L'érosion et la tectonique des plaques n'ont pas encore effacé toutes les traces de certains cratères d'impact. On vient d’en trouver un au Nicaragua et c’est l’un des plus grands datant de moins de trois millions d’années connus à ce jour.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Interview : la Terre menacée par des astéroïdes ? Depuis quelques années les scientifiques étudient la menace possible des géocroiseurs pour notnull

La LuneLune et la planète Mercure sont incroyablement cratérisées, Mars l'est moins, mais c'est sans commune mesure avec la TerreTerre. Cette singularité de la Planète bleue s'explique par la tectonique des plaquestectonique des plaques et l'érosion qui font disparaître la croûte océaniquecroûte océanique en quelques centaines de millions d'années tout au plus ; elles remanient complètement les continents en dressant et en effaçant des montagnes, en assemblant et déchirant des supercontinentssupercontinents.

Pourtant, toutes les traces des bombardements météoritiques n'ont pas totalement disparu, en particulier lorsque les cratères qui en sont nés étaient de grandes tailles ou que ces astroblèmesastroblèmes se sont formés il y a peu dans l'histoire de la Terre. Ainsi, avec ses plus de 70 km de diamètre et son âge d'environ 214 millions d'années, le cratère de Manicouagan, au Québec, est encore visible depuis l'espace. Bien plus évident au sol, est le fameux cratère Barringer avec son diamètre de 1.200 à 1.400 m, né il y a 50.000 ans environ.

La formation de ces cratères peut affecter parfois spectaculairement la vie sur Terre comme ce fut le cas avec la formation de l'astroblème de Chicxulub qui a grandement contribué à la disparition des dinosauresdinosaures. On peut s'interroger aussi sur un possible nouveau cratère qui pourrait, quant à lui, n'être âgé que d'environ 12.000 ans et que l'on a peut-être découvert récemment sous l'InlandsisInlandsis du Groenland et dont le diamètre serait d'environ 31 km.

Toujours est-il qu'une équipe internationale de géologuesgéologues, dont plusieurs Français, membres du CNRS, vient d'annoncer via un article publié dans la revue Meteoritics and Planetary Science qu'une large dépression circulaire de 14 kilomètres de diamètre dans des roches ignéesroches ignées du nord du Nicaragua, n'était pas une calderacaldera volcanique comme on pouvait le penser, puisque ce pays est en bordure de la fameuse ceinture de feuceinture de feu, la bordure volcanique de la plaque pacifique.


Earth from Space est présenté par Malì Cecere des studios virtuels Web-TV de l'ESA. La cent soixante-deuxième édition contient une image prise par le satellite Sentinel-1 montrant le  cratère Manicouagan au Québec. Traduction et sous-titrages en cliquant en bas à droite de la vidéo. © European Space Agency, ESA

La source du champ de tectites du Belize ?

Nommée Pantasma, cette dépression n'est rien de moins qu'un astroblème creusé il y a environ 800.000 ans par la chute d'un petit corps céleste dont la nature a été déterminée : un astéroïdeastéroïde dont la composition est voisine des météoritesmétéorites sur Terre, classée parmi les chondriteschondrites ordinaires. La découverte est remarquable car c'est le premier cratère d'impact découvert en Amérique centrale mais c'est aussi le quatrième de plus de dix kilomètres et de moins de trois millions d'années que la sagacité des géologues porteporte aujourd'hui à la connaissance de l'humanité.

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont mis en évidence, dans les échantillons de roches collectés, des verresverres et surtout des cristaux dans des phases de quartzquartz (coésite) et de zirconszircons (reidite), typiques de l'effet des impacts, en l'occurrence, qui se forment à une température supérieure à 2.000 °C et une pressionpression supérieure à 30 GPa. Cette thèse est confirmée par la signature isotopique du chromechrome trouvée dans les brèches d'impact découvertes au centre du cratère ; ces dernières étant la marque de l'arrivée d'un matériel d'origine extraterrestre.

Deux tectites, des éjectats de roches en fusion provenant d'un astroblème. © Brocken Inaglory, CC by-sa 3.0
Deux tectites, des éjectats de roches en fusion provenant d'un astroblème. © Brocken Inaglory, CC by-sa 3.0

Les méthodes de la cosmochimie isotopique permettant la datation avec un couple d'isotopesisotopes de l'ArgonArgon (40Ar/39Ar ) ont fourni comme date de l'événement les 800.000 ans évoqués précédemment. Or, cette estimation est très intéressante car il se trouve dans la région un champ de tectitestectites, plus précisément au Belize, dont l'âge est similaire.

Rappelons que les tectites (du grec τηκτ́ος = fondu) sont des fragments de verre naturel de taille infra-décimétrique qui diffèrent de plusieurs façons des verres volcaniques, telle l'obsidienne. Ils sont notamment pauvres en eau, contiennent en micro-inclusion des minérauxminéraux choqués et leur fréquente forme d'« éclaboussure » (sphère, gouttegoutte etc.) laissent supposer qu'ils proviennent de la solidificationsolidification rapide dans l'atmosphèreatmosphère d'un liquideliquide silicaté en mouvementmouvement.

Comme leur composition isotopique est similaire à celle des roches terrestres qui se trouvent éparpillées dans de vastes régions, les scientifiques en ont conclu qu'il s'agissait majoritairement de roches terrestres fondues lors de l'impact d'un corps céleste et qui sont donc des éjectas. Le champ de tectites du Belize aurait donc trouvé son origine précise.


Un cratère d'impact météoritique découvert au Congo

Article de Jean-Baptiste Feldmann publié le 14/03/2010

Les images satellites de l'Afrique centrale viennent de révéler les restes d'un gigantesque cratère creusé par la chute d'un astéroïde. Il mesurait sans doute environ deux kilomètres de diamètre et il est tombé alors que les dinosaures avaient disparu il y a  cinq millions d'années.

Au cours de la dernière Lunar and Planetary Science Conference qui se tenait au Texas, une équipe scientifique italienne a présenté des images d'un cratère situé au nord de la ville de Wembo-Nyama, en République Démocratique du Congo. Paradoxalement, ce cratère est... un dôme !

Comme cela se produit parfois, l'impact (qui aurait eu lieu il y a 60 millions d'années, soit cinq millions après celui de Chicxulub) a soulevé les roches les plus denses. Le sol environnant s'est érodé, s'abaissant d'une cinquantaine de mètres. C'est dans cette dépression circulaire que coule désormais un fleuve dont les berges verdoyantes rendent l'anneau parfaitement visible.

La déforestationdéforestation intensive dont est victime cette région a progressivement modifié son aspect sur les images prises par les satellites, révélant peu à peu l'édifice géologique.

Le célèbre Meteor Crater aux Etats-Unis ne mesure qu'un peu plus d'un kilomètre de large mais c'est le mieux conservé en raison de sa relative jeunesse. Il s'est formé il y a 50.000 ans suite à l'impact d'une météorite d'environ 45 mètres de diamètre. Crédit USGS
Le célèbre Meteor Crater aux Etats-Unis ne mesure qu'un peu plus d'un kilomètre de large mais c'est le mieux conservé en raison de sa relative jeunesse. Il s'est formé il y a 50.000 ans suite à l'impact d'une météorite d'environ 45 mètres de diamètre. Crédit USGS

L'origine extraterrestre reste la plus probable

Ce cratère d'impact d'une cinquantaine de kilomètres de diamètre fait partie des plus grands découverts ces dernières années, mais on est encore loin de la taille imposante que certains affichent, comme celui de Vredefort en Afrique du Sud avec 300 kilomètres de diamètre, ou celui de Sudbury au Canada (250 kilomètres).

Une équipe scientifique va maintenant se rendre sur le terrain pour y rechercher des indices confirmant l'origine météoritique, comme par exemple la présence de quartz choquésquartz choqués (des minéraux ayant subi une énorme pression suite à un violent impact). Une origine terrestre comme les diapirsdiapirs (ces dômes rocheux de faible densité qui sont remontés des profondeurs jusqu'à la surface du sol suite à des instabilités gravitaires) semble exclue, en raison de la taille de l'édifice et de la nature géologique de la région.

Selon les spécialistes, il faudrait un astéroïde d'environ deux kilomètres de diamètre pour provoquer un tel cratère.

L'aspect circulaire caractéristique du cratère Wembo-Nyama au Congo est souligné par la ceinture végétale observable en bordure du fleuve qui contourne l'édifice. © Google Maps
L'aspect circulaire caractéristique du cratère Wembo-Nyama au Congo est souligné par la ceinture végétale observable en bordure du fleuve qui contourne l'édifice. © Google Maps