Santé

La moitié des médicaments inutiles et 5 % très dangereux ?

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Et si le scandale du Médiator n'était pas une affaire isolée ? Ses accusateurs, Bernard Debré et Philippe Even, attaquent de nouveau l'industrie pharmaceutique. Dans un livre, ils expliquent que 50 % des médicaments du marché français sont inutiles, et même que 5 % d'entre eux se révèlent parfois très dangereux...

Parmi les médicaments inutiles, Philippe Even et Bernard Debré en accusent certains de ne pas être efficaces, tandis que d'autres le sont malgré tout... mais moins que des molécules déjà présentes sur le marché. Leur intérêt est donc limité. © Wurfel, Wikipédia, cc by sa 3.0

Un médicament sur deux est inutile, selon un livre coécrit par les médecins spécialistes Philippe Even, directeur de l'Institut Necker, et Bernard Debré, député UMP de Paris, dont Le Nouvel Observateur révèle jeudi les bonnes feuilles.

« Il s'agit d'un livre d'information, pas d'opinion. Tout ce qui est dit est référencé et résulte de notre expérience à tous les deux, Bernard Debré et moi, et à l'analyse de milliers, de milliers et de milliers de publications », explique Philippe Even dans un vidéo sur le site du Nouvel Observateur, au sujet du Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux.

Le professeur Even s'en prend tout particulièrement aux statines, les médicaments contre le cholestérol, « avalés par 3 à 5 millions de Français », qui coûtent « à la France 2 milliards d'euros par an » et qu'il juge « complètement inutiles ».

Des médicaments qui font plus de mal que de bien

L'ancien doyen de la faculté de médecine de Paris, auteur d'un rapport au vitriol sur le Mediator en 2011, lance une nouvelle charge contre l'industrie pharmaceutique, qu'il qualifie de « la plus lucrative, la plus cynique, la moins éthique de toutes les industries ».

Selon ce même Philippe Even, pour régler le problème du manque d'argent dans le domaine de la santé et du déficit de l'assurance maladie, « il suffit de retirer du marché les médicaments dangereux, inutiles ou inefficaces ».

Le livre s'attaque aussi aux médicaments génériques, dont la composition est exactement identique au princeps, et qui seraient boudés par les Français, mais aussi vendus à des prix trop élevés. © ragesoss, Flickr, cc by sa 2.0

Le livre recense ainsi, selon l'hebdomadaire, « 50 % de médicaments inutiles, 20 % de mal tolérés, 5 % de "potentiellement très dangereux", mais, incroyable paradoxe, 75 % sont remboursés ».

Le Nouvel Observateur a mis par ailleurs en ligne « la liste noire des médicaments dangereux », qui comprend des médicaments cardiovasculaires, des anti-inflammatoires, des pilules contraceptives (notamment celles dites de troisième génération), etc.

Debré et Even n’en sont pas à leur coup d’essai

L'industrie pharmaceutique (Leem) a dénoncé de son côté « amalgames et approximations » dans cet « énième réquisitoire de Bernard Debré et Philippe Even ».

Ce livre « contribue à alarmer inutilement les malades et risque de les conduire à arrêter de leur propre chef des traitements pourtant adaptés aux maladies dont ils souffrent », a déclaré le Leem, la fédération professionnelle des industriels du médicament, mercredi soir dans un communiqué.

Bernard Debré et Philippe Even s'étaient vu confier par l'ancien président Nicolas Sarkozy une mission à la suite de l'affaire du Mediator et lui avaient remis en mars 2011 un rapport au vitriol sur la réforme du système du médicament.

Les deux professeurs estimaient notamment que l'affaire du Mediator était « beaucoup plus qu'un accident isolé ».

Revoir la législation autour du médicament ?

« Que nous consommions trop de médicaments dans notre pays, c'est tout à fait évident », a réagi jeudi sur Europe 1 Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la Santé.

« De toutes les façons, les laboratoires qui demandent les autorisations sont obligés de s'appuyer sur des études d'efficacité qui méritent d'être revisitées », a ajouté l'ancienne ministre.

« On a aussi tendance dans notre pays à prescrire les nouvelles molécules alors que des molécules plus anciennes (...) pourraient être utilisées », a relevé Roselyne Bachelot.

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