Le racisme fait beaucoup de dégâts dans le monde. © Pololia, Fotolia

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Science décalée : subir le racisme accélère-t-il le vieillissement ?

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Le stress constitue l'un des facteurs qui pourrait diminuer l'espérance de vie, de par ses effets délétères sur le génome humain. Qu'en est-il pour des personnes victimes du racisme ou de discrimination au quotidien ? Une étude suggère qu'ils pourraient, dans certains cas, en pâtir. Le rejet de l'autre ne serait pas qu'un fléau pour la société.

Elizabeth Blackburn n'a pas la réputation de faire dans le superflu. Ses travaux sur le rôle protecteur des télomères sur les chromosomes lui ont même valu le prix Nobel de médecine en 2009. Rappelons les grandes lignes de sa découverte. À l'extrémité des chromosomes, on trouve des séquences d'ADN non codantes, appelées télomères. Puisqu'à chaque duplication du matériel génétique les derniers nucléotides sont perdus, ces télomères se raccourcissent progressivement au cours de la vie d'un individu, mais évitent que ce ne soit les régions codant pour des protéines qui trinquent. Lorsqu'ils deviennent courts, les risques de maladies cardiovasculaires ou de démence augmentent. Leur longueur détermine donc d'une certaine façon le vieillissement et l'espérance de vie.

Alors quand la biologiste états-unienne se lance dans une nouvelle recherche, elle veille à faire les choses correctement. Sa dernière en date est même originale, et mêle sociologie, génétique et médecine. Publiée dans l'American Journal of Preventive Medicine, elle s'intéresse à l'effet du racisme sur le vieillissement individuel. Et suggère de nouveaux effets nocifs à la discrimination. Du moins, dans certains cas de figure.

Ce schéma permet de resituer les télomères sur les chromosomes. Cette cape d’acides nucléiques protège les gènes fonctionnels. © Samulili, Wikipédia, cc by sa 3.0

Le contexte : des Afro-Américains qui meurent plus jeunes

Le rejet de l'autre et de la différence est un fléau pour toute société. La France est d'ailleurs mal classée, à en croire une étude suédoise parue en mai dernier. Près de 23 % des Français voient d'un mauvais œil le fait de vivre à côté d'une personne ou d'une famille d'une autre origine ethnique. Dans la majorité des autres États européens, ce chiffre est inférieur à 15 % et en Amérique du Nord, on passe même en dessous des 5 %. De quoi ne pas s'étonner des nombreux et odieux propos racistes rapportés par la presse ces derniers mois...

Aux États-Unis pourtant, le racisme à l'encontre des Noirs est prégnant. Alors, Elizabeth Blackburn et ses collègues de l'université de Californie à San Francisco (UCSF) se sont demandé s'il ne pouvait pas engendrer un stress délétère sur les personnes qui le subissaient. Plusieurs études ont montré que le stress réduisait la taille des télomères, dont la longueur est associée à l'espérance de vie. Or, les hommes afro-américains ne vivent que 69,7 ans, tandis que les Blancs atteignent pile 6 ans de plus. Les seules conséquences des inégalités sociales ? Les chercheurs ont voulu en avoir le cœur net.

L’étude : le préjugé maléfique

Ainsi, 92 Noirs américains âgés entre 30 et 50 ans, en bonne santé et de différents milieux sociaux ont été recrutés. Quelques gouttes de leur sang ont été prélevées afin de mesurer la longueur des télomères de leurs globules blancs. En parallèle, ils devaient répondre à deux questionnaires. Dans l'un d'eux, il s'agissait d'évaluer l'ampleur des discriminations raciales subies au quotidien, à travers les difficultés à trouver un emploi, un prêt, un logement, d'accéder aux soins médicaux, du ressentiment vis-à-vis de la police, etc.

Le second visait à déterminer les stéréotypes individuels sur les différents groupes ethniques. Ainsi, les auteurs ont mesuré la vitesse à laquelle les participants associaient des images de personnes (noires ou blanches) à des mots connotés positivement ou négativement. À ce petit jeu, 70 % des États-Uniens ont des préjugés contre les Noirs... qui sont partagés par environ 50 % des Afro-Américains !

Que disent les résultats ? L'effet constaté est certes modeste, mais statistiquement significatif. Tous les Noirs sondés ne souffrent pas forcément d'une réduction anormale de la longueur des télomères. Les seuls à en pâtir sont ceux qui ont des clichés négatifs sur leur propre groupe. Une pression supplémentaire qu'ils portent sur leurs épaules.

La discrimination, quelle qu’elle soit, reste néfaste à la société. Et à la santé ! © Kurt Löwenstein Educational Center International Team, Wikipédia, cc by 2.0

L’œil extérieur : l’égalité, c’est la santé

Ces conclusions restent à manier avec précaution, de l'aveu même des auteurs, qui souhaitent pouvoir obtenir des données sur un échantillon plus important pour espérer généraliser. Sur le racisme en général, mais pour toute autre forme de discrimination, qu'elle soit ethnique, culturelle, religieuse, sexuelle, etc.

Dans ce cas de figure alors, des politiques égalitaires et luttant contre la discrimination sous toutes ses formes pourraient réellement devenir de santé publique. Du moins pour toutes les personnes qui se sentent concernées par le problème.