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Les causes multiples d’un Toc

Dossier - Mieux comprendre les Toc, troubles obsessionnels compulsifs
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Derrière les gestes maniaques communément appelés Toc se cache une pathologie complexe, le trouble obsessionnel compulsif, qui peut devenir handicapante et traduit un mal-être.

  
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Parmi les 2 à 3 % de Français touchés par les troubles obsessionnels compulsifs que l'on dénombre, 1 % seulement des enfants en souffrance sont réellement pris en charge. Il convient d'observer quels sont les mécanismes de développement qui explicitent les Toc.

Synapse. © Sashkin, Shutterstock

L'origine des troubles obsessionnels compulsifs demeure assez floue, mais selon les avancées de la recherche, il semblerait que plusieurs facteurs soient responsables de cette maladie, et ce de façon non concomitante. Il s'agit des pistes héréditaire, neurobiologique et infectieuse.

Mécanisme héréditaire

Le facteur génétique, ou héréditaire, a été beaucoup discuté parmi les psychiatres. Si un environnement familial ne peut pas être mis en cause, le facteur génétique peut en revanche faire partie des étiologies possibles au développement de Toc. Alain Sauteraud indique que « tout le monde peut être touché par le trouble. Des études ont pourtant été publiées à propos des familles qui donneraient une éducation plutôt rigide à leurs enfants, ce qui accroîtrait les facteurs de développement des Toc, mais ces études ont été longuement discutées et se sont révélées non décisives de façon scientifique. En revanche, une part d'hérédité influence la probabilité d'être touché par le trouble. » En effet, il a été démontré que le facteur génétique possède une part de responsabilité chez les personnes à risques.

Le gène incriminé a été identifié comme étant celui de l'enzyme COMT (catéchol-O-méthyltransférase), qui est impliquée dans « le catabolisme de la dopamine et de la noradrénaline », selon Martine Bouvard. De plus, dans un article intitulé Trouble obsessionnel compulsif et bipolarité atténuée chez l'enfant et l'adolescent : résultats de l'enquête « ABC-Toc » (Frédéric Kochman et al., 2002), il est spécifié qu'« un lien très clair a été établi entre la survenue d'un Toc au cours de l'enfance et l'existence d'une pathologie similaire chez les relatifs familiaux au premier degré. [...] La fréquence élevée de Toc (24 %) chez les ascendants au premier degré des sujets de notre enquête conforte donc l'hypothèse de transmission familiale du Toc. » Le premier degré familial inclut les parents, les frères et les sœurs.

Schéma de la recapture de la sérotonine. La piste neurobiologique déterminant un dysfonctionnement de la sérotonine (5-HT) semble être avérée. Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (A), visant à équilibrer l’activité 5-HT centrale, pourraient jouer un rôle mixte anti-obsessionnel et anti-impulsif en plus de leur effet antidépresseur. Lorsque l'inhibition ne se fait pas correctement (B), la recapture de la sérotonine vient dérégler l'équilibre, menant à une obsession-compulsion. © INRP

Causes neurobiologiques

Par ailleurs, le facteur neurobiologique a été mis en évidence dans les causes des troubles obsessionnels compulsifs. Cette piste déterminerait le lien d'un dysfonctionnement chez certains neurotransmetteurs cérébraux, et en particulier la sérotonine (5-HT). Dans un article paru en 2001, Frédéric Kochman prônait déjà le rôle de la sérotonine. Ainsi, il écrit que « les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, visant à équilibrer l'activité 5-HT centrale, pourraient jouer en plus de leur effet antidépresseur, un rôle mixte anti-obsessionnel et anti-impulsif ». La sérotonine, qui assure la transmission des messages au niveau des synapses, n'est pas produite en assez grande quantité.

Ainsi les antidépresseurs sérotoninergiques, qui inhibent la recapture de la sérotonine, garantissent une dose suffisante de cette substance lors du passage de l'information, et par conséquent pour contrôler les pensées et les comportements. Ce que corrobore Martine Bouvard dans son livre Les Troubles obsessionnels compulsifs : principes, thérapies, applications, daté de 2006. En effet, elle précise également que « les neurones sérotoninergiques innervent la quasi-totalité des structures corticales et sous-corticales. Cela explique que la 5-HT ait été impliquée dans plusieurs troubles psychiatriques (dépression, troubles anxieux et alimentaires, troubles du contrôle des impulsions), et que les antidépresseurs qui l'influencent s'avèrent pertinents dans ces différentes pathologies. Le rôle ubiquitaire de la sérotonine dans le fonctionnement du système nerveux central complique la mise en évidence d'anomalies spécifiques du Toc. »

La piste infectieuse

Enfin, le facteur infectieux a récemment été découvert chez les enfants souffrant d'une angine à streptocoques (une amygdalite, dans ce cas d'origine bactérienne) qui ont développé des troubles psychiatriques désignés sous le terme de Pandas (Pediatric autoimmune neuropsychiatric disorders associated with streptococcis). D'une banale infection, l'enfant pourrait développer des anticorps antineuronaux et s'engagerait vers les voies d'un Toc. Frédéric Kochman et Élie Hantouche indiquaient ce facteur dès 2001 dans Le Pharmacien hospitalier« Des réactions inflammatoires au sein de ces zones cérébrales conduiraient à une décompensation psychique sous la forme de phénomènes OC d'apparition rapide, accompagnés de divers symptômes neurologiques. » Il est à noter que 10 % des enfants ayant subi cette infection développent un Toc.

Ainsi, les dernières avancées scientifiques ont pu mettre en lumière plusieurs sources de développement d'un trouble obsessionnel compulsif, aussi diverses que le terrain génétique, le facteur neurobiologique et l'origine infectieuse. Autant de risques pour une même maladie, dont les formes varient sensiblement selon les personnes concernées et leurs angoisses.