Retraçant un milliard d'années d'histoire du bombardement de la Terre et de la Lune par des astéroïdes, des chercheurs ont montré que nous vivons depuis la fin du Paléozoïque un pic dans la fréquence des impacts. L'astéroïde tueur de dinosaures n'était qu'un parmi d'autres.


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    Pour mieux connaître le passé de notre planète, regarder le visage cratérisé de la Lune, épargné par l'érosion et l'absence de tectonique des plaquestectonique des plaques, est tout indiqué. Ce faisant, une équipe internationale de chercheurs, menée par Sara Mazrouei de l'université de Toronto, a déterminé que le bombardement de la Terre et de son satellite par de gros astéroïdes s'est intensifié depuis 290 millions d'années, le nombre d'impacts ayant presque triplé par rapport à ce qu'il était durant les 360 millions d'années (Ma) précédentes.

    Parue dans le journal Science, cette étude « témoigne d'un changement radical du taux d'impacts d'astéroïdes sur la Terre et la Lune vers la fin du PaléozoïquePaléozoïque [541 à 252 Ma, NDLRNDLR] », déclare Sara Mazrouei dans un communiqué. Les corps impliqués pourraient être des débris issus de collisions au sein de la ceinture d'astéroïdes il y a plus de 300 Ma, suggèrent les chercheurs. « Nous sommes depuis dans une période de taux d'impacts élevé ». Il va sans dire que les catastrophes restent rares, tous les millions d'années au moins, et qu'il est inutile de paniquer.

    Carte de la Lune où les cratères étudiés par les chercheurs sont encerclés en bleu. Tout autour de la figurent des images des différents cratères à l'échelle par rapport au cratère Copernic, de 93 km de diamètre et âgé de 800 Ma, représenté au sommet de la carte. © Nasa, GSFC, LRO, USGS, Image par Alex Parker
    Carte de la Lune où les cratères étudiés par les chercheurs sont encerclés en bleu. Tout autour de la figurent des images des différents cratères à l'échelle par rapport au cratère Copernic, de 93 km de diamètre et âgé de 800 Ma, représenté au sommet de la carte. © Nasa, GSFC, LRO, USGS, Image par Alex Parker

    L'histoire d'un bombardement plus intense est écrite sur la Lune

    Fidèle compagne de la Terre, la Lune a dû subir à peu près autant d'impacts, sauf qu'elle en garde les stigmatesstigmates alors qu'ici-bas l'érosion, les océans, les calottes glaciairescalottes glaciaires et la tectonique des plaques les effacent - pensons au cratère géant découvert récemment au Groenland. Les chercheurs ont daté 111 cratères lunaires de plus de 10 kilomètres de diamètre ayant moins d'un milliard d'années, en étudiant la chaleur émise par les éjectas environnants. En effet, autour des cratères récents, les retombées sont des rochers qui conservent la chaleur alors que les plus anciens cratères sont cernés de poussière froide.

    Les cratères les plus jeunes sont entourés de rochers (en rouge), décelables durant la nuit lunaire par le radiomètre infrarouge Diviner de la sonde <em>Lunar Reconnaissance Orbiter</em> (LRO), parce qu'ils restituent de la chaleur emmagasinée pendant le jour, par opposition à la poussière lunaire, ou régolithe (en bleu), froide. Autour des cratères les plus anciens, les rochers éjectés par l'impact de l'astéroïde ont eu le temps d'être réduits en poussière par d'autres impacts de corps plus petits ou de micrométéorites, et de refroidir. © Rebecca Ghent, Illustration par Thomas Gernon
    Les cratères les plus jeunes sont entourés de rochers (en rouge), décelables durant la nuit lunaire par le radiomètre infrarouge Diviner de la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO), parce qu'ils restituent de la chaleur emmagasinée pendant le jour, par opposition à la poussière lunaire, ou régolithe (en bleu), froide. Autour des cratères les plus anciens, les rochers éjectés par l'impact de l'astéroïde ont eu le temps d'être réduits en poussière par d'autres impacts de corps plus petits ou de micrométéorites, et de refroidir. © Rebecca Ghent, Illustration par Thomas Gernon

    Par cette méthode, les chercheurs ont compté davantage de cratères formés sur la Lune durant les derniers 290 Ma que de cratères plus âgés. À partir de cette date, les impacts sont 2,6 fois plus fréquents par rapport aux quelque 700 Ma précédentes. Après comparaison avec les cratères encore visibles sur Terre, il s'est avéré que notre planète connaît de façon similaire un bombardement plus intense depuis 290 Ma.

    Le déficit de cratères plus anciens, formés entre 290 et 650 Ma, s'expliquerait donc par « un taux d'impact plus faible durant cette période », indique Rebecca Ghent, coauteur de l'étude, plutôt que par le fait qu'ils auraient été rayés de la carte par les divers processus géologiques. Il n'existe sur Terre quasiment pas de cratères plus vieux que 650 Ma, probablement à cause d'un évènement d'érosion majeur, présument les chercheurs.