Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse. © Bertrand Piccard
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L’énergie propre à portée de main, par Bertrand Piccard

[EN VIDÉO] Les 20 ans de Futura avec Bertrand Piccard  Pour les 20 ans de Futura, et en cette journée mondiale de l’énergie, Bertrand Piccard – ambassadeur des Nations unies pour l’Environnement, conseiller spécial auprès de la Commission européenne et président de la fondation Solar Impulse – endosse le rôle de rédacteur en chef pour faire un point sur les énergies renouvelables ! 

Augmenter la production d'énergies renouvelables est bien sûr indispensable à la décarbonation du monde, mais il faudra parallèlement développer des solutions de stockage innovantes et diminuer drastiquement les gaspillages. Heureusement, c'est possible. Et c'est aussi rentable.

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« Il existe pour chaque problème complexe une réponse simple, directe... et fausse. » Ce vieux dicton se vérifie particulièrement bien en matière d'énergie renouvelable, un domaine où ce ne sont que des actions conjuguées qui permettent d'avancer.

Car la transition énergétique ne se limite pas au développement des sources d'électricité que sont les panneaux solaires, l'hydraulique, la biomasse, la géothermie et les éoliennes. Il faut considérer les circuits énergétiques dans leur ensemble : on remarque alors que c'est tout le cycle de vie d'une unité d'énergie (un joule) qui doit être repensé et optimisé, depuis sa production et son stockage, jusqu'à sa consommation, que ce soit pour éclairer une pièce, chauffer de l'eau ou alimenter un véhicule.

La centrale électrique géothermique de Nesjavellir, à Þingvellir, en Islande. © Gretar Ívarsson, Wikimedia commons, DP

C'est pour cela qu'il est inutile de vouloir produire avec des énergies renouvelables la totalité de nos besoins actuels. Et de s'inquiéter parce qu'on n'y arrive pas. Comme on peut en économiser la moitié grâce à l'efficience, il suffit de produire l'autre moitié de façon propre. À condition d'arriver à la stocker. Pour les 20 ans de Futura, j'ai souhaité partager avec vous ces enjeux et leurs solutions. 

Le défi du stockage

La réussite de la transition passe par le stockage de l'électricité verte, dont plusieurs sources (soleil, vent) sont intermittentes. Les recherches avancent vite, notamment dans le secteur de l’hydrogène : les fameuses piles à combustible - qui ne rejettent que de l'eau pure - sont un système ingénieux de stockage de l'électricité. Des budgets colossaux sont actuellement investis, avec raison, par les entreprises et les États pour améliorer leur efficience et développer leurs applications, notamment dans le domaine du transport et de l'industrie.

D'autres moyens de stockage d'énergie se développent, tels que le pompage-turbinage (on remonte l'eau dans le barrage quand il y a trop d'énergie à disposition), l'air comprimé, les batteries (notamment celles des véhicules électriques lorsqu'ils ne roulent pas), les briques de céramique recyclées qui emmagasinent la chaleur pour la restituer plus tard, ou encore de gigantesques grues qui utilisent les surplus d'énergie pour hisser des blocs de béton à une hauteur de 120 mètres, afin de les laisser redescendre en générant de l'électricité lorsqu'on en manque.

Associées aux nouvelles sources de production d'énergie renouvelable, ces mesures joueront un rôle crucial dans la décarbonation de l'économie, mais ne suffiront pas à assurer la transition. Car dans le cycle de vie de l'énergie, l'étape finale de la consommation est absolument décisive. Elle exige de retrouver le sens de la mesure, un retour au bon sens.

Augmenter l’efficience

Actuellement, ce long chemin de l'énergie est jalonné d'obstacles qui proviennent d'installations vétustes, de résistances avec émissions de chaleur, de matériaux inappropriés ou de déperditions dues à une isolation déficiente. Résultat : ce n'est finalement qu'une fraction de l'énergie produite qui parvient à destination pour rendre un réel service aux humains. Pour augmenter l'efficience, il s'agit de moderniser nos équipements, nos processus, nos modes de production et toutes nos infrastructures : isoler les bâtiments, installer des ampoules à basse consommation, moderniser les moteurs, changer les systèmes de chauffage, etc. Le potentiel d'économie est partout, et il est immense.

Barrage hydroélectrique. © Jupilu, Pixabay, DP

Cette modernisation constitue un défi technique et économique formidable. Elle n'exige pas de nous plonger dans la décroissance, bien au contraire : car elle sera rentable. La démarche de la fondation Solar Impulse vient d'ailleurs de le démontrer, puisque nous avons identifié et labellisé plus de 1.200 solutions concrètes qui protègent l'environnement de façon économiquement rentable. Ces solutions prouvent aux décideurs que le changement est possible, indispensable, et surtout qu'il est bon pour l'économie.

La société à 2.000 watts

En 1950, un humain occidental consommait l'équivalent de 2.000 watts pour se chauffer, s'éclairer, se déplacer, travailler. Cela correspond à 2.000 joules par seconde, ou 48 kWh par jour, soit l'équivalent de 1.700 litres d'essence par an. Aujourd'hui, un même humain consomme deux à trois fois plus d'énergie.

Ce qu'exige la transition, c'est que nous revenions à cette « société à 2.000 watts », autrement dit que nous réduisions drastiquement notre impact énergétique individuel. La bonne nouvelle, c'est que nous pouvons le faire sans changer radicalement notre mode de vie. Car dans tous les domaines du quotidien, des innovations apparaissent pour nous permettre de réduire les dépenses énergétiques inutiles.

Les technologies digitales au service de la protection de l'environnement. © Geralt, Pixabay, DP

En encourageant une consommation raisonnée de l'énergie, on retrouve ce sens de la mesure que nous avions perdu, comme le dit très bien Nicolas Hulot dans son « Syndrome du Titanic ». Au cours des dernières décennies, notre monde s'est emballé jusqu'à l'absurde : en hiver, on surchauffe les locaux à 25 °C quand il fait 15 °C à l'extérieur tandis qu'en été, c'est l'inverse : on climatise à 15 °C quand il fait 25 °C à l'extérieur !

De telles habitudes sont d'autant plus choquantes quand on sait qu'un seul degré de plus ou de moins pour le chauffage ou la climatisation nécessite des quantités d'énergies colossales.

La numérisation

Entre production propre et consommation efficiente, le système entier doit être coordonné, optimisé et géré de façon intelligente, d'où le terme de smart grid utilisé en opposition au réseau stupide actuel. La numérisation est ici indispensable et permet aux technologies digitales de jouer un rôle dans la protection de l'environnement.

Si ces actions conjuguées et concertées sont adéquatement expliquées, elles susciteront l'adhésion des citoyens du monde entier. Elles ne permettent pas seulement à long terme un environnement plus sûr et un air moins pollué, mais aussi à court terme des opportunités économiques colossales.


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