Diminuer l’impact carbone des bâtiments, poursuivre l’amélioration de leur performance énergétique et en garantir la fraîcheur pendant les étés caniculaires. Ce sont les objectifs affichés de la réglementation environnementale 2020 (RE 2020) qui devrait être applicable aux logements neufs au 1er janvier 2022. © sdecoret, Adobe Stock
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Réglementation environnementale 2020 : « Certains sujets d’avenir sont oubliés », déplorent des industriels

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L'entrée en vigueur pour les logements neufs de la réglementation environnementale 2020, la fameuse RE 2020, vient d'être repoussée au 1er janvier 2022. Dans l'attente de nouveaux arbitrages à venir, Raphaël Meyer, CEO de Lancey Energy Storage, initiateur d'une lettre ouverte à ce sujet, nous décrypte les enjeux.

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La réglementation environnementale 2020 -- ou RE 2020 pour les initiés --, c'est la réglementation qui devrait régir les performances des bâtiments neufs à compter du 1er janvier 2022. Plus ambitieuse que la RT 2012, elle fixe pour objectifs de réduire l'impact carbone de nos logements, d'améliorer encore leurs performances énergétiques et en plus, de nous garantir un certain confort thermique pendant les étés caniculaires sans doute à venir.

« Certains outils mis en place par la RE 2020 sont intéressants. L'analyse de cycle de vie, par exemple. C'est un outil puissant pour ceux qui veulent réellement décarboner les usages, car il permet d'en savoir plus sur les émissions de carbone non seulement sur le moment, mais aussi avant - lors de la fabrication -- et après - au moment du recyclage », souligne Raphaël Meyer, CEO de Lancey Energy Storage.

Il y a quelques mois, rappelez-vous, nous avions déjà rencontré Raphaël Meyer. Il nous présentait alors l'innovation développée par les équipes de Lancey Energy Storage : un radiateur intelligent à batterie intégrée. Aujourd'hui, il évoque pour Futura le sujet de la réglementation environnementale 2020 en tant qu'initiateur d'une lettre ouverte adressée au président de la République française et aux ministres de la Transition écologique, de l'Économie, des Finances et de la Relance et du Logement. « Nous déplorons que les sujets d'avenir que sont l'autoconsommation -- d'énergie solaire notamment -- et la flexibilité énergétique soient trop peu développés dans cette RE 2020. » L'espoir de Lancey Energy Storage et des autres signataires de cette tribune : que les ultimes arbitrages ouvriront la porte à des configurations RE 2020 intégrant un maximum d'autoconsommation et de flexibilité énergétique.

Pour le consommateur, l’autoconsommation peut se traduire par des retours sur investissement relativement rapides. © New Africa, Adobe Stock

L’innovation pour doper l’autoconsommation dans les bâtiments

Rappelons que la RT 2012 imposait un seuil maximal de consommation énergétique en kWh/m2/an pour quatre usages (chauffage, eau chaude sanitaire, ventilation, éclairage). La RE 2020 ajoute un cinquième usage, pudiquement appelé le confort d'été. Et une seconde dimension. « Il ne s'agit plus simplement de considérer l'énergie telle qu'elle est consommée sur le réseau, mais aussi la part d'énergie renouvelable (photovoltaïque ou solaire thermique) qui peut être autoproduite, nous précise Raphaël Meyer. Mais cette autoconsommation reste cantonnée aux usages considérés dans la RE 2020 sans tenir compte de solutions de stockage et de pilotage qui peuvent décorréler la production et la consommation. »

C'est là que les choses se compliquent. Des solutions de pilotage pour décorréler production et consommation ? Oui, parce que la production solaire ne coïncide souvent pas avec les besoins en énergie des bâtiments. Mais, grâce à des solutions innovantes, une production photovoltaïque en plein après-midi peut être stockée pour servir la consommation d'un ménage dans la soirée, par exemple.

« Aujourd'hui, la possibilité existe de mettre en place un pilotage des équipements en fonction des demandes de l'utilisateur final, mais aussi en fonction de la disponibilité de l'énergie sur les réseaux, des émissions de dioxyde de carbone (CO2) associées, de l'état de tension de la boucle locale, etc. Les occupants d'un bâtiment ont aussi la possibilité d'adapter leur propre désir de confort en fonction de ce qui se passe sur le réseau ou du niveau d'ensoleillement. Une façon de les impliquer, de les rendre acteurs de la transition énergétique. Parce que, l'exemple est certes caricatural, mais vous pouvez avoir la meilleure isolation du monde, si vous chauffez avec la fenêtre ouverte, vous en perdez tout le bénéfice », nous fait remarquer Raphaël Meyer. Ainsi devrait-on peut-être imaginer une réglementation environnementale 2020 qui s'intéresserait non seulement au bâtiment tel qu'il est conçu, mais aussi au bâtiment tel qu'il est utilisé.

On cherche à écrire le futur avec des solutions du passé

« Si on oublie ces solutions, c'est tout un réservoir d'autoconsommation qui n'est pas valorisé, souligne le CEO de Lancey Energy Storage. Ça donne l'impression que l'on cherche à écrire le futur avec des solutions du passé. Que l'on fixe non seulement un minimum d'efficacité à atteindre, mais aussi un maximum. Nous demandons plus d'ambition de ce point de vue. »

Les énergéticiens s’accordent à dire que le réseau de demain devra gagner en flexibilité pour intégrer de plus en plus de productions renouvelables. © jamesteohart, Adobe Stock

La flexibilité pour décarboner le mix énergétique

Une demande qui semble d'autant plus justifiée que la mise en œuvre de solutions semblables peut aussi apporter de la flexibilité. Celle-là même à laquelle les grands noms de l'énergie appellent pour construire les réseaux de demain. « Des solutions existent pour limiter la demande en période de pointe, des solutions de stockage comme celle proposée par le radiateur Lancey ou encore des solutions de pilotage qui permettent de chauffer un peu plus par anticipation avant le pic annoncé de consommation pour ensuite pouvoir couper les radiateurs sur le moment. » Des solutions qui permettent finalement de détourner le lien entre le besoin de l'occupant du bâtiment et sa consommation. Y compris, à l'inverse, lors des pics de production -- en milieu de journée en plein été, par exemple, concernant la production photovoltaïque.

Et si les énergéticiens évoquent beaucoup, depuis quelque temps, la notion de flexibilité, c'est parce qu'elle offre de la stabilité au réseau. Qu'elle lui permet d'accueillir ainsi plus de productions renouvelables -- solaire et éolien --, intrinsèquement génératrices d'instabilité du fait de leur intermittence. « La flexibilité est fondamentale si on veut totalement décarboner nos mix énergétiques. Et cela ne coûte presque rien. Effacer un million de radiateurs électriques dégage 1 GW de disponibilité énergétique. Un gigawatt de production coûterait bien plus cher. »

« Nous parlons là non seulement d'outils puissants pour la transition énergétique, mais aussi de choix pertinents pour le développement de nouvelles filières innovantes en France et en Europe. Des choix qui pourraient en plus représenter une formidable opportunité pour des filières existantes. Celles des installateurs électriciens, par exemple, profiteraient certainement de cette montée en compétences », conclut Raphaël Meyer.

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