Face aux défis du réchauffement climatique et de la population humaine grandissante, les OGM sont une des réponses fiables que l'on devra mettre en œuvre. © Juliane Franke, Fotolia

Sciences

NoFakeScience : 250 scientifiques, vulgarisateurs et citoyens alertent sur le traitement des médias de l'information scientifique

ActualitéClassé sous :recherche , Environnement , OGM organisme génétiquement modifié

Il est malheureusement difficile de trier certaines informations dans un domaine sans une certaine compétence à leur sujet et il est alors très facile, même pour un scientifique, d'être victime de l'effet Dunning-Kruger. Pour cette raison, un collectif d'ingénieurs, de médecins, de chercheurs et spécialistes de la vulgarisation en diverses disciplines scientifiques vient de publier une tribune pour dénoncer une dégradation du traitement de l'information scientifique dans les médias, information vitale pour des choix de sociétés importants.

« Y'en a marre !!! » C'est sans aucun doute ce que se sont dit les membres d'un collectif d'ingénieurs, de médecins, de chercheurs et spécialistes de la vulgarisation en diverses disciplines scientifiques qui ont mis en ligne une tribune relayée par le journal L'Opinion il y a quelques jours.

Ce collectif, du nom de NoFakeScience, compte 20 membres mais la tribune qui l'accompagne mentionne 230 signataires, une liste publique de scientifiques, journalistes et citoyens où l'on trouve même deux prix Nobel de Chimie français, à savoir Jean-Marie Lehn et Jean Pierre Sauvage.

Voici quelques extraits de cette tribune.

« Nous, scientifiques, journalistes et citoyen·ne·s préoccupé·e·s, lançons un cri d'alerte sur le traitement de l'information scientifique dans les médias, ainsi que sur la place qui lui est réservée dans les débats de société. À l'heure où la défiance envers les médias et les institutions atteint des sommets, nous appelons à une profonde remise en question de toute la chaîne de l'information, afin que les sujets à caractère scientifique puissent être restitués à tous et à toutes sans déformation sensationnaliste ni idéologique et que la confiance puisse être restaurée sur le long terme entre scientifiques, médias et citoyen·ne·s.»

« Nous assistons aujourd'hui à un dévoiement grandissant du travail des scientifiques. Leurs résultats ne sont bien souvent mis en avant que s'ils confortent des opinions préexistantes. Dans le cas contraire, certain·e·s iront sous-entendre leur rémunération par un lobby malveillant. Soyons clair·e·s : l'état de nos connaissances ne saurait être un supermarché dans lequel on pourrait ne choisir que ce qui nous convient et laisser en rayon ce qui contredit nos opinions. »

Cette tribune ne surprendra pas tous ceux qui suivent ce qui se passe sur Facebook, YouTube et Twitter depuis quelques années et surtout depuis quelques mois. Il y a une colère grandissante d'une partie des membres de la communauté scientifique qui voient les résultats clairs de consensus qu'elle a atteints sur plusieurs sujets importants pour la société, de l'énergie nucléaire aux vaccins en passant par les OGM et le climat, de plus en plus complètement déformés et niés dans les médias avec des journalistes sans doute bien intentionnés mais qui ne prennent pas avec le regard critique nécessaire l'idéologie et les incompétences de certaines ONG ou membres de la communauté scientifique qui sont partis dans le décor, sans doute victimes du fameux effet Dunning-Kruger et de leurs bonnes intentions.

Le fait que la tribune ait été publiée dans L'Opinion ne les surprendra pas non plus car il y a eu sur Twitter une levée de boucliers de membres de la communauté scientifique ou de vulgarisateurs zététiciens en science pour défendre sa journaliste, Emmanuelle Ducros, lorsque elle et sa collègue Géraldine Woessner (Europe 1) ont dit tout haut ce que ces membres pensaient du traitement du sujet du glyphosate par l'émission « Envoyé spécial ».

Un écho à l'Appel de Heidelberg ?

Certains auront sans doute beau jeu de dénoncer une manœuvre d'astroturfing ou un nouvel avatar d'une tentative de manipulation de lobbies aussi peu respectables que ceux du tabac et de l'amiante lors du fameux Appel de Heidelberg à l'occasion de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement en 1992. Signé par environ 4.000 scientifiques et universitaires, dont 72 prix Nobel, l'appel dénonçait : « l'émergence d'une idéologie irrationnelle qui s'oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement scientifique et social... Les plus grands maux qui accablent notre Terre sont l'ignorance et l'oppression, et non la science, la technologie et l'industrie dont les instruments, lorsqu'ils sont adéquatement gérés, deviennent les outils indispensables à un futur façonné par l'Humanité, par elle-même et pour elle-même, lui permettant ainsi de surmonter les problèmes majeurs tels que la surpopulation, la famine et les maladies répandues à travers le monde ».

On a du mal à vraiment comprendre comment on pourrait tenir un tel raisonnement - dans le cas du collectif NoFakeScience. Bien que l'affaire de l'Appel de Heidelberg soit plus complexe et moins rose qu'il n'y paraît du fait des liens entre certains de ses initiateurs et les industries du tabac et de l'amiante, des années plus tard plusieurs des signataires ne regrettent pas de l'avoir signé mais préféreraient aujourd'hui une version amendée. Dans les deux cas, la pertinence du contenu, la compétence et la lucidité et l'intégrité des signataires qui ont volontairement signé la tribune et l'appel ne changent en rien, quelle que soit l'orientation de certaines des forces qui aident à en médiatiser le contenu.

Il est vrai que certaines des affirmations exposées dans la tribune, qui ne prétend nullement faire le tour de la question des sujets abordés mais donner des exemples de points précis sur lesquels il y a un véritable consensus de la communauté scientifique, ont sans doute de quoi en révolter plus d'un, persuadés d'être dans le camp du « Bien » et d'avoir été correctement informés par les médias. Mais justement, tel est le problème.

Les deux affirmations les plus difficiles à avaler concerneront sans doute celles sur le glyphosate et les OGM. On pourra se faire une idée plus précise de ce qu'il faut penser du traitement des risques liés au glyphosate avec plusieurs articles qu'a publié au cours des années l'Association française pour l'information scientifique (Afis).

En ce qui concerne les OGM, la question a de multiples aspects et ne se réduit pas seulement à celle du risque que leur consommation peut faire peser sur la santé. Mais comme Futura l'avait expliqué dans l'article consacré à la sortie en France du film Food Evolution, la question de la toxicité des OGM en usage est tranchée depuis longtemps. Sobrement, le collectif NoFakeScience mentionne que « le fait qu'un organisme soit génétiquement modifié (OGM) ne présente pas en soi de risque pour la santé incontestable », ce qui ne veut nullement dire qu'il affirme qu'il n'y a pas des questions à se poser du point de vue de l'environnement ou de la société.

La question du nucléaire est sans doute aussi l'une de celles qui posent le plus de questions dans les médias même si le collectif NoFakeScience mentionne encore sobrement que « L'énergie nucléaire est une technologie à faible émission de CO2 et peut contribuer à la lutte contre le changement climatique », tout en rappelant plus fermement que « le changement climatique est réel et d'origine principalement humaine ».

Un peu au-delà de la tribune NoFakeScience

On trouve d'ailleurs parmi les signataires de la tribune François-Marie Bréon, qui est chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement, et un ingénieur en génie atomique et sûreté nucléaire, Tristan Kamin, membre du collectif NoFakeScience, tous deux très actifs sur Twitter notamment pour remettre les pendules à l'heure en ce qui concerne le climato-scepticisme (par exemple avec l'aide du YouTubeur le Réveilleur), la question de l'énergie, des déchets nucléaires, du nuage de Tchernobyl en regard des problèmes de l'intermittence et du coût des énergies renouvelables versus ce qui nous attend si nous ne faisons rien pour limiter une pollution bien plus dévastatrice, celle du CO2.

Toutes ces questions ne sont pas simples (contrairement à ce qu'il faut penser des vaccins et de l'homéopathie où la communauté scientifique sait depuis longtemps ce que réaffirme le collectif NoFakeScience), certains aspects sont encore en débat en ce qui concerne la part du renouvelable et du nucléaire pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique. Mais on entend encore trop peu dans les médias des arguments mis notamment en avant par Jean-Marc Jancovici ou Michael Shellenberger.

Bref, en ce qui concerne la tribune du collectif NoFakeScience, il était grand temps !

  • Un collectif de scientifiques, journalistes et citoyen·ne·s préoccupé·e·s par le traitement de l’information scientifique dans les médias, appelle à une profonde remise en question de toute la chaîne de l’information, afin que les sujets à caractère scientifique puissent être restitués sans déformation sensationnaliste ni idéologique et que la confiance puisse être restaurée sur le long terme entre scientifiques, médias et citoyen·ne·s.
  • Pour eux, comme ils l’expriment dans une tribune sous leur nom de collectif NoFakeScience, « l'état de nos connaissances ne saurait être un supermarché dans lequel on pourrait ne choisir que ce qui nous convient et laisser en rayon ce qui contredit nos opinions ». Il existe en effet des consensus scientifiques sur des sujets aussi divers que : 
  • La santé : la balance bénéfice/risque des principaux vaccins est sans appel en faveur de la vaccination ; il n’existe aucune preuve de l’efficacité propre des produits homéopathiques.
  • L’agriculture : aux expositions professionnelles et alimentaires courantes, les différentes instances chargées d’évaluer le risque lié à l’usage de glyphosate considèrent improbable qu’il présente un risque cancérogène pour l’humain ; le fait qu’un organisme soit génétiquement modifié (OGM) ne présente pas en soi de risque pour la santé.
  • Le changement climatique : le changement climatique est réel et d’origine principalement humaine ; l’énergie nucléaire est une technologie à faible émission de CO2 et peut contribuer à la lutte contre le changement climatique.
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