Suivant les recommandations du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), l’initiative Frontier ambitionne un sérieux coup de pouce au marché des technologies de captage de dioxyde de carbone (CO2). © NicoElNino, Adobe Stock
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L’initiative Frontier ou comment les géants de la Tech veulent doper l’industrie du captage de CO2

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , gaz à effet de serre , GIEC

[EN VIDÉO] COP25 : la concentration de CO2 dans l’atmosphère sur 15 ans  Grâce à des données collectées sur Terre et depuis l’espace, la Nasa a compilé l’augmentation de la concentration de dioxyde de carbone et sa distribution mondiale pendant quinze ans. À la fin des mesures en 2015, le maximum atteignait 402 ppm ; aujourd’hui, nous en sommes à 418 ppm. 

Cette fois, c'est le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) qui nous le dit. Pour atteindre notre objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, nous allons non seulement devoir réduire nos émissions de gaz à effet de serre, mais aussi devoir faire appel à des technologies de captage de dioxyde de carbone (CO2). Pour accélérer leur développement, des géants de la Tech ont lancé le projet Frontier. Hannah Beddington, la responsable de la stratégie, nous explique.

Capter le dioxyde de carbone (CO2) présent dans notre atmosphère - puis le stocker ou le recycler - afin de lutter contre le changement climatique. Pour la toute première fois en ce début d'année 2022, un rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) l'envisage sérieusement. Oh, pas comme la solution ultime. Car nous ne pourrons pas nous passer de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Mais le captage du CO2 apparaît aujourd'hui comme un coup de pouce indispensable si nous espérons atteindre nos objectifs de limitation du réchauffement à 1,5 °C.

Chaque année, nos activités émettent en effet vers l'atmosphère plusieurs dizaines de milliards de tonnes de CO2 (Gt CO2). Et depuis longtemps déjà, certains imaginent pouvoir capter une partie de ce CO2 au moins afin d'éviter qu'il continue de s'accumuler dans l'air et de faire grimper les températures. Pour cela, il faut mobiliser des technologies innovantes. « Des progrès significatifs ont été réalisés récemment, nous précise Hannah Beddington, responsable de la stratégie du projet Frontier. Mais nous sommes loin d'atteindre le niveau nécessaire. En 2021, seulement 10.000 tonnes de CO2 ont été ainsi éliminées. C'est un million de fois moins que ce qu'il faudrait faire. »

Frontier, une garantie de marché

L'initiative Frontier, c'est ce que les économistes appellent une garantie de marché. Objectif : accélérer le développement de technologies permettant de capter du CO2 en garantissant la demande future pour celles-ci. En envoyant un signal fort - près d'un milliard de dollars en neuf ans, c'est l'ambition - de demande à la recherche, aux entreprises et aux investisseurs. « Nous espérons ramener un développement qui prendrait normalement 10 à 15 ans à seulement 3 à 5 ans », nous confie Hannah Beddington.

L'initiative est née de quelques géants de la Tech. Stripe, un fournisseur de technologies de paiement en ligne ; Alphabet, une entreprise issue de la société GoogleSpotify, le service de streaming ; Meta, anciennement Facebook, ou encore le cabinet de conseil McKinsey. « Compte tenu de l'urgence à catalyser le marché du captage du carbone, nous souhaitions lancer Frontier avec un premier groupe de partenaires capables de prendre des engagements de plusieurs millions de dollars, prêts à agir rapidement et comprenant déjà le besoin », nous explique Hannah Beddington. Mais rien n'empêche d'autres entreprises à rejoindre le mouvement. Des géants de l'industrie, par exemple, ou encore de l'énergie ou du transport. Qui pourraient ou devraient se sentir les premiers concernés.

Parce que si le milliard de dollars visé équivaut déjà à quelque trente fois les sommes dépensées jusqu'à présent pour le captage du CO2« cela reste une goutte d'eau ».

« Pour éliminer chaque année de notre atmosphère les 5 à 10 milliards de tonnes de CO2 (Gt de CO2) nécessaires à atteindre l'objectif de zéro émission nette, le marché devrait grimper au moins à 100 milliards de dollars, voire 1.000 milliards de dollars, nous précise la responsable de la stratégie du projet Frontier. Des engagements politiques seront probablement indispensables pour y arriver. »

Capter le CO2 directement dans l’atmosphère, c’est bien plus compliqué que de le capter en sortie d’usine. Mais l’initiative Frontier prend le pari. © acinquantadue, Adobe Stock

Des solutions pour éliminer durablement le CO2 de l’atmosphère

Le projet en est encore à ses balbutiements. « Mais nous envisageons d'émettre prochainement des garanties d'achat pour des technologies qui seront développées partout dans le monde », nous indique Hannah Beddington. Des technologies de captage du CO2 dans l'atmosphère, qui elles aussi en sont à leur balbutiement. Contrairement à leurs cousines qui visent le captage du CO2 en sortie d'usine. Mais nous y reviendrons à l'occasion d'un prochain sujet.

Il y a urgence !

« De nombreuses technologies sont en phase de test, nous assure la responsable de la stratégie de l'initiative Frontier. L'utilisation de ventilateurs géants, la culture de varech en pleine mer puis à son coulage, la transformation des déchets agricoles en bio-huile et à leur remise sous terre. Lesquelles se montreront finalement efficaces et rentables ? Nous l'ignorons encore. Mais nous voulons donner aux entrepreneurs et à la recherche la confiance nécessaire pour commencer à construire. Parce qu'il y a urgence. »

Ainsi, le pari de Frontier, c'est d'élargir au maximum son spectre de solutions. Ne pas miser seulement sur l'une ou sur l'autre. Le projet affiche tout de même quelques priorités. Il vise ainsi des solutions d'élimination permanente - par permanente, comprenez au-delà de 1.000 ans - du CO2. Des solutions qui non seulement ont le potentiel d'être exploitées à faible coût et pour un volume élevé à traiter - un volume supérieur à 0,5 milliard de tonnes par an -, mais qui n'occupent pas non plus beaucoup de terres arables. Et qui limitent, il va sans dire - mais toujours mieux en le disant - les effets collatéraux indésirables. Affaire à suivre...

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