses poumons et son cœur sont surdéveloppés pour compenser la raréfaction de l’oxygène. La vigogne s'est adaptée à boire de l'eau salée à cause du manque de précipitations. La puna, zone à l'air raréfié situé entre 3 500 et 4 800 mètres d'altitude de la cordillère des Andes (au-dessus de l'altiplano), ne reçoit aucune eau de pluie pendant près de neuf mois dans l'année, et l'animal doit chercher ailleurs de quoi se désaltérer. 

Troupe de vigognes dans la grande saline de Jujuy, en Argentine. © Flickr, donsabas, cc by nc sa 2.0

La vigogne vit en hardes de 10 à 20 individus, généralement constituées d'un mâle dominant et d'une dizaine de femelles avec leurs petits, non encore sevrés. C'est un animal farouche, très méfiant. Alerté par un danger, le mâle dominant lance un cri semblable à un sifflement, et la troupe s'enfuit en courant à près de 50 km/h. En journée, la vigogne broute l'herbe qu'elle trouve sur les plateaux herbeux. Elle passe la nuit avec ses congénères sur les pistes qu'elle utilise pour se déplacer. Pour survivre, une troupe a besoin d'un territoire d'environ 18 km2 que les animaux marquent de leur urine et de leurs fèces. À l'exception du puma, la vigogne n'a pas de prédateurs. Et encore, le lion des montagnes a fort à faire pour capturer sa proie, tant celle-ci est véloce.

Vigogne dans l’un de ses environnements naturels. © Vera & Jean-Christophe, Wikipedia, cc by sa 2.0

Reproduction de la vigogne

Les accouplements ont lieu au cours des mois de mars et d'avril, et la femelle donne naissance à un seul petit, après une gestation de 11 mois. Le bébé vigogne est capable de suivre sa mère une demi-heure seulement après la mise bas. Il tète sa mère pendant près de 10 mois, et acquiert son indépendance entre 12 et 18 mois. Lorsque le juvénile est apte à prendre son essor, il est chassé du groupe. Il rejoint alors d'autres jeunes dans son cas, pour former des groupes de célibataires ou de femelles qui vont chercher « fortune » ailleurs. Cette spécificité permet d'entretenir le brassage génétique et évite la consanguinité. Les jeunes atteignent leur maturité sexuelle vers 2 ans.

Vigognes adultes et juvéniles dans la réserve de Chimborazo. © Flickr, Santiago Ron, cc by nc 2.0

La vigogne se nourrit essentiellement de plantes herbacées et de graminées rendues coriaces par l'altitude. Bien évidemment, l'animal s'est adapté, ce qui explique également la pousse continuelle des incisives. La végétation étant rare et rase sur ces sols rocailleux, la vigogne ne trouve pas beaucoup d'eau ou de sels minéraux. Mais la puna offre de nombreuses étendues d'eau salée que la vigogne est un des rares animaux à pouvoir boire.

Vigogne dans la grande saline de Jujuy, en Argentine. © donsabas, Flickr, cc by nc sa 2.0

Menaces sur la vigogne

La principale menace pesant sur les vigognes est le braconnage. Le contrôle est d'autant plus difficile que sur la puna, les frontières sont longues et impossibles à surveiller. Depuis l'époque de la conquête espagnole, alors qu'ils étaient estimés à un demi-million, les effectifs ont chuté à 6.000 individus à l'état sauvage en 1964... L'espèce avait été déclarée menacée à l'époque, mais des programmes de surveillance ont permis de remonter le nombre d'individus à 75.000 au Pérou dans les années 1990. Ce revirement est dû aux actions d'information auprès des populations, à qui l'on a expliqué que la laine des animaux valait mieux que leur viande. Bien que les effectifs péruviens soient actuellement remontés à 125.000 têtes (et à 350.000 sur l'ensemble de son aire de distribution), la menace du braconnage reste vive, mais l'espèce n'est plus considérée en danger immédiat. L'autre danger réside dans les modifications climatiques, qui risquent de bouleverser l'environnement de la vigogne dans les prochaines années.

Vigogne captive au Pérou. © Sylvain Bourdos, Flickr, cc by nc sa 2.0

Le saviez-vous ?

À l'époque incaïque, la vigogne était déjà chassée pour sa laine, avec laquelle les habitants des hauts plateaux andins confectionnaient des vêtements doux et très chauds, ainsi que des tapisseries d'ornement que l'on réservait à la famille royale. La filature et le tissage étaient le privilège des « vierges du Soleil ». Périodiquement, les Incas organisaient de grandes battues qu'ils appelaient chacu, réunissant 20.000 à 30.000 hommes, au cours desquelles tout le gibier d'une région était rabattu vers des enclos spécifiques. À l'exception des vigognes, tous les mammifères capturés étaient abattus et leur viande distribuée au peuple. Quant aux vigognes, elles étaient soigneusement tondues puis relâchées. Ce système assurait une parfaite conservation des ressources faunistiques.

L'arrivée des Espagnols bouleversa cette organisation, car la vigogne fut chassée sans merci. Ce ne fut qu'en 1825 que Simón Bolívar, libérateur du Pérou, promulgua une loi de protection de l’animal. Une centaine d'années plus tard, le gouvernement en place renforça la loi en interdisant la chasse de la vigogne, ainsi que le commerce de sa laine et de sa peau. Des lois semblables furent promulguées au Chili et en Bolivie, mais sans réelle efficacité. Le massacre se poursuivit. En 1954, des experts estimèrent que les populations de vigognes péruviennes avoisinaient les 250.000 têtes et 400.000 sur l'ensemble de sa distribution géographique. Dix ans plus tard, on en recensait encore entre 15 et 20.000 au Pérou, et moins de 2.000 en Bolivie.

La vigogne est totalement réfractaire à la domestication. Aussi, pour perpétuer la tradition des Incas autant que pour fournir des subsides aux paysans de l'Altiplano, des vigognes sauvages sont régulièrement capturées pour être tondues. Un système d'étiquetage a été mis en place, qui garantit que la laine prélevée l'a été sur un animal vivant qui a ensuite été relâché. Chaque animal ne produisant qu'entre 150 et 225 grammes de laine par an, le prix d'un mètre de laine tissée pouvait atteindre entre 1.800 et 3.000 dollars en 2007. On peut donc imaginer les convoitises attisées par ce matériau.

Cela vous intéressera aussi