Les médicaments à bannir selon la revue Prescrire. © benjaminnolte, fotolia

Santé

Une centaine de médicaments "plus dangereux qu'utiles", selon la revue Prescrire

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La revue Prescrire a dévoilé sa nouvelle liste de près d'une centaine de médicaments « plus dangereux qu'utiles », à éviter en raison des risques sanitaires « disproportionnés » qu'ils font courir aux patients, avec de nouveaux venus comme le Décontractyl et des produits contre la toux.

Parmi les six médicaments ajoutés cette année à cette liste noire, le Décontractyl (comprimés ou baume), un médicament utilisé pour soulager les douleurs des contractures musculaires. Les effets indésirables -- dus au principe actif, la méphénésine -- sont principalement des somnolences, nausées, vomissements, réactions allergiques graves et abus et dépendances (effets psychotropes). La pommade expose à des atteintes cutanées graves.

L'antitussif à base d'oxomémazine, qui regroupe de nombreux produits (Toplexil et génériques dont Humex toux sèche oxomémazine) qui a des propriétés neuroleptiques, expose également à des « effets indésirables disproportionnés ».

La liste 2019, qui recense 93 médicaments (dont 82 vendus en France) à ne pas utiliser, à défaut de les voir retirer du marché, a été établie sur la base des analyses publiées dans la revue durant neuf ans, de 2010 à 2018, explique Prescrire. Le registre des traitements critiqués -- cancer, diabète, arthrose, allergies, maladie de peau, d'Alzheimer, sexualité, toux, arrêt du tabac, etc. -- est vaste, pour des maux graves ou bénins. Les médicaments en cause sont nouveaux ou anciens et dépassés, voire pas plus performant qu'un placebo.

Également inscrits cette année, la pommade pour fissures anales Rectogesic, pas plus efficace qu'un placebo, mais susceptible d'entraîner des maux de tête fréquents, ainsi que la cimétidine (Cimétidine Mylan et autres), autorisée pour des troubles, type brûlures d'estomac et renvois acides. La cimétidine expose à des interactions indésirables avec de très nombreux médicaments contrairement à d'autres produits de la même famille des anti-H2 ("antihistaminiques H2").

Les médicaments sont par définition des substances actives et entraînent donc des effets physiologiques. Une partie d'entre eux sont bénéfiques, d'autres le sont moins. Il faut bien peser le pour et le contre. Selon la revue Prescrire, les agences sanitaires n'ont pas toujours su correctement estimer ce rapport... © sergo321, fotolia

Trois médicaments retirés en 2018 et inquiétudes pour des médicaments contre le rhume

Trois médicaments de liste 2018 ont été retirés de ce bilan actualisé, à savoir un antibiotique retiré du marché mondial (Ketek) et deux autres en raison de nouvelles données qui sont en cours d'analyse par Prescrire : Uptravi pour une maladie rare et grave et l'anticancéreux olaparib/Lynparza.

La revue indépendante rappelle que des médicaments contre le rhume comme les vasoconstricteurs décongestionnant par voies orale ou nasale (l'éphédrine, la naphazoline, l'oxymétazoline, la phényléphrine, la pseudoéphédrine qui est contenue dans une dizaine de médicaments et le tuaminoheptane) exposent à un risque de troubles cardiovasculaires graves voire mortels (poussées d'hypertension, AVC, troubles du rythme cardiaque). Fin 2017, les autorités sanitaires ont interdit la publicité grand public pour ces vasoconstricteurs, relève auprès de l'AFP Bruno Toussaint, directeur éditorial de Prescrire« C'est un petit pas qui montre que les autorités reconnaissent que ces produits posent problème, mais sans les retirer du marché », ajoute-t-il. Parmi les nouveaux épinglés, on trouve aussi l'Ocaliva prescrit pour une maladie rare, remarque-t-il.

La liste publiée dans le numéro de février de la revue est en accès libre : « Pour mieux soigner : des médicaments à écarter - Actualisation 2019 ».

Pour en savoir plus

La liste des médicaments à bannir en 2013 selon la revue Prescrire

Article de Janlou Chaput publié le 1er février 2013

Après le Médiator, les pilules de 3e et 4e générations ou le Diane 35, la revue Prescrire enfonce le clou en établissant une liste de médicaments qui, selon elle, devrait être retirés du marché pour les dangers qu'ils représentent. Cela permettra-t-il d'éviter un nouveau scandale sanitaire ?

Chaque année, la revue Prescrire a pris pour habitude de publier dans son édition de février le palmarès des meilleurs médicaments mis sur le marché l'année précédente. L'année 2012 semble ne pas avoir été un très bon cru. Aucun des traitements n'a reçu de la part de la rédaction la mention « Pilule d'or », récompensant des progrès conséquents.

Seuls deux traitements, contre le cancer métastasé de la prostate et l'hépatite C chronique, sont considérés comme des avancées thérapeutiques, même si leur efficacité est modérée. En revanche, sur les 80 autres traitements évalués, 15 seraient même dangereux, soit près d'un sur cinq. Des résultats qui ont de quoi inquiéter...

Ce genre d'alerte n'a rien de nouveau. L'une d'elles a été lancée dans un livre, publié en septembre dernier par Bernard Debré et Philippe Even et qui avait fait polémique. Les affaires récentes du Médiator, des pilules de 3e et 4e générations ou du Diane 35 révèlent peut-être quelques failles de la part des autorités sanitaires.

Des médicaments inutiles et trop dangereux

C'est du moins l'avis de Prescrire qui publie sur son site la « liste des médicaments plus dangereux qu’utiles ». La revue considère qu'en 2013 circulent encore bien trop de traitements dont la balance bénéfices-risques est défavorable aux patients. La faute, selon elle, au laxisme des agences de santé qui devraient retirer de la vente toutes ces molécules.

Devrions-nous nous débarrasser d'un médicament sur cinq ? Certains accusent des traitements d'être inefficaces et dangereux. Ce à quoi d'autres rétorquent que quelques patients ne répondent pas toujours aux molécules classiques et ont besoin, pour être soignés efficacement, de recourir à ces médicaments suspects. © Gimbat, StockFreeImages.com

La rédaction s'est arrêtée sur les analyses parues dans ses colonnes entre 2010 et 2012. Le constat n'a rien de rassurant car la liste est longue. Y sont mentionnés :

  • les médicaments actifs qui exposent à des risques disproportionnés en regard des bénéfices qu'ils procurent ;
  • des médicaments anciens aujourd'hui dépassés en efficacité et en sûreté par des molécules plus modernes ;
  • des traitements récents dont la balance bénéfices-risques est inférieure à ceux déjà existants ;
  • les substances dont l'efficacité n'est pas prouvée au-delà de l'effet placébo et dont les dommages potentiels sont disproportionnés ;
  • les associations médicamenteuses qui exposent aux effets indésirables cumulés et à des interactions dangereuses.

Une liste pour faire réagir les autorités sanitaires ?

Parmi les médicaments montrés du doigt, certains sont pourtant communs. Le Motilium (dompéridone), par exemple, expose les patients à des troubles cardiaques et augmente les risques de mort subite. Le Xenical, déjà incriminé et qui combat l'obésité avec un succès très relatif, entraîne des troubles digestifs et abîme le foie. Le Zyban ou le Champix, utilisés pour aider au sevrage tabagique, ne sont pas non plus dénués d'effets secondaires importants.

Ce ne sont que quelques exemples. La rédaction de Prescrire veut probablement pousser à réagir l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Elle rappelle également que certains produits sont appréciés des soignants et des patients, notamment grâce aux efforts payants des publicités, sans pour autant démontrer une réelle efficacité. Les accusations portent sur l'attentisme des autorités sanitaires qui n'informeraient pas suffisamment médecins, pharmaciens et population des avantages et des inconvénients de chaque médicament.

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