La transmission et l'évolution des infections intestinales, du choléra, de la dengue, mais aussi de la Covid-19 peuvent être largement influencées par les catastrophes météo. © Wojciech Wrzesień, Adobe Stock
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Comment le changement climatique favorise-t-il le développement des épidémies ?

Question/RéponseClassé sous :catastrophe naturelle , Epidémie , Réchauffement climatique

La hausse des températures et la multiplication des phénomènes météo extrêmes ont un impact sur le développement des épidémies, mais souvent d'une manière indirecte. Comment le changement climatique favorise-t-il ce processus ?

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[EN VIDÉO] Comment faire face aux catastrophes naturelles ?  Chaque année de nombreuses catastrophes naturelles ravagent les pays du Sud. Malheureusement, avec le peu de moyens disponibles, la gestion de ces états de crise est souvent problématique. Sébastien Hardy, géographe de l’IRD (institut de Recherche pour le développement) nous parle au cours de cette vidéo des solutions envisagées par l’organisme pour traiter le problème. 

Il est désormais admis que  l'augmentation de la température globale mène à davantage de phénomènes météo extrêmes, une élévation du niveau de la mer, plus d'épisodes de chaleur extrême et de précipitations diluviennes et moins de froid intense. Si ces événements sont amenés à se multiplier, comme l'indiquent les dernières conclusions du GIEC, les épidémies également.

Les catastrophes météo ont deux types de conséquences sur la santé humaine : des conséquences directes et des conséquences indirectes. Les conséquences directes d'une catastrophe paraissent évidentes puisqu'il s'agit des décès et blessures directement causés par le phénomène météo : les noyades en cas de pluies diluviennes, les blessures en cas de débris projetés par des vents violents, ou encore les morts liées à un coup de chaleur. Mais les conséquences indirectes d'un événement climatique sont souvent méconnues et elles font pourtant bien plus de victimes.

Les cyclones et pluies diluviennes favorisent les épidémies

L'intensité des phénomènes cycloniques (ouragans, typhons, cyclones, tempêtes tropicales...) est en grande partie liée à la chaleur des océans : la chaleur fournit l'énergie aux cyclones pour être plus puissants, mais pas forcément plus nombreux pour autant. Le même cyclone aura d'ailleurs probablement des conséquences plus graves en 2050 qu'en 2022 en raison de l'élévation du niveau de la mer et de l'urbanisation galopante. Or, des ouragans plus intenses entraînent des précipitations plus intenses qui auront pour conséquences plus d'inondations, et donc un risque accru d'eau souillée, et donc de maladies, y compris dans les pays occidentaux.

Après l'ouragan Katrina en 2005, qui a ravagé la Louisiane aux États-Unis, 25 personnes sont décédées d'infections Vibrio liées à l'eau souillée, selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Après l'ouragan Matthew en 2016 à Haïti, l'Unicef a recensé de nombreux cas de choléra chez les jeunes enfants. Après chaque typhon en Asie, les cas de dengue se multiplient, car l'humidité apportée par les fortes pluies a un impact sur la reproduction des moustiques.

Les maladies à transmission vectorielle sont en effet fortement liées au climat : un climat chaud et humide affecte la reproduction des moustiques et conduit à des risques accrus d'épidémies de malaria, mais aussi de chikungunya. En cas de tempête, cyclone, ou pluies diluviennes, des agents pathogènes se multiplient dans les eaux souillées et causent des diarrhées dangereuses pour les enfants et les personnes les plus fragiles. L'ONU estime que l'eau souillée tue 10 fois plus que les guerres dans le monde.

Après l'ouragan Katrina aux USA en 2005, l'eau souillée a été vecteur d'infections Vibrio. © UNSW

Le lien indirect entre les catastrophes météo et la Covid-19

Après une catastrophe naturelle, les victimes ont un système immunitaire plus faible et le risque de contaminations est donc démultiplié, selon l'Université Yale : les victimes qui ont survécu ont subi un gros stress et sont affaiblies. La situation d'urgence nécessite souvent que les survivants se regroupent dans des centres d'évacuation avec un problème majeur en cas d'épidémie, celui de la promiscuité.

Les survivants n'ont pas toujours accès à de la nourriture saine pendant quelques temps ni à l'eau potable ou à des toilettes. Cette situation rend les populations très sensibles à la transmission de virus, dont celui de la Covid-19. Dès l'été 2020, New York a créé un « plan spécial ouragan et Covid-19 » : des mesures qui visent à éviter une explosion des contaminations de coronavirus en cas d'ouragan sur la ville. Principale inquiétude, les grands rassemblements dans des centres de réfugiés en cas de catastrophe météo.

Pour limiter les regroupements et ainsi éviter des contaminations massives, New York avait prévu de placer les réfugiés des ouragans dans des hôtels et non pas dans des centres, mais aussi de refuser les volontaires qui auraient souhaiter apporter leur aide.

Autres conséquences indirectes qui aggravent une situation épidémique, les dégâts sur les hôpitaux et les équipements médicaux : après une catastrophe météo, l'électricité est souvent coupée et les transports sont inaccessibles en cas d'urgence. La ville de New York a récemment rehaussé d'un étage tous ses générateurs dans les hôpitaux car ils étaient, à l'origine, situés au sous-sol ou au rez-de-chaussée, une très mauvaise idée en cas d'inondation.

L'adaptation au changement climatique nécessite donc de se préparer aux conséquences sur la santé, à court terme, évidentes mais aussi à celles qui découlent indirectement des dommages et de la désorganisation liés aux catastrophes.  

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