Depuis que la carence en vitamine D a été associée à des formes graves de Covid-19, plusieurs publications scientifiques ont vanté les mérites de celle-ci pour prévenir la maladie. Mais attention, elles sont discutables et des résultats robustes manquent encore.

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La vitamine Dvitamine D est indispensable pour être en bonne santé, cette dernière est synthétisée par la peau lors d'une exposition aux UVB ou apportée par l'alimentation ou des compléments alimentaires. En hiverhiver, le temps d'ensoleillement diminue et peut provoquer des carences en vitamine D, notamment dans les pays d'Europe du Nord. Or, plusieurs hypothèses associent le déficit en vitamine D avec les maladies des voies respiratoires supérieures, comme le rhume ou la grippe, omniprésentes en hiver.

Ces dernières, encore controversées, ont trouvé un écho nouveau avec l'épidémieépidémie de Covid-19Covid-19. En avril dernier, une publication américaine a suggéré que les patients en carence de vitamine D ont deux fois plus de risques de contracter une forme grave de Covid-19. Alors faut-il faire une cure de vitamine D pour prévenir ou guérir la Covid-19 ?

Un rapport court, rédigé par un groupe de chercheurs anglais rattachés à plusieurs universités et publié dans BMJ Nutrition Prevention and Health, fait le point sur les données scientifiques actuelles sur la vitamine D et la Covid-19. Selon celui-ci, les effets d'une cure de vitamine D sur la maladie sont peu documentés et la pratique n'est pas sans risques.

Des études controversées

Le rapport des scientifiques anglais fait état de la parution de plusieurs études discutables pour vanter les mérites de la vitamine D en tant que traitement préventif de Covid-19 ou de la grippegrippe. Une d’entre elles a reçu le soutien d'une société pharmaceutique qui vend de la vitamine D, une autre n'est plus consultable sur la bibliothèque virtuelle de la littérature scientifique Pubmed

Pour le moment, il n'y a donc pas de preuve solidesolide sur les effets de la vitamine D sur la Covid-19. Des études cliniques sont en cours en Chine pour explorer cette question.

La vitamine D est synthétisée par la peau lors de l'exposition au soleil. © Exquisine, Adobe Stock
La vitamine D est synthétisée par la peau lors de l'exposition au soleil. © Exquisine, Adobe Stock

Ne pas dépasser la dose journalière maximale

La dose maximale recommandée pour les adultes est de 4.000 UI de vitamine D par jour. Une des études biaisées préconise de prendre jusqu'à 10.000 UI de vitamine D par jour pendant quelques jours. Bien que les cas soient rares, prendre une telle dose sans l'avis d'un médecin et sans carencecarence avérée peut être nocif, notamment pour les reinsreins en provoquant une hypercalcémiehypercalcémie.

En attendant des résultats scientifiques robustes sur l'effet de la vitamine D sur la Covid-19, les scientifiques conseillent de ne pas dépasser la dose maximale journalière en espérant se protéger contre la maladie.


Covid-19 : une carence en vitamine D favoriserait la mortalité

Article publié le 11 avril 2020 par Nathalie Mayer

D'une population à l'autre, la mortalité liée au Covid-19 varie. Aujourd'hui encore, les causes de ces variations ne sont pas bien comprises. Mais des chercheurs suggèrent qu'une carence en vitamine D pourrait être à blâmer.

Il y a moins d'un mois, l'AnsesAnses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail nous rappelait l'importance de veiller à un apport suffisant en vitamine D. Plus encore pendant cette période de crise du coronaviruscoronavirus. Objectif notamment : éviter un affaiblissement de notre immunitéimmunité. Une recommandation qui semble encore plus opportune aujourd'hui, alors que des chercheurs de l’université Northwestern (États-Unis) nous apprennent que les patients souffrant d'une carence en vitamine D ont deux fois plus de risque de développer une forme grave de Covid-19 que les autres.

Pour en arriver à cette conclusion, l'équipe a réalisé une analyse statistique de données -- non encore évaluée par les pairs -- issues d'hôpitaux et de cliniques de plusieurs pays parmi lesquels la Chine, l'Iran, les États-Unis et la France. Selon eux, les différences entre les taux de la mortalité liée au Covid-19 d'un pays à l'autre ne peuvent s'expliquer par la qualité des systèmes de soin, par la répartition des âges dans la population ou encore par la disponibilité des tests. Ils ont en revanche noté une corrélation significative entre taux de mortalité et carence en vitamine D.

On trouve la vitamine D dans de nombreux aliments gras comme le saumon. © cegli, Adobe Stock
On trouve la vitamine D dans de nombreux aliments gras comme le saumon. © cegli, Adobe Stock

Des niveaux moyens de vitamine D inférieurs en Espagne et en Italie

Une conclusion que semble déjà confirmer une autre étude, réalisée par des chercheurs de l’université Anglia Ruskin et de l’hôpital Queen Elizabeth au Royaume-Uni. Une étude motivée par des travaux précédents qui signalaient une association entre faibles niveaux de vitamine D et sensibilité aux infections aigües des voies respiratoires. Selon ces chercheurs, Italie et Espagne -- dont les habitants, surtout les plus âgés, ont tendance à se cacher du SoleilSoleil -- présentent des niveaux moyens de vitamine D inférieurs à la plupart des pays de l'Europe du Nord -- qui consomment plus d'huile de foiefoie de morue et prennent plus le Soleil. Or les taux de mortalité liés au Covid-19 en Italie et en Espagne sont plus élevés que dans les pays scandinaves.

Le saviez-vous ?

La vitamine D est présente dans un certain nombre d’aliments gras. Ainsi les poissons de type sardine, saumon ou maquereau, les abats, le jaune d’œuf, le beurre et le fromage.

Notre corps peut également synthétiser de la vitamine D lorsqu’il est exposé à des rayonnements ultraviolets. Il est ainsi recommandé, au cours du printemps, d’exposer au soleil ses mains, ses avant-bras et son visage, chaque jour entre 15 et 20 minutes.

Traquer les carences en vitamine D

« Cela ne signifie pas que nous devrions tous prendre des suppléments de vitamine D, précise Vadim Backman, chercheur à l'université Northwestern dans le communiqué. Mais ces données pourraient éclairer le mécanisme de la mortalité liée au Covid-19 et pourquoi pas, conduire à de nouvelles cibles thérapeutiques ».

Le taux de vitamine D par pays mis en relation avec la mortalité due au Covid-19 — par million d’habitants — selon les travaux des chercheurs de l’université Anglia Ruskin et de l’hôpital Queen Elizabeth. © Petre Cristian <em>et al.</em>
Le taux de vitamine D par pays mis en relation avec la mortalité due au Covid-19 — par million d’habitants — selon les travaux des chercheurs de l’université Anglia Ruskin et de l’hôpital Queen Elizabeth. © Petre Cristian et al.

Les chercheurs ont notamment observé une forte corrélation entre les niveaux de vitamine D et la fameuse « tempête de cytokine ». Cette condition hyper inflammatoire causée par un système immunitairesystème immunitaire hyperactif observée chez les patients atteints de formes sévères de Covid-19. Et qui semble être à l'origine des décès de la majorité d'entre eux. Ainsi, selon les chercheurs de l'université Northwestern, la vitamine D empêche notre système immunitaire de devenir dangereusement hyperactif. En modulant la réponse des globules blancsglobules blancs, les empêchant de libérer trop de cytokines inflammatoires.

Une prise excessive de vitamine D pourrait avoir des effets indésirables

Des niveaux « corrects » de vitamine D ne préviendraient pas d'attraper le Covid-19. Ils pourraient toutefois protéger contre les complications graves qui y sont rattachées. Mais les chercheurs mettent tout de même en garde contre une prise excessive de vitamine D qui pourrait avoir des effets secondaires indésirables. Ils reconnaissent que la question du mode d'action de la vitamine D dans le cas spécifique du Covid-19 doit être investiguée plus précisément afin notamment de pouvoir définir une sorte de « dose bénéfique ». Mais il est certain que plus que jamais, les personnes en situation de carence devraient consulter leurs médecins afin d'y remédier. Même si, rappelle Petre Cristian, chercheur à l'hôpital Queen Elizabeth dans le communiqué, « corrélation ne signifie pas nécessairement causalité ».