L’extinction de masse survenue à la fin du Dévonien restait inexpliquée. Des chercheurs de l’université de Southampton (Royaume-Uni) pensent qu’elle a été provoquée par une disparition brève de la couche d’ozone. © studio023, Adobe Stock

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C'est un trou dans la couche d’ozone qui serait responsable de l'extinction massive du Dévonien

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La Terre a connu plusieurs épisodes d'extinction de masse. Causés par des impacts d'astéroïde ou par des éruptions volcaniques majeures. Mais l'une d'elles restait toujours sans explication. Des chercheurs pourraient bien en avoir trouvé la cause à présent dans une disparition momentanée de la couche d'ozone.

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Les impacts d’astéroïdes -- comme celui qui a mené des dinosaures à leur perte il y a environ 65 millions d'années -- et les éruptions volcaniques majeures -- dont celle qui a déstabilisé nos océans et notre atmosphère il y a quelque 250 millions d'années -- sont les deux grandes causes d'extinction de masse sur Terre. (Sans compter désormais les activités humaines responsables de la sixième en cours.) Mais des chercheurs de l’université de Southampton (Royaume-Uni) estiment aujourd'hui qu'un autre phénomène a déjà, par le passé, causé une extinction massive sur notre Planète : une brève disparition de la couche d'ozone.

Rappelons qu'il y a 359 millions d'années, à la fin de ce que les chercheurs connaissent sous le nom de période géologique du Dévonien, la Terre se remettait tout juste de l'une de ses extinctions de masse les plus importantes, survenue 12 millions d'années plus tôt. Les poissons sortaient timidement de l'eau. Alors que les forêts de plantes à spores prospéraient. Notre Planète, quant à elle, sortait de l'une de ces périodes glaciaires les plus intenses. Les températures grimpaient en flèche. Et la Terre a dû faire face à une nouvelle extinction. Apparemment sans raison.

Mais les chercheurs de l'université de Southampton ont trouvé des preuves, dans des roches collectées dans les régions montagneuses de l'est du Groenland et dans les Andes, qui pourraient indiquer des niveaux élevés de rayonnements ultraviolets (UV) au cours de cette période. Des preuves qu'un réchauffement climatique peut appauvrir notre couche d'ozone.

À gauche, une spore normale, à droite, une spore présentant des malformations que les chercheurs de l’université de Southampton interprètent comme dues à des dommages causés à leur ADN par des rayonnements ultraviolets (UV). © Université de Southampton

Un trou dans la couche d’ozone causé par le réchauffement climatique

En dissolvant ces roches à l'aide d'acide fluorhydrique, ils ont en effet libéré des spores végétales microscopiques conservées là depuis des millions d'années. Et un examen microscopique a montré des structures et des parois fortement pigmentées -- comme un « bronzage » -- trahissant des dommages liés à l'action de rayonnements UV. Ce qui a mené les chercheurs à conclure que pendant cette période de réchauffement naturel, la couche d’ozone -- qui habituellement protège la Terre des rayons UV -- s'est vue altérée sur une courte période. Par l'injection dans la stratosphère de quantités inhabituelles d'eau et de sels. La vie sur notre Planète a ainsi été exposée à des niveaux de rayonnements nocifs, déclenchant un événement d'extinction de masse, sur les terres et dans les eaux peu profondes.

Cet épisode est loin d'être anodin dans l'histoire de la Terre. Il a exterminé la plupart des tétrapodes, ces poissons à quatre pattes qui avaient commencé à former des doigts. Seuls les individus terrestres à cinq doigts ont survécu. « Les lignées archaïques ont été littéralement mises hors-jeu. De quoi reconsidérer notre propre évolution », fait remarquer John Marshall dans le communiqué de l’université de Southampton.

Avec le réchauffement climatique, nous pourrions être exposés à des radiations mortelles.

« Les estimations actuelles suggèrent que nous devrions atteindre des températures similaires à celles d'il y a 360 millions d'années, avec la possibilité qu'un effondrement similaire de la couche d'ozone puisse se reproduire, nous exposant à des radiations mortelles », met en garde le chercheur. Si son équipe a vu juste, l'urgence climatique que nous vivons aujourd'hui deviendrait encore plus sérieuse.

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