L’impact imminent d’un astéroïde dans une région très peu peuplée poserait de nombreux problèmes auxquels l’humanité n’est pas encore bien préparée. © IgorZh, fotolia

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Astéroïde : la simulation d'un impact finit par la destruction de New York !

ActualitéClassé sous :Astronautique , astéroïde , Terre

Les agences spatiales se sont livrées entre le 29 avril et le 3 mai à un exercice simulant la chute d'un astéroïde sur la Terre. Alors, sommes-nous prêts à affronter un tel événement ? En fait, bien que les experts mobilisés aient réussi à épargner une région entière, ils ont détruit New York par inadvertance !

Après avoir dévasté la Côte d'Azur en 2013, détruit Dacca en 2015 et sauvé Tokyo en 2017, un grand exercice international de simulation d'impact d'astéroïde (lire l'article plus bas) s'est achevé le 3 mai dernier dans un cataclysme : la destruction de la métropole de New York. Malgré huit ans de préparations, les humains ont tenté de dévier l'astéroïde mais ont échoué.

L'exercice est devenu un rendez-vous régulier de la communauté internationale dite de « défense planétaire » (#PlanetaryDefence). Cette nouvelle édition avait commencé le 29 avril lors d'une conférence près de Washington, avec l'alerte initiale suivante : un astéroïde de 100 à 300 mètres de diamètre a été repéré et a, d'après de premiers calculs, il y a une probabilité de 1 % de frapper la Terre le 29 avril 2027.

Tous les jours, quelque 200 astronomes du monde entier, ingénieurs et spécialistes des situations d'urgence, ont reçu de nouvelles informations, formulé des propositions et attendu les décisions des maîtres du jeu, conçu par un ingénieur aérospatial de la Nasa.

Alerte : l’astéroïde va percuter la Terre !

Au fil des mois, la probabilité que l'astéroïde percute la Terre est passée à 10 %... puis à 100 % ! C'est alors que la Nasa décide d'envoyer une sonde en 2021 pour l'observer de près. Et en décembre 2021, les astronomes sont formels : l'astéroïde se dirige tout droit sur la région de Denver, dans le Colorado (États-Unis), qu'il devrait rayer de la carte.

Pour répondre à la menace, les grandes puissances spatiales (États-Unis, Europe, Russie, Chine, Japon) décident de construire six vaisseaux « impacteurs » chargés de frapper l'astéroïde afin de le dévier de sa trajectoire. Mais la fabrication prend du temps, il faut coordonner les orbites et les impacts ne sont prévus qu'en août 2024.

Finalement, trois impacteurs parviennent à atteindre la cible et à la briser. Une bonne nouvelle ? Oui, car la menace d'un désastre régional est écartée. Mais malheureusement, un fragment de 80 mètres continue de foncer vers la Terre. Les premières estimations annoncent qu'il pourrait finir sa course sur la côte est des États-Unis ou dans l'océan Atlantique.

Manhattan sera un champ de ruines

Les Américains se préparent alors à une ultime mission avec une charge nucléaire qui permettrait de le dévier -- ce qui avait sauvé Tokyo lors du précédent exercice de « défense planétaire » -- mais des désaccords politiques stoppent le projet... Six mois avant l'impact, les spécialistes révèlent qu'il se dirige sur la région de New York. Et deux mois avant, c'est certain : le bolide va détruire la ville.

L'astéroïde va entrer dans l'atmosphère à 69.000 kilomètres par heure et exploser à une quinzaine de kilomètres au-dessus de Central Park, annoncent les scientifiques. L'énergie libérée sera 1.000 fois celle d'Hiroshima. Le souffle détruira tout dans un rayon de 15 kilomètres -- c'est la zone « de non survie ». Manhattan sera un champ de ruines. Les vitres exploseront jusqu'à 45 kilomètres à la ronde. Les dégâts s'étendront jusqu'à 68 kilomètres.

Comment évacuer dix millions de personnes ?

Les problèmes soulevés sont infinis. Comment en effet évacuer dix millions de personnes ? Les ouragans réguliers ont montré la difficulté de la tâche. « Deux mois ne suffiront peut-être pas à évacuer. Il y aura des colonnes de camions de déménagement », s'emporte Brandy Johnson, représentante des « habitants en colère ». Qui paiera ? Qui accueillera les réfugiés ? Comment protéger les installations nucléaires et chimiques, les œuvres d'art ? Et comment se comporteront les citoyens face à une situation de fin du monde ? « Si vous savez que votre maison sera détruite dans six mois, continuez-vous à rembourser votre emprunt ? », demande Victoria Andrews, du bureau de défense planétaire de la Nasa.

Les participants ont longuement débattu des questions d'assurances et juridiques : les États-Unis ont sauvé Denver, mais ils ont détruit New York par inadvertance. « Dans cette situation, selon le droit international, les États-Unis, en tant que pays lanceur, seront dans l'obligation d'indemniser, même s'ils ne sont pas en faute », indique Alissa Haddaji de Harvard, coordinatrice d'un groupe de 15 avocats du droit spatial créé pour répondre à ces questions. L'exercice est bien sûr extrême : « C'est très peu probable, a déclaré à l'AFP Paul Chodas, l'ingénieur américain qui l'a conçu. Mais nous voulions que tous les problèmes soient exposés et débattus ».

Affiche de l’ESA pour le projet de mission Hera, laquelle devrait se rendre avec la sonde Dart de la Nasa auprès d’un astéroïde binaire au cours de la prochaine décennie. © ESA

Des astronomes en ont profité pour défendre le projet du télescope spatial NeoCam (Near-Earth Object Camera) dont le slogan est « Finding Asteroids Before They Find Us », trouver les astéroïdes avant qu'ils nous trouvent.

In fine, malgré les discussions détaillées sur l'apocalypse, une certaine excitation régnait à cette conférence de passionnés d'astéroïdes. Si un tel astéroïde menaçait de s'écraser un jour sur notre planète, « ce serait un événement international intéressant pour les scientifiques, n'est-ce pas ? », relève Brandy Johnson. Le prochain exercice aura lieu en 2021 à Vienne. Paul Chodas n'exclut pas que l'Europe soit cette fois dans la ligne de mire.

  • Un exercice de simulation d'impact d'un astéroïde contre la surface terrestre va être réalisé sur cinq jours.
  • Le but est de vérifier l'état de préparation des agences spatiales et organismes publics concernés par ce type de catastrophe naturelle.
  • Il doit permettre d'améliorer et d'affiner les différents scénarios prévus d'atténuation de la menace.
Pour en savoir plus

Les agences spatiales se préparent à l'impact d'un astéroïde

Article de Rémy Decourt publié le 1er mai 2019

Afin de se préparer au mieux à l'impact d'un astéroïde contre la surface de la Terre, les agences spatiales américaines et européennes, la Fema et le Bureau de coordination de défense planétaire se préparent à cette éventualité. S'appuyant sur un plan d'action américain qui détaille les règles à suivre et les scénarios d'évitement et d'atténuation des risques, un exercice d'anticipation s'apprête à débuter. Il vise à vérifier le comportement de la chaîne de commandement et les relations entre chaque participant.

Vue d'artiste d'un astéroïde filant droit sur la Terre pour la percuter. © Auntspray, fotolia

Bien que les risques que la Terre soit percutée par un objet soient très faibles, voire inexistantes pendant ce siècle, elles ne sont statistiquement pas nulles. C'est pourquoi, l'impact d’un astéroïde contre la planète est un des scénarios auxquels les agences spatiales et les pouvoirs publics se préparent. Aux États-Unis, il existe un plan qui décrit les actions à réaliser et les procédures à suivre si un astéroïde était découvert avec des risques élevés de s'écraser contre la Terre.

C'est dans ce contexte que plusieurs entités, dont la Nasa, la Fema (l'Agence américaine des situations d'urgence), le Bureau de coordination de défense planétaire et l'Agence spatiale européenne (ESA) s'apprêtent à débuter un exercice d'anticipation d'impact d'un astéroïde. Cet exercice vise à vérifier les niveaux de préparation des participants à ce type de catastrophe naturelle.

Agir vite et bien pour contrer la menace ou atténuer ses effets en cas de collision

Les participants réagiront à un scénario fictif d'impact d'objet proche de la Terre. Au cours de l'exercice, ils seront informés de la découverte d'un astéroïde fictif avec un risque sur 100 - ce qui est le seuil de déclenchement d'une action internationale - d'un impact sur la Terre en 2027. Cet exercice débutera la semaine prochaine et durera cinq jours (du 29 avril au 3 mai). Il sera réalisé pendant la Conférence dédiée à la défense planétaire.

Chaque jour, les responsables du scénario concluront la journée avec un état d'avancement de l'exercice et celui-ci sera mis à jour le lendemain en tenant compte des commentaires et des actions menées par les participants. L'enjeu est surtout de jauger la réaction des parties prenantes et leur capacité d'adaptation face à l'évolution de l'exercice.

Les participants discuteront notamment des scénarios d’évitement (missions spatiales) et de la planification de l'atténuation des effets d'un impact potentiel pour sauver des vies humaines. Pour cela, plusieurs paramètres seront suivis et pour chacun d'entre eux quelles seront les actions à mener :

  • identification de la nature de l'astéroïde (taille, masse, structure interne) ;
  • date de sa collision avec la Terre (trajectoire orbitale) ;
  • localisation du lieu de l'impact ;
  • détermination de l'ampleur des dommages prévisibles, (vie humaine et dégâts sur les habitations et les infrastructures).

L'exercice est à suivre en direct sur le compte Twitter @esaoperations de l'ESA.


Comment se protéger d'un astéroïde ? Les experts y réfléchissent

Article de Rémy Decourt, publié le 01/11/2010

L'impact d'un astéroïde représente-t-il une menace réelle ? Oui, estiment les scientifiques. Peut-on faire quelque chose ? Oui, assurent les agences spatiales, qui étudient sérieusement la question. L'Esa termine dans quelques jours une série de rencontres sur ce sujet.

  • Pour tout savoir sur les astéroïdes, découvrez notre dossier complet 

Des ateliers d'étude ont récemment été organisés en vue de fournir un rapport au Comité des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique de l'ONU. Le 29 octobre, l'Esa achèvera sa série d'ateliers « axés sur les plans et les recommandations concernant la coordination mondiale et la conduite à tenir au cas où l'on découvrirait qu'un astéroïde ou un autre objet céleste risque d'entrer en collision avec la Terre », indique Detlef Koschny, coordinateur des ateliers.

Rusty Schweickart, astronaute de la mission Apollo 9, s'est fait porte-parole d'un groupe international qui veut convaincre de la nécessité de se préparer à un risque potentiel. Selon lui, « il faut que la Terre soit en mesure de se défendre lorsqu'une telle menace deviendra réalité ». Cet ancien astronaute de la Nasa insiste sur le fait que la découverte d'un astéroïde fonçant sur nous devra être faite suffisamment tôt : « 10 ans seraient suffisants pour mettre sur pied une mission spatiale pour nous sauver ». Il ne faudra alors pas tergiverser et lancer « un satellite, voire deux, avec pour mission de le dévier de sa trajectoire ». Si de nombreuses solutions sont à l'étude, les deux seules options en ligne avec nos capacités technologiques sont la déviation et le remorquage gravitationnel, lequel reste la préférence.

Mission sauvetage : remorquage gravitationnel et déviation par impact

Le remorquage gravitationnel consiste à envoyer un engin spatial vers un astéroïde qui se placerait en vol stationnaire au-dessus de lui, tout en utilisant la force gravitationnelle pour le treuiller et le dévier de sa course. La faisabilité n'a pas encore été démontrée mais la technologie nécessaire pourrait être rapidement maîtrisée. L'Agence spatiale européenne garde en projet la mission Don Quichotte, visant à envoyer deux satellites autour d'un astéroïde pour tester quelques technologies clés de déviation de trajectoire. Ce projet audacieux est pour l'instant en stand-by.

Quant à la déviation par impact, elle a été démontrée, d'une certaine façon, avec la mission américaine Deep Impact en 2005, en lançant un objet contre la surface de la comète Tempel-1. L'objectif n'était pas de modifier sa trajectoire mais de creuser un cratère afin d'observer la surface mise à nue et les éjectas qui s'en sont suivis, l'impacteur étant beaucoup trop petit pour perturber l'orbite de la comète. La mission a cependant pu démontrer que la déviation par impact était théoriquement possible.

La surveillance mondiale, une nécessité pour notre sécurité

Pourtant, la technologie ne peut pas tout régler. Les dix années de préparation représentent une sorte de barrière de sécurité qu'il serait bien hasardeux de franchir. Aujourd'hui, il serait illusoire de penser pouvoir modifier la trajectoire d'un astéroïde détecté moins d'un an avant son impact. D'où la nécessité de se doter d'un réseau mondial de surveillance de la totalité du ciel. Ce réseau permettrait d'obtenir les coordonnées et les principales caractéristiques de l'ensemble de la population d'objets circulant dans l'environnement de la Terre.

Mais une telle infrastructure a un coût estimé à plusieurs millions de dollars par an. Or, la situation économique et le désendettement à marche forcée des états occidentaux laissent peu de place à des investissements pour les générations suivantes et aux retombées économiques à court terme proche de zéro.

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