La station spatiale chinoise peut accueillir jusqu'à six personnes. Elle sera à terme occupée en permanence par un équipage de trois « taïkonautes ». © CMSA
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Starlink : Elon Musk minimise les risques de désordre orbital que poseraient ses satellites

ActualitéClassé sous :Utilisation de l'espace , Constellation de satellites , Elon Musk

Face aux accusations de désordre orbital que les satellites de la constellation Starlink occasionneraient, le fondateur et P.-D.G. de SpaceX, Elon Musk a, sans surprise, pris la défense de ses satellites. D'après lui, les milliers de satellites de sa constellation ne sont pas un problème étant donné qu'il y a de la place pour des milliards de satellites...

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[EN VIDÉO] Combien de satellites tournent autour de la Terre ?  2.787 satellites sont opérationnels au 31 décembre 2020 selon l'association UCS (Union of Concerned Scientists), dont plus de la moitié lancés par les États-Unis. Les trois quarts des satellites en opération tournent en orbite basse (entre 500 et 2.000 km d'altitude), et sont utilisés pour les systèmes de télécommunication, d'imagerie terrestre ou la météorologie. 

Le site d'informations Space Daily a mis en ligne un article très intéressant qui rapporte le point de vue d'Elon Musk concernant le désordre orbital que pourrait causer, donc au conditionnel, les satellites de la constellation Starlink de SpaceX. Dans une interview au Financial TimesElon Musk, jamais dans la demi-mesure, a répondu aux nombreuses allégations selon lesquelles les satellites Starlink de sa société occupent trop d'espace sur l'orbite terrestre, affirmant que des « dizaines de milliards » d'engins spatiaux pourraient tenir sur des orbites proches de la Terre !

Musk a expliqué que, parce que l'espace est « tout simplement extrêmement grand » et que les satellites qu'il y envoie « sont très petits », la situation n'est pas aussi désastreuse qu'il n'y paraît. « Il ne s'agit pas d'une situation où nous bloquons effectivement les autres de quelque manière que ce soit. Nous n'avons empêché personne de faire quoi que ce soit, et nous n'avons pas l'intention de le faire », a-t-il ajouté. Selon lui, chaque « coquille » orbitale encerclant la Terre est plus grande que la surface de la Planète, avec une autre coquille tous les 10 mètres environ plus loin dans l'espace, ce qui selon lui permettrait à ces « dizaines de milliards » de satellites de tourner autour de la Terre en toute sérénité. Selon Elon Musk, il y a suffisamment de place pour des dizaines de milliards de satellites et « quelques milliers de satellites, ce n'est rien ».

Selon Elon Musk, il y a suffisamment de place pour des dizaines de milliards de satellites et « quelques milliers de satellites, ce n'est rien »

Cette affirmation de Musk a évidemment été contestée par de nombreux spécialistes de la gestion du trafic spatial. Selon Jonathan McDowell, astronome au Centre d'astrophysique Harvard-Smithsonian (Massachusetts, États-Unis), les satellites se « déplaçant à près de 28.000 km/h ont besoin de beaucoup plus d'espace pour avoir le temps de modifier leurs orbites si une collision semble possible ». L'expert a calculé qu'à cette vitesse, un intervalle de trois secondes ne permettrait de placer qu'environ 1.000 satellites dans chaque orbite.

Comme il est complexe de déterminer la trajectoire d'un si grand nombre de satellites distincts les uns par rapport aux autres, et que les variations de la météo solaire modifient leurs trajectoires, les risques de collisions potentielles sont difficilement prévisibles. Et quand ce risque se présente, ce qui ne signifie pas qu'une collision est certaine mais que deux satellites menacent de se croiser à seulement moins de un kilomètre de distance, il arrivera un jour où il sera trop tard pour réaliser une manœuvre d'évitement.

La densité du trafic spatial pourrait empêcher les astronautes de vivre et travailler en sécurité

Mais ces problèmes ne sont pas les seuls qui inquiètent les agences spatiales et les utilisateurs de l'espace. Les méga-constellations qui finiront par se déployer avec des centaines de milliers de petits satellites à l'horizon 2030 pourraient compliquer très sérieusement l’activité humaine en orbite basse.

À cet horizon, en effet, on estime qu'il pourrait y avoir plus ou moins 4.000 satellites qui montent et qui redescendent (fin de vie, panne, désorbitaiton). Une noria de satellites qu'il faudra en permanence surveiller et éviter ! Dans ces conditions, la probabilité de perdre un astronaute en activité dans les dix prochaines années est d'une chance sur soixante !

En conclusion, et là tout le monde se rejoint, il s'agit tout simplement d'un problème de gestion du trafic et il y a une urgence à doter l'espace d'un « code de la route » contraignant, capable à lui seul de réguler le trafic spatial. C'est ce que propose la Commission européenne avec le projet Spaceways que pilote Telespazio.

Pour en savoir plus

La station spatiale chinoise contrainte de manœuvrer pour éviter des satellites Starlink

Article de Rémy Decourt publié le 29 décembre 2021

La station spatiale chinoise aurait été contrainte de corriger par deux fois sa trajectoire afin d'éviter un risque de collision avec un satellite de la constellation Starlink de SpaceX. Une situation qui montre l'urgence de doter l'espace d'un « code de la route » pour gérer le trafic spatial, comme le souhaite la Commission européenne avec le projet Spaceways.

Dans un document récemment rendu public par le Bureau des affaires spatiales de l'ONU à Vienne, la Chine a fait savoir au secrétaire général de l'ONU que, par deux fois, des satellites de la constellation Starlink de SpaceX ont « constitué des dangers pour la vie ou la santé des astronautes à bord de la station spatiale chinoise ». Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, en a ajouté une couche mardi en soulignant que les « États-Unis ignorent leurs obligations en vertu des traités internationaux, ce qui constitue une menace grave pour la vie et la sécurité des astronautes ».

Dit autrement, la Chine accuse SpaceX de conduite irresponsable et dangereuse dans l'espace et les États-Unis de laxisme dans la gestion de ses activités spatiales. Des accusations qui peuvent faire sourire quand on sait que les militaires chinois sont responsables de milliers de débris à la suite d'un test de missile antisatellite réalisé en janvier 2007. Situé à quelque 800 kilomètres d'altitude, un satellite météo chinois hors d'usage avait été détruit par un missile générant une profusion de débris qui, pour le coup, sont bien plus dangereux que les satellites Starlink car bien moins prévisibles et manœuvrants.

Cela dit, il ne faut pas nier que les centaines de satellites Starlink déjà en orbite ont augmenté le nombre de risques de collision depuis le début du déploiement de la constellation. La station spatiale chinoise, actuellement occupée par un équipage de trois taïkonautes, qui se situe sur une orbite quasi circulaire à une altitude d'environ 390 kilomètres avec une inclinaison d'orbite d'environ 41,5 degrés, n'est pas plus exposée que les autres utilisateurs de l'espace. En septembre 2019, l'Agence spatiale européenne avait été contrainte de manœuvrer le satellite Aeolus pour éviter un satellite Starlink. Mais comme la Chine sait se faire entendre et respecter, la polémique a vite enflé sur les réseaux sociaux chinois. 

Il n'est donc pas étonnant que, comme le souligne la Chine, deux d'entre eux se sont trouvés en juillet et en octobre sur une trajectoire qui pouvait les amener, en théorie, à entrer en collision avec la station spatiale chinoise. En théorie, parce que l'on identifie un risque de collision quand un satellite peut se rapprocher à moins de quelques kilomètres d'un objet qu'il pourrait percuter. À proprement parler, aucun des deux satellites Starlink incriminés par la Chine fonçait droit sur la station spatiale chinoise. Cependant, cette situation souligne la nécessité de mettre en place rapidement un système de gestion du trafic spatial pour régulariser les activités humaines dans l'espace. C'est ce que propose la Commission européenne avec le projet Spaceways que pilote Telespazio.

Deux manœuvres d'évitement de risque de collision

Découvrez, ci-après, les informations relatives aux deux manœuvres d'évitement de collision réalisées par la station spatiale chinoise telles que les a présentées la Chine au Bureau des affaires spatiales de l'ONU.

Depuis le 19 avril 2020, le satellite Starlink-1095 se déplaçait de manière stable en orbite à une altitude moyenne d'environ 555 kilomètres. Entre le 16 mai et le 24 juin 2021, le satellite Starlink-1095 a manœuvré de manière continue jusqu'à une orbite d'environ 382 kilomètres, puis est resté sur cette orbite. Un rapprochement a eu lieu entre le satellite Starlink-1095 et la station spatiale chinoise le 1er juillet 2021. Pour des raisons de sécurité, la station spatiale chinoise a pris l'initiative d'effectuer une manœuvre d'évitement dans la soirée de ce jour-là afin d'empêcher une collision potentielle entre les deux engins spatiaux.

Le deuxième évitement de collision était potentiellement plus dangereux. Le 21 octobre 2021, le satellite Starlink-2305 s'est rapproché de la station spatiale chinoise. Le satellite étant en manœuvre continue, la stratégie de manœuvre étant inconnue et les erreurs orbitales étant difficiles à évaluer, il y avait donc un risque de collision entre le satellite Starlink-2305 et la station spatiale chinoise. Afin de garantir la sécurité et la vie des astronautes en orbite, la station spatiale chinoise a effectué une nouvelle manœuvre d'évitement le même jour pour empêcher une collision potentielle entre les deux engins spatiaux.

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