Les quatre traitements repositionnés par l'OMS sont inefficaces pour lutter contre la Covid-19. © Dan74, Adobe Stock
Santé

Solidarity : aucun traitement testé n'est efficace contre la Covid-19

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Les quatre traitements testés contre la Covid-19 sont inefficaces selon l'essai d'envergue Solidarity piloté par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

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Pour faire face à la pandémie de Covid-19, nous avions besoin de réponses. Des réponses que nous ne possédions pas. Dès lors, la communauté scientifique s'est mise au travail. Quelques brebis égarées se sont réfugiées dans l'argument de l'urgence. Ce n'était pas une position tenable. Que ce soit d'un point de vue scientifique ou d'un point de vue éthique.

Cela a d'ailleurs probablement entraîné une difficulté à recruter des patients pour certains essais cliniques. Les scientifiques sérieux ne se sont pas précipités. Ils ont gardé la tête froide. Le temps de la science médicale moderne n'est pas celui de l'observation clinique isolée. Pour savoir si l'on soigne correctement une nouvelle maladie, cela prend du temps.

Aujourd'hui, nous savons que les quatre médicaments anti-viraux repositionnés pour lutter contre la Covid-19 sont inefficaces. Ils ne procurent aucun bénéfice supplémentaire au-delà de l'effet placebo et des soins standards. C'est une déception, mais nous savons. Nous pouvons chercher ailleurs en laissant cela sereinement derrière nous.

Les quatre médicaments anti-viraux repositionnés pour lutter contre la Covid-19 sont inefficaces. © Nikolai Sorokin, Adobe Stock

Un essai d'envergure

Les médicaments à l'étude étaient les suivants : le remdesivir, le lopinavir, l'interféron bêta et l'hydroxychloroquine. C'est un essai randomisé de phase 3, contre placebo + soins standards, et multicentrique étant donné qu'il a été conduit dans pas moins de 405 hôpitaux de façon simultanée à travers le monde. Au total, c'est plus de 11.200 patients qui ont été intégrés à l'expérience. L'étude est actuellement en pré-publication. Pour s'assurer la fiabilité des résultats, il faudra donc attendre sa publication, d'ores et déjà prévue dans le New England Journal of Medicine.

Le remdesivir était administré en intraveineuse à hauteur de 100 mg par jour pendant 9 jours, hormis le premier jour où une dose de charge de 200 mg était injectée. L'hydroxychloroquine, quant à elle, fut délivrée par voie orale à hauteur de 1.240 mg le premier jour, puis 620 mg par jour pendant 10 jours. Même chose pour le lopinavir, à hauteur de 400 mg par jour pendant 14 jours avec 50 mg de ritonavir en plus pour contrer les effets délétères du lopinavir sur notre foie.

Les interférons bêta ont été utilisés en sous-cutané, à hauteur de 132 microgrammes sur 6 jours (3 administrations de 44 microgrammes chacune). Les critères retenus pour juger de l'efficacité des traitements étaient la mortalité à 28 jours dans un premier temps, et le besoin de ventilation et la durée d'hospitalisation dans un second temps. 

Des résultats décevants mais fiables

La conclusion des auteurs est sans appel : « Les principaux critères de jugement que sont la mortalité, le besoin de ventilation et de la durée d'hospitalisation n'ont été clairement réduits par aucun médicament de l'étude ». Avec un échantillon aussi important, il semble que ce soient les résultats les plus robustes dont on dispose jusqu'à présent avec l'essai Recovery. En effet, plus la taille de l'échantillon est élevée, plus on a de chance de détecter des effets mineurs, mais potentiellement utiles pour sauver des vies à l'échelle d'une population. 

Désormais, la recherche médicale mondiale va pouvoir tourner la page concernant ces quatre traitements. Elle va se concentrer sur d'autres pistes thérapeutiques en attendant l'élaboration d'un vaccin. Les rares médecins partisans de l'hydroxychloroquine, qui continuent de le prescrire en traitement contre la Covid-19, le font désormais à contresens des données scientifiques en notre possession. 

  • L'essai Solidarity piloté par l'OMS vient de livrer ses résultats en pré-publication ; 
  • Ces derniers sont décevants : aucun des quatre médicaments repositionnés, porteur d'espoir, n'est efficace ; 
  • La recherche médicale mondiale va maintenant se concentrer sur d'autres pistes thérapeutiques pour faire face à la Covid-19 en attendant un potentiel vaccin.
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