La quantité de krill consommée par les baleines à bosse de l'hémisphère Sud est passée d'environ 110 millions de tonnes par an avant la pêche à la baleine au XXe siècle, à environ 10 millions de tonnes par an à la suite du déclin de la population. © James Thew, Adobe Stock
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Les baleines mangent beaucoup plus qu'on ne le pensait et c'est déterminant pour la productivité des océans !

ActualitéClassé sous :baleine , Biodiversité , océan

Les mysticètes ont été victimes de pêche intensive au XXe siècle. Or, la quantité de proies qu'ils ingèrent et les résidus qu'ils excrètent sont un moteur jusqu'alors sous-estimé de la productivité océanique.

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Les baleines à fanons font partie du groupe des mysticètes et se nourrissent de petits poissons ou de crustacés dont elles suivent les bancs. Le régime alimentaire des espèces de mysticètes est connu par des analyses isotopiques et de contenus stomacaux mais les observations demeurent rares car ces organismes se nourrissent souvent bien en dessous de la surface de l'océan. Le taux d'ingestion de proies des différentes espèces de mysticètes a, par exemple, longtemps été difficile à estimer.

Récemment, l'acoustique océanique a permis d'estimer ces taux de nourrissage et la densité des proies des plus grands mysticètes dans leur environnement. Grâce à l'ensemble de ces méthodes, les estimations actuelles établissaient que les mysticètes consommaient moins de 5 % de leur poids par jour. Ces estimations viennent d'être réévaluées par une équipe de chercheurs et les résultats ont été publiés dans la revue Nature.

L'intérêt de cette réévaluation a bien évidemment pour objectif de mieux connaître le mode de vie des mysticètes actuels mais s'inscrit également dans une question à plus large échelle, celle du cycle du carbone dans les océans. En effet, les mysticètes rejettent leur excréments dans la zone euphotique qui est la couche la plus superficielle des océans, et dans laquelle la lumière pénètre suffisamment pour permettre une activité photosynthétique.

Les excréments des mysticètes fertilisent les océans en surface. © Savoca et al., 2021

Ces excréments sont recyclés par des bactéries et du carbone inorganique ainsi que de l'azote sont rendus disponibles pour le phytoplancton. La présence de mysticètes favorise donc les efflorescences phytoplanctoniques, qui attirent elles-mêmes des consommateurs primaires et secondaires dans ces zones.

Une consommation… et une excrétion largement sous-estimées

Les auteurs ont équipé 321 mysticètes avec des balises de localisation et ont suivi le comportement des individus grâce à des drones, ce qui leur a permis d'estimer que les mysticètes consomment en réalité l'équivalent de 5 à 30 % de leur masse corporelle chaque jour.

La baleine bleue Balaenoptera musculus, qui mesure environ 22 mètres ingère par exemple 16 tonnes de krill par jour

La baleine bleue Balaenoptera musculus, qui mesure environ 22 mètres, ingère par exemple 16 tonnes de krill par jour, la baleine franche Eubalaena glacialis, qui mesure jusqu'à 16 mètres, ingère en moyenne 5 tonnes de petit zooplancton (des copépodes notamment) par jour et la baleine boréale Balaena mysticetus, qui mesure jusqu'à 19 mètres, consomme elle aussi environ 6 tonnes de petit zooplancton par jour. Les quantités de proies ingérées par ces grands mammifères ont donc été sous-estimées jusqu'alors, ce qui implique que le rôle écologique des mysticètes l'a également été.

Les auteurs expliquent par ailleurs que la chasse à la baleine, qui a réduit considérablement le nombre de mysticètes entre 1910 et 1970 dans l'océan Austral, a eu un impact jusqu'ici sous-estimé sur la productivité océanique. Avant la chasse intensive à la baleine, les rorquals communs de l'hémisphère Sud filtraient par exemple 1.000 km3 d'eau par an alors qu'après des décennies de chasse, une population réduite filtrait environ 100 km3 d'eau par an.

Estimation du volume d'eau filtré par des populations de mysticètes dans l'hémisphère Sud, avant et après la période de pêche des baleines. © Savoca et al., 2021

Si les mysticètes sont aujourd'hui protégés et que certaines populations (notamment de baleines à bosse en Antarctique) voient leur nombre d'individus augmenter, le maintien de la plupart est menacé par les collisions avec les navires, les filets de pêche et la pollution marine. Les auteurs terminent en soulignant que la restauration des populations de mysticètes pourrait réparer les fonctions écologiques perdues à la suite de leur chasse intensive.

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