Santé

La longueur des télomères prédirait les risques d'attraper un rhume

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Et si l'on pouvait lire dans l'ADN les risques d'attraper un rhume, ou plus généralement de tomber malade ? Une étude américaine suggère que les adultes dont les extrémités chromosomiques, appelées télomères, sont plus courtes seraient plus sensibles aux infections.

Le rhume, en tant que maladie bénigne, a servi de modèle d'étude à partir duquel les auteurs espèrent pouvoir généraliser à d'autres maladies. Mais est-ce réellement le cas ? On ne le sait pas encore. © Macfarlandmo, Wikimedia Commons, cc by 2.0

Mieux vaut prévenir que guérir. Or, dans le futur, les médecins disposeront peut-être d'informations par, une simple prise de sang, de repérer les personnes à risque pour certaines maladies infectieuses. Même si un tel avenir reste encore bien hypothétique, des scientifiques de l'université Carnegie Mellon de Pittsburgh pourraient bien avoir fait une découverte qui irait en ce sens.

Comme ils l'expliquent dans la revue Jama, ils pensent pouvoir lire dans les télomères, ces séquences d'ADN à l'extrémité des chromosomes, la sensibilité des individus aux infections. Ce serait bien une question de taille : les plus courts laisseraient présager un risque de maladie plus important.

Quelque 152 volontaires ont pris part aux expérimentations. Âgées de 18 à 55 ans, ces personnes en bonne santé se sont vu inoculer un rhinovirus causant un simple rhume. Les cobayes ont été placés en quarantaine pendant cinq jours pour voir l'évolution éventuelle des symptômes. Une prise de sang a révélé que 69 % (105 personnes) des sujets ont été infecté par le virus, mais seulement 33 d'entre eux ont manifesté les signes caractéristiques de la pathologie bénigne.

Chromosomes dont l'extrémité, les télomères, est marquée en blanc. Ces régions non codantes et répétitives d'ADN sont utiles pour protéger les terminaisons chromosomiques et donc le génome. © US Department of Energy Genome Program, Wikipédia, DP

Le rhume associé à des télomères courts

En parallèle, les auteurs ont récupéré des globules blancs (les cellules du système immunitaire) des patients afin d'en extraire l'ADN et mesurer la longueur des télomères. Parmi les malades, on retrouvait 26 % des individus ayant les télomères les plus courts contre seulement 13 % des sujets avec les télomères les plus longs. Une différence significative à l'échelle de l'étude.

Comment interpréter de tels résultats ? On sait que la longueur des télomères est un marqueur de l'espérance de vie. En effet, ces séquences répétitives d'ADN non codant protègent les gènes d'une dégradation. Or, de division cellulaire en division cellulaire, les télomères se raccourcissent. Ils deviennent donc un indicateur du vieillissement. On sait qu'après 50 ans, les personnes dotées des extrémités chromosomiques les plus courtes sont plus sujettes aux maladies et à la mortalité.

Dans cette expérience, les auteurs supposent sans le démontrer que les globules blancs avec les télomères les plus courts sont les premiers à devenir inefficaces et à mourir. Cela se traduit par un système immunitaire vieillissant, moins à même de lutter contre les infections, et dans ce cas de figure précis, contre l'inoculation du virus du rhume. Les cellules les plus précises pour prédire la sensibilité aux maladies seraient des lymphocytes T cytotoxiques dits CD8CD28-.

Lira-t-on nos futures maladies dans l'ADN ?

L'étude montre que l'effet de la taille des télomères dépend de l'âge. Entre 18 et 21 ans, on n'observe aucune différence. Il faut attendre l'âge de 22 ans pour que les écarts commencent à apparaître et à se creuser toujours un peu plus avec le vieillissement. Des résultats que les chercheurs justifient en expliquant que les jeunes adultes disposent encore de télomères plus longs permettant de compenser la perte des cellules efficaces.

Cependant, cette recherche en est seulement à un stade préliminaire. Trop peu de sujets pour généraliser, et seulement une maladie, ne permettent pas d'établir un lien de cause à effet entre la longueur des télomères et la sensibilité aux infections. Simplement une association possible.

La communauté scientifique reste divisée face à une telle révélation. Si certains trouvent l'idée intéressante, d'autres en revanche se montrent plus critiques et pensent que rien ne sortira de ce genre de travail. Seul l'avenir nous dira si la piste était intéressante à creuser...

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