Le vaccin Oxord/AstraZeneca a déjà été approuvé par les autorités de santé au Royaume-Uni, en Inde, au Maroc ou en Argentine. © Université d’Oxford
Santé

Comment le vaccin d'Oxford-AstraZaneca a-t-il été développé si vite ?

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[EN VIDÉO] Coronavirus : 5 questions pour un vaccin  Plus de 47 vaccins contre le coronavirus sont en cours d’essai clinique dans le monde. Certains ont déjà avancé des résultats préliminaires encourageants. Alors que peut-on espérer de ces futurs vaccins ? Vont-ils nous permettre de retrouver une vie normale ? Cinq questions pour y voir plus clair. 

Alors que certains s'interrogent sur la rapidité avec laquelle les laboratoires pharmaceutiques ont développé leur vaccin anti-Covid, deux scientifiques de l'université d'Oxford, à l'origine du vaccin AstraZeneca, expliquent comment leur laboratoire a travaillé pour y parvenir.

« Bizarre que l'on ait trouvé un vaccin contre la Covid-19 en neuf mois alors qu'on en cherche un contre le Sida depuis 30 ans. » Voilà le genre de discours que l'on entend régulièrement chez les sceptiques du vaccin. Il est vrai que jamais un vaccin n'avait été mis sur le marché aussi rapidement. Habituellement, il ne s'écoule pas moins de 10 à 15 ans entre le début des recherches et la commercialisation. Pourtant, et contrairement aux idées reçues, aucune étape n'a été bâclée ou sautée. Tonia Thomas et Rachel Colin-Jones, deux scientifiques de l'université d'Oxford, qui ont travaillé sur le vaccin en collaboration avec le laboratoire AstraZeneca, expliquent dans The Conversation les dessous de cette prouesse.

Une plateforme de fabrication « universelle »

Contrairement aux vaccins à ARNm de Pfizer/BioNTech ou de Moderna, le vaccin d’AstraZeneca est un vaccin « classique » à vecteur viral, qui utilise un virus de rhume du chimpanzé inoffensif pour l'Homme dans lequel on a inséré le gène codant pour la protéine de pointe S du coronavirus. « Lorsque les cellules lisent ce code, elles commencent à produire des copies de cette protéine S, permettant ainsi au système immunitaire d'organiser une riposte contre ces protéines et de s'en souvenir », décrivent les chercheuses.

« Cela peut paraître un peu compliqué, mais au début de la pandémie nous avions déjà un peu d'avance car nous avions conçu un mode d'action - aussi appelé "plateforme" - pour notre vaccin et nous faisions des tests pour d'autres maladies depuis près de dix ans, expliquent-elles. Le ChAdOx1 [nom du vaccin] a été choisi parce qu'il déclenche une forte réaction immunitaire et que le virus qu'il utilise comme vecteur n'est pas un virus à réplication, il ne peut donc pas donner lieu à une infection. Il avait déjà été utilisé en toute sécurité sur des milliers de sujets dans le cadre d'essais cliniques pour d'autres maladies, notamment le MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient), provoqué par un autre type de coronavirus. »

Le laboratoire d’Oxford travaillait depuis des années sur un vaccin contre une « maladie X » à partir duquel on pourrait développer un vaccin contre n’importe quelle maladie. © Université d’Oxford

Ces travaux visaient notamment à se préparer à la « maladie X », ainsi nommée par l'OMS pour désigner la prochaine pandémie. En d'autres termes, le laboratoire travaillait depuis longtemps sur un « mode d'emploi » avec lequel il suffirait de changer le code génétique du virus pour mettre au point un nouveau vaccin. « Dès que les chercheurs en Chine ont séquencé le génome du nouveau coronavirus, nous avons pu produire rapidement notre vaccin contre la Covid-19 en associant ChAdOx1 à la séquence génétique de la protéine S du SARS-CoV-2 », confirment les chercheuses. Le patron de Moderna ne dit pas autre chose quand il explique qu'il peut développer un nouveau vaccin contre les éventuelles mutations en moins de six semaines. Il s'agit ici plus d'une affaire d'algorithme que de biologie.

Des phases d’essais cliniques compressées

Restent ensuite les phases d'essais, celles qui prennent normalement le plus de temps. Ces essais cliniques pour un vaccin sont généralement divisés en trois phases. La première doit déterminer que le vaccin est sans danger et dans quelle mesure il est toléré, ainsi qu'évaluer la réponse immunitaire de l'organisme. La deuxième correspond à des tests sur un groupe de personnes de plus grande échelle et plus varié, et sert à identifier la dose optimale et les modalités de vaccination. La troisième enfin s'opère auprès de dizaines de milliers de personnes et vise à tester l'innocuité et l'efficacité du vaccin.

Au final, ce vaccin aura été testé sur près de cinq fois le nombre de volontaires habituellement requis

« D'ordinaire, ces phases sont organisées séparément, souvent avec un intervalle entre chacune afin de préparer les protocoles et les dossiers de subvention, puis de solliciter les homologations déontologiques et légales. Mais cette fois, nous avons entrepris les phases 1 et 2 de façon combinée, puis les essais de phases 2 et 3 afin d'accélérer la cadence », détaillent Tonia Thomas et Rachel Colin-Jones. Cela ne signifie pas que des étapes ont été omises : à chaque fois, les données ont été examinées par un comité indépendant de surveillance et de suivi. « Si le moindre symptôme indésirable semble éventuellement lié au vaccin, une enquête indépendante est déclenchée et l'essai est suspendu ». Ce fut d’ailleurs le cas pour AstraZeneca en septembre, qui a dû interrompre son essai durant quelques jours suite à une réaction grave chez un participant.

« Au bout du compte, ce vaccin aura été testé sur près de cinq fois le nombre de volontaires habituellement requis pour parvenir à l'homologation d'un vaccin. À la fin des essais cliniques en cours, 24.000 personnes y auront participé dans quatre pays et 30.000 autres auront été volontaires dans des essais organisés par nos partenaires », concluent les scientifiques. De quoi rassurer un peu les méfiants.

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