Une classe très particulière de graisses favorise la production de lymphocytes NKT, des cellules du système immunitaire chargées de se débarrasser des éléments étrangers. Les chercheurs espèrent que cette découverte aura des répercussions dans des thérapies contre les infections, les allergies, les maladies auto-immunes, et même le cancer. Rien que ça ! 
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Le système immunitairesystème immunitaire est une machinerie très complexe, et emploie de très nombreux acteurs agissant à différents niveaux. Il est donc nécessaire de comprendre l'implication de chacun. Parmi eux, on compte notamment les lymphocyteslymphocytes NKT (de l'anglais Natural Killer T), impliqués à la fois dans la réponse immunitaire innée (immédiate) et dans la réponse immunitaire adaptative (plus tardive mais avec mémoire).

Même si ces cellules sont peu nombreuses, elles jouent un rôle clé dans la chasse aux éléments pathogènes. On savait jusque-là que leur synthèse était activée par des lipideslipides provenant de différentes sources, y compris ceux présentés par des bactériesbactéries à l'origine de maladies ou ceux naturellement produits par le thymusthymus, l'organe chargé de la maturation des lymphocytes T. Mais cela restait bien imprécis.

Des chercheurs de l'université de Bâle (Suisse) ont réussi, pour la première fois, à déterminer la famille de moléculesmolécules lipidiques pouvant activer spécifiquement le développement de ces cellules NKT dans le thymus. Ces graisses ont toutes un point commun : une liaison étheréther.

Les lipides riches en éther stimulent les lymphocytes NKT

Les chercheurs expliquent dans Nature Immunology avoir analysé la biochimiebiochimie et la structure des lipides extraits dans le thymus. Les seuls capables de stimuler les lymphocytes NKT portaient donc un groupement éther, qui se caractérise par un atomeatome d'oxygèneoxygène se liantliant à deux radicaux carbonés.

Le thymus, que l'on aperçoit ici au centre, n'est pas l'organe le plus connu. Il joue pourtant un rôle crucial dans l'immunité, en particulier puisqu'il est le lieu de maturation des lymphocytes T. © LearnAnatomy, Wikipédia, DP

Le thymus, que l'on aperçoit ici au centre, n'est pas l'organe le plus connu. Il joue pourtant un rôle crucial dans l'immunité, en particulier puisqu'il est le lieu de maturation des lymphocytes T. © LearnAnatomy, Wikipédia, DP

Ces molécules lipidiques sont du même type que celles produites dans le peroxysomeperoxysome, un organiteorganite présent dans toutes les cellules de l'organisme, notamment impliqué dans le métabolismemétabolisme des acides gras. Grâce à une lignée de souris déficiente en une enzymeenzyme particulière du peroxysome (la glycéronephosphatase O-acyltransférase plus exactement), essentielle à la synthèse de lipides avec des liaisons éther, il a été possible de constater les effets de l'absence de ces acides gras sur le système immunitaire. Les chercheurs ont noté une altération significative de la maturation des lymphocytes NKT dans le thymus ainsi qu'une diminution de leur nombre dans le thymus et dans les tissus périphériques. De plus, les cellules NKT n'exprimaient pas le répertoire complet de leurs fonctionnalités.

La dernière étape a consisté à synthétiser artificiellement des analogues chimiques de ces lipides. Les observations montrent que leur administration favorise le développement de ces lymphocytes T particuliers, ceux-ci s'étant retrouvés en plus grand nombre dans le thymus et les organes périphériques.

Étant donnée l'implication des lymphocytes NKT dans l'élimination des cellules de l'organisme ayant perdu leur fonction (cellule tumorale, cellule à l'origine de maladies auto-immunesmaladies auto-immunes, cellule infectée par un virusvirus), les chercheurs espèrent que leur découverte pourra entrouvrir la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques visant à stimuler le système immunitaire. Il est cependant encore beaucoup trop tôt pour s'avancer.