La composition du fond des océans peut être évaluée grâce au chant des rorquals communs. © Budimir Jevtic, Adobe Stock
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Comment le chant des baleines aiderait à percer les secrets du fond des océans

ActualitéClassé sous :géophysique , Rorqual commun , croûte océanique

[EN VIDÉO] Plongez à dos de baleine en Antarctique  Ces images étonnantes ont pu être tournées grâce à des caméras fixées sur le dos de baleines à bosse et de rorquals, en Antarctique. Des scientifiques, avec l’aide du WWF, ont ainsi pu se mettre dans la peau d'une baleine durant 24 à 48 heures. Le but ? Mieux connaître les zones d’approvisionnement de ces grands mammifères marins et demander leur sanctuarisation dans un avenir proche. 

Le chant des rorquals est tellement puissant que les ondes qu'il génère peuvent révéler la composition et l'épaisseur des couches du plancher océanique à plusieurs kilomètres de profondeur.

Les chants des baleines sont mélodieux, mystérieux... et puissants, très puissants ! Le rorqual commun émet des sons dont la puissance rivalise avec celle produite par les moteurs des gros navires et qui peuvent être entendus à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde. C'est un fait établi que ces vocalises sont utilisées par les cétacés pour détecter des obstacles et communiquer entre eux. Lorsque ces chants sont enregistrés par des scientifiques, ils sont donc spécifiquement étudiés pour suivre les migrations, identifier les individus et tenter de comprendre le sens caché dans ces communications.

Photo aérienne d'un rorqual commun. © Visit Greenland, cc by 2.0

Imaginez à présent que des géophysiciens enregistrent l'activité sismique au niveau de la faille de Blanco à 3.000 mètres de profondeur dans l'océan Pacifique alors qu'elle est fréquentée par des rorquals communs. Lorsqu'ils analysent leurs données, celles-ci sont envahies par des milliers de chants émis par les cétacés qui se trouvent à proximité des stations d'enregistrement. D'ordinaire, les scientifiques considèrent la présence de ces chants mêlés à leurs données sismiques comme du bruit parasite. Mais, par curiosité scientifique, deux géophysiciens de l'Université d'État de l'Oregon et de l'Institut de géophysique de l'Académie tchèque des sciences se sont pourtant décidés à analyser ces chants enregistrés au niveau de trois stations postées sur le plancher océanique.

Ils ont ainsi découvert que lorsque le chant des rorquals heurte le fond de l'océan, une partie de son énergie est transmise dans le sol sous la forme d'ondes sismiques. Ils démontrent dans la revue Science que ces ondes traversent la croûte océanique qui les réfléchit et les réfracte. Or, la croûte océanique est composée de différentes couches, dont la composition affecte différentiellement la propagation des ondes. En estimant la vitesse de propagation de ces ondes, les géophysiciens ont donc pu déterminer l'épaisseur ainsi que la nature des couches. Au niveau de la faille de Blanco, la strate superficielle a une épaisseur d'environ 500 mètres et est composée de sédiments marins. La couche sous-jacente est composée de basaltes sur une épaisseur de 1,8 kilomètre et elle repose sur une couche interne de gabbros.

Les ondes résultant du chant des rorquals sont réfléchies et réfractées différentiellement par les strates de la croûte océanique. © Modifié d'après Kuna and Nábělek, 2021

Les canons ou les chants ?

À l'heure de la publication de cette étude, les résultats obtenus avec le chant des rorquals n'ont pas été strictement comparés avec des données issues de l'imagerie sismique. Cependant, la composition de la croûte océanique est similaire pour une zone située à 200 kilomètres de la faille de Blanco et pour laquelle l'imagerie sismique a été utilisée. Les auteurs sont donc confiants quant aux résultats obtenus avec l'analyse des chants des rorquals. Ils rappellent aussi que, bien que les canons à air comprimé permettent d'explorer la croûte océanique jusqu'à une épaisseur de 8 kilomètres contre 3 kilomètres par les chants des rorquals, ces derniers présentent l'avantage d'être gratuits, nombreux, accessibles et naturels et n'induisent donc pas de perturbations dans les écosystèmes marins.

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