Une tique a été découverte piégée dans de l'ambre avec des plumes de dinosaures. Ici, un bloc d'ambre avec des insectes. © Igor, Fotolia

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Dinosaures : une tique découverte piégée dans de l'ambre

ActualitéClassé sous :paléontologie , ambre , résine

Des fragments de plumes de dinosaures et des tiques ont été découverts piégés dans de l'ambre. C'est une première et cela confirme que des parasites suceurs de sang devaient bien prospérer sur certains dinosaures. Une histoire digne de Jurassic Park.

Cette découverte, publiée par une équipe internationale de chercheurs dans le prestigieux journal Nature Communications, va certainement faire rêver les fans de Jurassic Park. Une nouvelle espèce de tiques suceuses de sang a été trouvée conservée dans de l'ambre fossile vieux d'environ 99 millions d'années. Surtout, les restes fossilisés d'une des tiques sont associés clairement à une plume de dinosaure.

Hélas, on sait bien que l'ADN ne se conserve pas sur une si grande durée... Ainsi, le célèbre film de Spielberg, dont une suite va sortir prochainement (Jurassic World 2), va rester de l'ordre de la science-fiction : nous n'arriverons pas à ressusciter les dinosaures. Si encore nous avions trouvé de nombreux fragments d'ADN dans des restes fossilisés de sang contenu dans des moustiques, ou des tiques, conservés dans de l'ambre, en comptant sur les progrès de l'intelligence artificielle, il y aurait peut-être eu un espoir, mais ce n'est pas le cas.

Cependant, la découverte reste intéressante. Car nous connaissons désormais l'existence passée de Deinocroton draculi (ce nom signifie « tique terrible de Dracula »). Cette petite bête vivait au Crétacé (période allant de -145 à -66 millions d'années) et non au Jurassique (-201,3 à -145 millions d'années). (Notons au passage que le film de Spielberg mélange des résurrections de dinosaures de ces deux périodes.)

La tique a été retrouvée attachée à une plume de dinosaure. © E. Peñalver

Deinocroton draculi, un parasite dans le nid des dinosaures ?

Ce représentant de l'espèce Deinocroton draculi a été trouvé dans de l'ambre birman, accroché à un fragment de plume. La structure de cette dernière est similaire à celle des plumes d'oiseaux modernes tout en n'étant pas identique. D'ailleurs, cette plume ne peut pas appartenir à un oiseau moderne, car il n'en existait pas encore à cette époque. De plus, certains dinosaures du Crétacé étaient bien pourvus de ce genre de plumes ; des scientifiques en ont déjà trouvé des fragments dans d'autres échantillons d'ambre.

Il s'agit de la première preuve directe d'une relation parasite-hôte précoce entre les tiques et les dinosaures à plumes. La découverte est remarquable car les fossiles de créatures parasitoïdes et hématophages directement associés aux restes de leurs hôtes sont extrêmement rares. Enfin, le nouveau spécimen est le plus ancien connu à ce jour. Toutefois, l'espèce de dinosaures que Deinocroton draculi parasitait n'a, pour le moment, pas pu être identifiée.

D'autres fragments d'ambre de Birmanie avec des tiques. © E. Peñalver

Un autre échantillon d'ambre de Birmanie contient aussi des tiques de cette espèce, mais qui sont remarquablement associées à des poils de larves de dytiques. De nos jours, ces coléoptères aquatiques se trouvent parfois dans des nids d'oiseaux, où ils se nourrissent des plumes. Les deux trouvailles confortent donc l'hypothèse que, tout comme certaines tiques modernes, Deinocroton draculi devait prospérer dans des nids, non pas d'oiseaux, mais de dinosaures (les ancêtres des oiseaux).

Cerise sur le gâteau : un autre fragment d'ambre contient également un spécimen de Deinocroton draculi et celui-ci était visiblement gorgé de sang avant de se faire piéger dans la résine ; son volume naturel a été multiplié d'un facteur 8. Malheureusement, le contenu de cette tique a visiblement été remplacé par des infiltrations qui se sont minéralisées.

  • La réalité vient rattraper un peu la fiction : une nouvelle espèce de tiques a été découverte dans de l'ambre, associée à des fragments de plumes de dinosaures. L'une d'entre elles est même morte alors qu'elle était gorgée de sang…
  • Malheureusement, l'ADN est une molécule très fragile. Les scientifiques ne peuvent donc pas espérer trouver de l'ADN de dinosaures, même dans l'abdomen de suceurs de sang qui ont été préservés dans de l'ambre fossile datant de l'époque des « terribles lézards ».
Pour en savoir plus

Piège d'ambre pour animaux aquatiques

Article de Jean-Luc Goudet publié le 09/10/2007

Comment des organismes vivant dans l'eau peuvent-ils se retrouver dans des gouttes d'ambre, c'est-à-dire de la résine fossilisée, extrêmement hydrophobe ? La réponse n'était pas claire, d'autant que le cas est exceptionnel. Mais des chercheurs sont tombés sur une collection complète dans un lac de Floride, avec des inclusions de bactéries aquatiques. De quoi espérer bien d'autres découvertes...

Examiner des organismes piégés dans un bloc d'ambre revient un peu à se lancer dans une enquête policière pour reconstituer un minuscule drame ayant eu lieu des milliers ou des millions d'années auparavant. Le scénario du crime reste toujours à peu près le même. Tombée d'un arbre ou coulant le long du tronc, une goutte de résine a touché le sol et un ou plusieurs petits animaux s'y sont englués. La résine s'est solidifiée, emprisonnant à jamais les organismes dans la position qu'ils occupaient au moment de leur mort. En se fossilisant, la résine devient ambre, et traverse les siècles.

Les paléontologistes ont ainsi à leur disposition une collection d'animaux, essentiellement des arthropodes (insectes, araignées, crustacés terrestres...), inclus dans une matière transparente et donc facilement observables. Une véritable aubaine. Exceptionnellement, des animaux aquatiques sont retrouvés dans de tels blocs d'ambre. Mais comment ont-ils pu arriver là puisque la résine provient exclusivement d'arbres, donc du milieu terrestre. Certains pensaient que les animaux piégés sont montés sur la terre ferme pour y pondre. D'autres imaginaient qu'un coup de vent les avait emportés loin de leur plan d'eau.

Le marécage de Floride où l’ambre a été trouvé. © Alexander R. Schmidt

Quand la résine de pin pêche au fond de l’eau

Pas du tout ! expliquent Alexander Schmidt et David Dilcher. Le premier est allemand et travaille au Museum für naturkunde de Berlin, l'autre au Muséum d'histoire naturelle de Floride. Les deux viennent de publier leurs résultats dans la dernière édition des Pnas (comptes-rendus de l'Académie des sciences des États-Unis). Du côté de Gainsville, en Floride justement, ces deux chercheurs ont exploré une zone marécageuse et y ont découvert une impressionnante collection d'organismes de différentes tailles emprisonnés dans des blocs d'ambre, datant du crétacé ou du début du cénozoïque (soit d'environ 65 millions d'années). Parmi eux figuraient de nombreux micro-organismes, bactéries et champignons microscopiques (comme les moisissures), ne vivant que dans l'eau douce. De plus, ces unicellulaires ont continué à vivre quelque temps dans la résine alors qu'elle n'était pas encore solidifiée.

Cet insecte aquacole (dytique peut-être) s’est un jour englué dans une grosse goutte de résine de pin. © Alexander R. Schmidt

Lorsqu'elle touche l'eau en coulant depuis une branche, la goutte de résine se divise en trois fractions. Une partie se répand à la surface sous forme d'un film très fin. Quelques gouttes restent accrochées au bois et se solidifient en structures aplaties, en forme d'oreillers. D'autres gouttes se détachent et coulent, devenant un piège pour la faune et la flore vivant au fond de l'eau.

Une collection complète dans quelques gouttes d’ambre… © Alexander R. Schmidt et David Dilcher

Aux côtés des bactéries et des champignons, les scientifiques ont découvert quantités d'insectes (dytiques, gerris...) mais aussi des petits crustacés et un ver nématode. Ces animaux ont donc bien été piégés sur leur lieu d'existence et on peut espérer en trouver beaucoup d'autres, en cherchant un peu...

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