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Record : les plus vieux arthropodes que l'ambre a emprisonnés

ActualitéClassé sous :paléontologie , angiosperme , gymnosperme

Les conifères participent depuis leur apparition sur Terre à la capture et à la préservation d'arthropodes à l'intérieur de morceaux d'ambre. Jusqu'à présent, le plus vieil insecte trouvé dans cette résine fossile avait environ 130 millions d'années. Ce record vient d'être battu de 100 millions d'années grâce à la découverte d'un moucheron et de deux acariens dans les Dolomites en Italie.

Trois gouttelettes d'ambre trouvées près du village de Cordina en Italie. Cette résine fossile représentait près de 2 à 5 % de la composition du paléosol datant de la fin du Carnien (230 millions d'années) qui a été étudié sur le site des fouilles. © Universität Padua/Stefano Castelli

Les gymnospermes, des organismes végétaux à ovules nus comme les conifères, sont apparus sur Terre voici  350 millions d'années (Ma), bouleversant quelque peu la flore de l'époque majoritairement composée de fougères. Les arbres résineux atteignirent leur apogée, avec plus de 20.000 espèces (contre 650 actuellement), près de 200 Ma plus tard, durant la période jurassique. Ils ont été à la base de nombreuses découvertes paléontologiques dans le domaine de la zoologie grâce à leur production de résine.

Beaucoup d'arthropodes aujourd'hui disparus ont peuplé la Terre ces 400 derniers millions d'années. Certains d'entre eux ont fini leur vie englués dans l'oléorésine, pour le plus grand bonheur des scientifiques. Car cette matière, après avoir fossilisé sous la forme d'ambre, les a conservés durant des millions d'années. Les plus vieux insectes actuellement trouvés dans l'ambre ont au maximum 130 Ma et remontent donc au Crétacé. Cette période a été marquée, avec le début du Cénozoïque, par d'importantes productions de résine, probablement pour des raisons climatiques. Des mises au jour d'insectes, entre autres, appartenant à ces époques, ne sont donc pas rares.

Trois nouvelles découvertes divulguées par Alexander Schmidt de la Georg-August-Universität à Göttingen viennent de repousser de 100 Ma l'âge des plus vieux arthropodes préservés dans de l'ambre. Les deux acariens et le moucheron retrouvés dans les Dolomites auraient en effet vécu durant le Trias, voici 230 Ma. Ces informations ont été publiées dans la revue Pnas.

Ces deux acariens ont été trouvés au sein de gouttelettes d'ambre découvertes dans les Dolomites en Italie. Ils seraient âgés de 230 millions d'année. Il s'agit d'espèces nouvelles appartenant au groupe des ériophyoïdes, des parasites de plantes : Triasacarus fedelei (à gauche) et Ampezzoa triassica (à droite). © Universität Göttingen / Alexander Schmidt

Des acariens évoluaient déjà avant l’apparition des fleurs

Un affleurement situé à proximité du village de Cortina, dans le nord-est de l'Italie, a livré lors de fouilles plus de 70.000 échantillons d'ambre (des gouttelettes) mesurant majoritairement 2 à 6 mm de long. La résine aurait été produite par une espèce de conifère aujourd'hui disparu, de la famille des chéirolepidiacés. La recherche d’inclusions a mis en évidence de nombreuses bactéries, algues, protistes et champignons, ce qui n'a rien d'exceptionnel en soi.

La surprise est venue de trois échantillons. Le premier contenait un diptère nématocère incomplet (présence d'une tête, d'un thorax, des antennes et de 4 pattes) non identifiable. Les autres pièces renfermaient deux nouvelles espèces d'acariens appartenant au groupe des ériophyoïdes, des parasites de plante comme les phytoptes. Nommés Triasacarus fedelei et Ampezzoa triassica, ils seraient les plus vieux ancêtres connus de leur groupe, fournissant de précieuses informations.

Le fait de se nourrir de gymnospermes semble être un caractère ancestral. Ce résultat est surprenant car 97 % des 3.500 espèces d'ériophyoïdes actuelles se nourrissent d'angiospermes, c'est-à-dire de plantes à fleurs apparues durant le Crétacé (les plus vieux pollens trouvés auraient en effet 136 Ma). Autre détail étonnant, les acariens découverts possédaient déjà des adaptations morphologiques existant encore aujourd'hui, comme la présence de seulement deux paires de pattes (contre 4 chez les autres groupes d'arachnides). Cette découverte rappelle ainsi la longue histoire évolutive des arthropodes apparus voici environ 400 Ma, bien avant le développement des premières plantes à fleurs.

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