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Le vol suborbital touristique : une idée qui se concrétise lentement

ActualitéClassé sous :Astronautique , vol suborbital , tourisme spatial

Le privilège de voir la planète d'en haut n'appartient plus seulement aux astronautes professionnels. Depuis quelques années, des « touristes » très fortunés s'envolent avec eux. Dans peu d'années, des entreprises privées proposeront des incursions au seuil de l'espace, lors de vols dits suborbitaux, plus modestes mais au moins cent fois moins chers. Frank Lehot nous détaille les projets. Ce médecin est co-auteur, avec Jean-François Clervoy notamment, d'un livre sur le sujet, Embarquer dès demain pour l'espace.

Une vue d'artiste de l'intérieur d'un avion spatial (ici le SpacePlane d'Astrium) au sommet de la trajectoire parabolique à 100 kilomètres d'altitude. Les passagers sont en apesanteur pour quelques minutes et admirent la Terre par les hublots. © EADS Astrium/Marc Newson Ltd

Le monde vient de célébrer le cinquantième anniversaire de l'envoi du premier Homme dans l'espace, Youri Gagarine, qui orbita autour de la Terre en 1961. En 2011, cinquante ans plus tard, un peu plus de cinq cent vingt personnes ont effectué un vol dans l'espace. Parmi elles figurent seulement sept astronautes privés, ceux que l'on nomme improprement « touristes spatiaux » et qui ont payé leur billet pour l'espace, à un tarif ayant progressivement augmenté de 20 à 35 millions de dollars en huit ans pour un séjour dans la Station spatiale.

En 2013, des participants privés devraient effectuer ce vol à nouveau, pour un coût qui sera voisin de 50 millions de dollars. Doutzen Kroes, top modèle célèbre, aurait réservé sa place auprès de la société néerlandaise Space Expedition Curaçao. On le voit, l'accès à l'orbite terrestre depuis Gagarine n'est pas en voie de démocratisation. Toutefois, pour tous ceux qui rêvent d'espace mais qui étaient condamnés depuis l'aube de la conquête spatiale à suivre les exploits des astronautes devant leur téléviseur, un petit espoir de participer à l'aventure spatiale a vu le jour avec la naissance du vol suborbital.

Vue d'artiste du CST-100 s'amarrant à la Station spatiale internationale. Ce projet de Boeing répond à une demande de la Nasa d'un véhicule réalisé par une entreprise privée pour relever les équipages de l'ISS après le retrait du service de la flotte de navettes spatiales. © Boeing

Saut de puce spatial

Depuis quelques années, la Nasa a noué des partenariats avec des entreprises privées pour les aider à concevoir et développer les cargos de ravitaillement et les capsules habitées qui assureront la relève de la navette spatiale, dont le dernier vol aura lieu fin juin 2011. Nous sommes entrés dans l'ère de la privatisation de l'astronautique, qui ne sera plus seulement orchestrée par les agences spatiales officielles, mais par des sociétés privées comme Space X, Orbital Sciences ou Boeing. Il n'est pas étonnant que dans ce contexte se soit développé le concept du vol suborbital touristique qui propose de transporter des passagers vers l'espace à bord d'avions-fusées ou de capsules de conception privée elles aussi.

Le vol suborbital n'est toutefois pas comparable au vol orbital. Il consiste pour un avion muni d'un moteur-fusée ou une capsule au sommet d'un lanceur à franchir la frontière symbolique de l'espace, 100 kilomètres d'altitude, puis redescendre immédiatement vers la Terre. Le vaisseau n'a pas assez d'énergie pour atteindre la vitesse de satellisation (qui est de 8 km/s), et effectue seulement une trajectoire balistique culminant à cette centaine de kilomètres d'altitude. La durée de ce vol n'excède pas une demi-heure entre l'allumage du moteur-fusée et le retour au sol ; il offre aux passagers une période d'apesanteur de 4 minutes environ et la possibilité de contempler la beauté de la Terre depuis l’espace.

Le SpaceShip Two vient de se larguer de l'avion WhiteKnight Two, lors d'un vol d'essai en mai 2011. © Virgin Galactic

Des entreprises en lice

Actuellement trois sociétés poursuivent activement le développement de leur vaisseau suborbital. Virgin Galactic, de Richard Branson, est la plus célèbre. Quatre cent vingt passagers ont déjà réservé leur place à bord du Space Ship Two, qui transportera les premiers d'entre eux vers l'espace au mieux en 2012. Actuellement l'avion suborbital est testé en vol plané, après largage à haute altitude de son avion porteur White Knight Two. Les premiers tests en vol propulsé sont imminents. D'abord atmosphériques et brefs, ils seront ensuite spatiaux. Pas moins de cinquante vols suborbitaux seront nécessaires avant que soit autorisée l'exploitation commerciale du Space Ship Two. Virgin Galactic recrute actuellement les futurs pilotes du SS2.

XCor Aerospace développe un avion-fusée décollant du sol sans avion porteur, le Lynx, capable d'emporter un pilote et un passager jusqu'à une altitude voisine de 60 kilomètres, dès 2012 au mieux. Une version ultérieure plus puissante, le Lynx-2, sera mise au point par la suite pour effectuer des vols atteignant la frontière de l'espace.

Blue Origin, société fondée par Jeff Bezos, développe une capsule suborbitale à décollage vertical, le New Shepard, capable d'emporter trois passagers en vol suborbital culminant à 130 kilomètres d'altitude. De nombreux tests sont effectués au Texas dans le plus grand secret et, là encore, les premiers vols touristiques auraient lieu dès 2012. Enfin, signalons le projet d'avion spatial d’EADS Astrium, qui pourrait voir le jour avant 2020.

Le Lynx-1, un projet de la société XCor, est un avion muni d'un moteur-fusée (fonctionnant donc sans l'oxygène de l'air) et capable d'atteindre 60 kilomètres d'altitude. © XCor

Le vol suborbital, s'il se développe et se démocratise dans les deux décennies à venir, constitue le seul mais merveilleux espoir pour nombre d'être humains d'éprouver à leur tour des sensations et émotions jusqu'alors réservées aux astronautes professionnels : vivre les accélérations violentes du décollage et de la rentrée atmosphérique, contempler la majesté de la Terre en état d'apesanteur.

Quel avenir pour le vol suborbital privé ? Ancien président de Virgin Galactic, Will Whitehorn se montre très optimiste, imaginant 50.000 passagers dans les dix années à venir. On peut rester sceptique devant une telle vision mais sa prédiction d'une diminution progressive du prix du billet de 150.000 à 68.000 euros dans la prochaine décennie semble, elle, davantage crédible. L'espace ne serait toujours pas accessible à tous... mais ce serait déjà une petite révolution...

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