Des chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) estiment que c’est, plus que tout, la vitesse à laquelle se produit actuellement le réchauffement climatique qui nous met en danger de vivre des événements climatiques extrêmes. © P.Lack, Adobe Stock
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Nous devons ces vagues de chaleur extrêmes à la rapidité du réchauffement climatique

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[EN VIDÉO] Interview avec Jean Jouzel : Le réchauffement climatique est-il soudain ?  Dans une interview, le paléoclimatologue français célèbre Jean Jouzel explique la dynamique du réchauffement climatique. 

Vous vous souvenez, il y a quelques semaines ? La ville de Lytton, au Canada, enregistrait une température record de 49,6 °C. Eh bien, c'est exactement de ce genre de températures extrêmes dont nous reparlent les chercheurs aujourd'hui. Des températures extrêmes qui, si nous ne faisons rien, vont arriver de plus en plus souvent. En cause : la vitesse à laquelle notre Planète se réchauffe depuis quelques décennies.

Avec le réchauffement climatique, nous devons nous attendre à des vagues de chaleur plus nombreuses et plus intenses. Le résultat de la hausse globale des températures. Les chercheurs nous avaient déjà avertis. Aujourd'hui, ils ajoutent que la rapidité sans précédent avec laquelle les températures augmentent depuis quelque temps -- environ 0,2 °C par décennie -- nous expose encore un peu plus à des vagues de chaleur extrêmes. Avec, pour exemple frappant, celle qui a déferlé sur le Canada il y a quelques semaines.

Pour nous aider à comprendre, les chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) comparent le climat à l'athlétisme. Plus une discipline existe depuis longtemps, plus il devient difficile d'en battre les records. Ainsi, si le réchauffement climatique devait se stabiliser à +1,5 °C, nous finirions par vivre aussi une stabilisation des températures maximales atteintes au cours des vagues de chaleur. Mais, à l'allure à laquelle nous émettons des gaz à effet de serre, c'est un peu comme si nous mettions le climat sous stéroïdes.

Les travaux des chercheurs révèlent ainsi que, dans un scénario de business as usual, les vagues de chaleur qui viendraient pulvériser les records établis -- faisant monter les températures jusqu'à 5 °C au-delà de ces derniers --, deviendront de deux à sept fois plus probables au cours des trois prochaines décennies. Et de trois à vingt et une fois plus probables entre 2050 et 2080.

Les régions peuplées particulièrement touchées

Les modèles informatiques sur lesquels ont travaillé les chercheurs montrent que les régions les plus touchées seront celles de l'Amérique du nord, de l'Europe et de la Chine. Un exemple de vague de chaleur produit par les scientifiques a même atteint, par endroits, des températures de 18 °C supérieures à la moyenne !

Et, comme ces régions sont également parmi les plus peuplées, il devient vital de se préparer à ces extrêmes. « C'est vraiment très inquiétant », commente Erich Fischer, chercheur à l'École polytechnique fédérale de Zurich, dans les colonnes du Guardian. D'autant que, plus largement, l'étude met en avant le potentiel généralement élevé d'extrêmes météorologiques records. Non seulement du côté des températures, mais aussi du côté des précipitations

La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons toujours éviter ce pire

Vous pensiez que notre Planète avait vécu l'enfer cet été. Mais les chercheurs l'affirment aujourd'hui : « Nous n'avons encore rien vu du pire de ce que le réchauffement climatique nous réserve. »

« La bonne nouvelle, c'est que nous pouvons toujours éviter ce pire », nous assurent les chercheurs. Espérons que les responsables politiques qui se réuniront au mois de novembre prochain pour la 26e Conférence sur les changements climatiques à Glasgow (COP26), en Écosse, les entendront, cette fois... Les travaux des chercheurs de l'École polytechnique fédérale de Zurich montrent en effet que si nos émissions de gaz à effet de serre commencent à diminuer rapidement, le risque de records extrêmes se verra réduit d'environ 80 % !

Pour en savoir plus

Le réchauffement climatique rend 600 fois plus probable les vagues de chaleur comme en Sibérie !

Le permafrost fond. La forêt est en feu. Des papillons ravageurs envahissent la région. La Sibérie subit de plein fouet les conséquences d'une incroyable vague de chaleur qui dure depuis six mois maintenant. Des chercheurs de plusieurs universités nous apprennent aujourd'hui que si la situation a ainsi dégénéré, c'est bien à cause du réchauffement climatique. 

Article de Nathalie Mayer paru le 18/07/2020

En Sibérie, la chaleur a déclenché des incendies qui, fin juin, avaient ravagé quelque 1,15 million d’hectares de forêt et rejeté environ 56 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. C’est plus que les émissions annuelles de la Suisse ou du Portugal. La chaleur a aussi accéléré la fonte du pergélisol et contribué à une invasion de papillons de soie dont les larves s’attaquent aux conifères. © Baikal360, Adobe Stock

Le 20 juin 2020, du côté de la station de Verkhoyansk, dans le nord de la Sibérie orientale, le mercure est monté jusqu'à 38 °C. Un record absolu à pareille latitude -- si la mesure est confirmée ! Plus largement, la région a connu, entre janvier et juin derniers, des températures de +5 °C au-dessus des moyennes de la période 1981-2010. Et même de +10 °C au-dessus des normales pour le seul mois de juin. Une vague de chaleur prolongée sur laquelle se sont penchés des chercheurs de plusieurs universités. Leur conclusion est sans appel : sans réchauffement climatique, un tel événement climatique apparait très improbable.

Selon leurs simulations informatiques, sans intervention des Hommes, une vague de chaleur prolongée comme celle-ci ne se produit qu'une fois tous les 80.000 ans. Même dans les conditions climatiques actuelles -- déjà de plus de 1 °C plus chaudes qu'avant l'ère industrielle --, de tels événements ne se produisent que moins d'une fois tous les 130 ans.

Un avant-goût de ce qui pourrait nous attendre

Les changements climatiques induits par les émissions de gaz à effet de serre ont rendu de tels événements au moins 600 fois plus probables. Selon les chercheurs, si la même vague de chaleur s'était produite quelque part autour du début du XXe siècle, les températures enregistrées auraient été inférieures d'au moins 2 °C.

« Les vagues de chaleur sont de loin les événements météorologiques extrêmes les plus meurtriers dans la plupart des régions du monde. Elles doivent être prises très au sérieux, commente Friederike Otto, chercheur à l'université d'Oxford (Royaume-Uni) dans un communiqué de l’Organisation météorologique mondialeNous commençons à vivre des événements extrêmes qui n'auraient presque aucune chance de se produire sans intervention humaine sur le système climatique. Il nous reste peu de temps pour stabiliser le réchauffement climatique. Pour le maintenir à +1,5 °C -- ce qui impliquerait déjà plus de risques de tels événements de chaleur extrême --, nous devons réduire nos émissions de CO2 d'au moins la moitié d'ici 2030 », prévient Sonia Seneviratne, chercheur à l'ETH Zurich (Suisse) et auteur principal de plusieurs rapports du Giec.

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