En ce début avril, la France — et une partie de l’Europe — connait une vague de froid exceptionnelle. Mais pas inédite. De la neige est tombée en plaine. En haute montagne, des records ont été pulvérisés. Dans les Alpes, au refuge Margherita (frontière Italie/Suisse), à 4.560 mètres d’altitude, il a fait -33,2 °C ce 7 avril 2021. Le précédent record mensuel datait d’avril 2003. Il était de… -29,6 °C ! © weyo, Adobe Stock
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La vague de froid exceptionnelle qui traverse la France est-elle anormale ?

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[EN VIDÉO] 5 questions sur le vortex polaire  Le vortex polaire est un courant d’air froid qui circule au-dessus du pôle Nord pendant les mois d’hiver. Il amène des vagues de froid en Europe et en Amérique du Nord 

Après avoir battu des records de chaleur fin mars, la France connait actuellement une vague de froid saisissante. Pour comprendre, il faut prendre un peu de recul et considérer la situation météorologique à grande échelle. Christian Viel, climatologue à Météo France, nous explique l'origine de cette invasion d'air froid venu tout droit de l'Arctique. Avant un retour à la normale attendu pour ce samedi.

28,1 °C à Capbreton (Landes), 27,3 °C à Colmar (Haut-Rhin) ou encore 26 °C à Paris -- pour des normales maximales de quelque 14 °C -- et même 24,8 °C à Lille (Nord). Il y a quelques jours, de nombreuses villes de France ont battu des records de température maximale pour un mois de mars. Mais à peine le mois d'avril annoncé, notre pays a brusquement basculé dans le froid. Et ce sont cette fois des records de température minimale pour un mois d'avril qui ont été battus. -2,6 °C à Orthez (Pyrénées-Atlantiques), -5,4 °C à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) et seulement 0,2 °C à Nîmes (Gard). Avec une moyenne de -0,4 °C sur le pays, la nuit du 7 avril 2021 apparaît même comme l'une des plus froides depuis 1974. Pour une normale minimale aux alentours des 5 °C sur Paris.

« Ce refroidissement est lié à un changement dans le régime de circulation. Fin mars, nous connaissions des flux de sud avec des conditions anticycloniques. » Ces flux nous ont apporté de l'air chaud et sec depuis le nord de l'Afrique. Le printemps semblait arrivé. « Aujourd'hui, nous observons un anticyclone qui s'est fortement développé sur l'Atlantique avec des vents du nord qui apportent, sur l'ensemble de l'Europe de l'ouest, un air polaire encore très froid en cette période de l'année », nous explique Christian Viel. Le contraste est saisissant.

L’ennui, c’est qu’avec le réchauffement, la végétation démarre plus tôt.

Un air froid provenant majoritairement de régions situées à plus de 80° de latitude. D'où le terme parfois employé d'invasion arctique ou d'arctic blast pour les anglophones. Mais finalement, rien de plus qu'une variation naturelle de notre climat. Exceptionnelle, mais pas inédite. « Ces vingt dernières années, nous avons connu quelques situations similaires », nous confirme le climatologue de Météo France. « L'ennui, c'est qu'avec le réchauffement climatique, la végétation démarre de plus en plus précocement. Les gelées tardives comme celles que nous connaissons ces jours-ci sont d'autant plus préjudiciables aux arboriculteurs, aux viticulteurs ou aux maraîchers. »

Braseros, écrans de fumée ou même vols d’hélicoptère. Les professionnels ont déployé toutes sortes de moyens pour essayer de protéger leurs cultures de la vague de froid qui s’est abattue sur la France ces derniers jours. © Ivan, Adobe Stock

Ce qui se passe en Arctique ne reste pas en Arctique

Un air froid venu du pôle. Cela nous rappelle la situation que nous avons vécue début janvier, après le réchauffement stratosphérique soudain observé du côté du pôle nord. Rappelons que le vortex polaire correspond à une dépressionnaire froide qui s'installe sur le pôle nord en hiver -- il diminue d'intensité, en ce moment, avec le retour du printemps. Dans la stratosphère. Alors que les phénomènes météo, eux, se jouent dans la troposphère, entre le sol et environ 10 à 12 kilomètres d'altitude. Autour de ce vortex, la circulation est très rapide, d'ouest en est. Mais il se produit parfois un réchauffement très important dans cette région. Cela peut entraîner un fort ralentissement du vortex polaire. Voire son inversement. Et quelques jours plus tard, on peut observer une influence de ce réchauffement stratosphérique soudain sur les conditions dans la troposphère. « C'est ce qui s'est produit début janvier. Avec un ralentissement du jet-stream qui traverse l'Atlantique nord et des circulations plus ondulantes ouvrant la possibilité à des descentes d'air froid. De quoi faire chuter les températures sur l'Europe. Mais nous n'avons pas observé de phénomène de vortex récemment », nous assure Christian Viel.

Cette vague de froid n'est pas non plus à relier directement au changement climatique. Mais à l'avenir, aussi surprenant que cela puisse paraître, le réchauffement de la planète pourrait bien être à l'origine d'hivers froids et enneigés sur l'Europe. C'est la conclusion récente de chercheurs de l’université d’Oulu (Finlande). Selon eux, la banquise est comme un couvercle sur l'océan. Alors qu'elle disparaît peu à peu sous l'effet du réchauffement climatique anthropique -- plus marqué dans la région arctique qu'ailleurs --, un excès d'humidité entre dans l'atmosphère pendant l'hiver. Le vortex polaire, lui, apparaît plus enclin à se déplacer vers le sud. Résultat : des épisodes intenses de froid et de chutes de neige sur l'Europe. Comme celui de février-mars 2018, surnommé « la Bête de l'Est », et attribué à des températures anormalement chaudes dans la mer de Barents. Quelques semaines plus tôt, 60 % de sa surface apparaissaient libres de glace. Il avait alors neigé jusqu'à Rome (Italie). Les simulations, elles, prévoient des hivers libres de glace pour la mer de Barents dès les années 2060...

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