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Histoire de l'apiculture et cueillette du miel

Dossier - L'abeille, sentinelle écologique
DossierClassé sous :zoologie , abeille domestique , animaux

Depuis la nuit des temps, l'abeille nous fascine par ses facultés à produire une substance naturelle qui enchante notre palais et entretient les légendes : le miel. La vie de cet insecte est passionnante. Indispensable à l'équilibre des écosystèmes, l'abeille mérite toute notre attention.

  
DossiersL'abeille, sentinelle écologique
 

L'abeille, insecte hyménoptère de la famille des apidés, est apparue sur Terre il y a plusieurs dizaines de millions d'années, mais l'Homme n'exploite les produits issus de la ruche que depuis le Néolithique.

Au Néolithique, le miel constituait la seule source de sucre de l'alimentation humaine, tandis que la cire entrait comme composant dans la colle utilisée pour la fabrication des outils et des armes, et servait à étanchéifier les récipients en céramique.

Ruches en bois. © JerzyGorecki, CCO

Des découvertes, réalisées notamment sur les sites néolithiques du lac de Chalain, dans le Jura, ou sur le tell de Dikili Tash, en Macédoine, laissent à penser que les produits de la ruche représentaient probablement chez ces populations une activité à part entière. Aux côtés des éleveurs et des agriculteurs, il devait certainement exister des cueilleurs de miel, comme le montre une peinture rupestre découverte à la Cueva de la Araña (« grotte de l'Araignée »), en Espagne.

Le miel et la cire comptaient parmi les ingrédients utilisés dans la pharmacopée. Le miel servait d'antiseptique et de cicatrisant. Les chercheurs de l'université de Waikato, en Nouvelle-Zélande, qui ont analysé le miel issu du « manuka » (arbrisseau local), ont établi que les enzymes de celui-ci étaient d'une efficacité remarquable contre les bactéries multirésistantes comme l'entérocoque ou le staphylocoque doré.

Abeille terricole (Halictus sexcinctus). © Reproduction et utilisation interdites

De nos jours encore, certaines peuplades des zones tropicales pratiquent la cueillette du miel dans des conditions extrêmement périlleuses, à la manière de leurs ancêtres. Les individus grimpent dans les plus hautes branches des arbres, où ils enfument les insectes pour récupérer les rayons gorgés de miel. Ils risquent la chute mortelle à chaque instant.

Au Bangladesh, dans les mangroves marécageuses des Sundarbans, vivent des Hommes dont la pauvreté est telle qu'ils sont obligés de pénétrer sur le territoire du tigre du Bengale pour récolter le miel des abeilles sauvages qui représente une source non négligeable de revenu. Afin de contrer les attaques, qui surviennent toujours de dos, les cueilleurs portent des masques sur l'arrière de la tête afin de faire croire au tigre qu'ils lui font face.

Au Sénégal, la récolte du miel s'effectue la nuit avec une torche. Tout l'essaim est détruit pour récupérer la totalité du miel. Chez les Bassaris, la récolte du miel est assimilée à la chasse. Partir en brousse à la recherche de viande ou de miel semble représenter le même danger. Avant d'aller chercher le miel destiné à l'hydromel de certaines cérémonies comme avant de partir à la chasse, les hommes ne doivent pas avoir de rapport sexuel à partir du jour où est fixée la date du départ en brousse, c'est-à-dire généralement deux ou trois jours. Celui qui a enfreint cet interdit ne participe pas à l'expédition de récolte de miel. Pendant que leurs maris sont partis en brousse chercher de la viande ou du miel, les femmes ne doivent pas avoir de rapport sexuel avec un autre homme, cela serait dangereux pour le mari qui, par exemple, se blesserait (Gessain, 1974). © Reproduction et utilisation interdites

Égypte : la domestication de l'abeille

Selon une découverte réalisée par les chercheurs de l'Inra (Institut national de recherche agronomique), les abeilles sont originaires d'Asie. Mais leur domestication ainsi que l'apiculture virent probablement le jour durant l'Égypte ancienne. La légende prétend que les abeilles seraient nées des larmes du dieu solaire Râ. En tombant au sol, ces larmes se seraient transformées en abeilles qui se mirent à construire des rayons de cire et à fabriquer du miel. Très tôt donc, les Hommes vouèrent un véritable culte à ces insectes sociaux qui symbolisent la perfection et l'immortalité de l'âme. Plus près de nous, les Celtes élevaient également les abeilles et fabriquaient un vin miellé et de l'hydromel, qu'ils considéraient comme un breuvage divin procurant la vie éternelle.

Ruche en paille sur mosaïque. © Reproduction et utilisation interdites

Cependant, malgré le respect que les Hommes portaient aux hyménoptères, les ruches étaient exploitées de façon très archaïque. La récolte de miel était essentiellement pratiquée par étouffage de l'essaim ou par découpage des rayons. Cela affaiblissait la colonie d'insectes, qui finissaient par mourir. Les premières ruches ont été réalisées à partir de troncs creusés, d'écorces de chêne-liège, ou d'osier tressé rendu étanche à l'aide de torchis. Les ruches en paille pouvaient adopter des formes diverses (fagots, paniers) ; elles firent leur première apparition au Moyen Âge.

Plus tard, pour augmenter la production de miel, on installa les ruches dans des niches aménagées dans les murs en pierre sèche, où elles étaient consolidées à l'aide de ronces. Dans quelques endroits du Sud-Ouest et de la Provence, on construisit de véritables « murs d'abeilles », tels l'enceinte du prieuré Saint-Paul, à Parthenay (Deux-Sèvres), le « rucher-mur » de Marvejols (Lozère) ou l'apier de Cornillon-Confoux (Bouches-du-Rhône), voire des « villages d'abeilles » comme dans les vallées de la Roya et de la Bévéra (Alpes-Maritimes).

Mur d'abeilles du prieuré Saint-Paul, à Parthenay (Deux-Sèvres). © Reproduction et utilisation interdites

Apiculture moderne

Ce ne fut qu'avec l'invention du cadre mobile en 1844 que l'apiculture moderne vit le jour. Celle-ci ne concerne que l'élevage de l'abeille domestique que nous connaissons en Europe, Apis mellifera. Pourtant, aujourd'hui encore, on peut voir dans les causses de notre pays des ruches toujours exploitées réalisées dans des troncs creux de châtaigniers, recouverts d'une pierre de schiste ou lauze, pour empêcher la pluie de pénétrer. Ces ruches sont généralement posées sur les étroites terrasses de culture, protégées des vents dominants, avec une planche de vol exposée au sud ou au sud-est.

Ruche tronc traditionnelle. © Reproduction et utilisation interdites

La ruche, dont la taille peut varier, constitue l'unité de vie d'une colonie d'abeilles, dont l'apiculteur doit surveiller la population afin de maintenir un équilibre démographique.

Une colonie d'abeilles est formée d'une reine unique, d'innombrables ouvrières femelles, de faux-bourdons mâles et d'un couvain, lui-même composé d'œufs, de larves et de nymphes. Le nombre d'insectes varie selon les saisons. L'essaim est constitué de 30.000 à 70.000 individus pendant la période où les ressources en nourriture sont abondantes (printemps, été, automne), et se réduit à environ 6.000 en hiver afin que la quantité des réserves amassées suffise pour passer la mauvaise saison. La population ne doit pas non plus tomber en dessous de ce seuil pour que la colonie puisse se reconstituer aux beaux jours. Dans la nature, les essaims sauvages sont moins importants et s'autorégulent lorsque les ruches ne sont pas pillées.

Le monde de l’apiculture est peut-être en train de vivre une véritable révolution. En effet, un nouveau procédé, le Flow Hive, permet de récolter du miel sans stresser les abeilles et sans même ouvrir la ruche. La preuve en vidéo. © Flow Hive

Description d'une ruche

Une ruche est généralement constituée de caissons de taille identique empilés les uns sur les autres. Elle est dite « verticale ». Il existe une autre famille d'abri dont l'agrandissement s'effectue par le rajout de cadres latéraux. L'empilement traditionnel repose sur un plancher qui déborde sur un côté, là où est découpé l'accès, et que l'on nomme « planche de vol » ou « planche d'envol ».

C'est de cet endroit que les abeilles sortent et entrent dans la ruche. Le premier caisson est appelé « corps de ruche » et constitue le domaine privé des hyménoptères qui y entreposent leurs provisions et où réside la reine. Les caisses suivantes sont les « hausses », d'où l'apiculteur extrait le miel. L'ensemble est clos par un couvercle, lui-même surmonté d'un toit. Le « corps de ruche » et les « hausses » accueillent des cadres mobiles suspendus verticalement, dans lesquels les abeilles vont bâtir les rayons. L'apiculteur peut ainsi les retirer aisément pour les contrôler, récolter le miel et juger de l'état de santé de la colonie.

Planche d'envol. © Reproduction et utilisation interdites

Généralement, les ruches sont placées dans des environnements protégés des vents dominants, propices au butinage : clairières en plaine et prairies de montagne. Mais on peut en trouver dans des endroits très insolites comme... sur les toits de l'opéra Bastille, à Paris, entre autres ! Plusieurs villes possèdent aujourd'hui leurs butineuses urbaines.

Abeilles sociales : espèces et sous-espèces

Il existe quatre espèces principales d'abeilles sociales dans le monde :

  • Apis mellifera (Europe occidentale et Afrique) ;
  • Apis dorsata, qui est une variété géante (Asie orientale) ;
  • Apis cerana (Asie occidentale et Asie méridionale) ;
  • Apis florea, qui est une variété naine (Asie centrale et Asie orientale).

Ces espèces se déclinent en d'innombrables sous-espèces.

Rucher du toit de l'opéra Bastille, à Paris. © Reproduction et utilisation interdites

Les principales sous-espèces européennes sont :

  • Apis mellifera mellifera (nord de l'Europe, Asie occidentale, Asie centrale) ;
  • Apis mellifera ligustica (Italie) ;
  • Apis mellifera carnica (Slovénie, Hongrie, Roumanie) ;
  • Apis mellifera caucasica (Caucase, Géorgie).

Parmi les sous-espèces africaines, l'une d'elles est particulièrement connue pour la mauvaise réputation qu'elle traîne derrière elle : Apis mellifera scutellata, que l'on trouve sur l'ensemble du continent africain, également appelée « abeille tueuse » depuis son expansion en Amérique du Sud et son croisement avec les espèces locales. Une autre, plus discrète, Apis mellifera lamarckii (Égypte), est probablement la première sous-espèce que l'Homme ait domestiquée.

Abeille charpentière (Xylocopa violacea). © Reproduction et utilisation interdites

Il faut savoir cependant que près de 85 % des abeilles, parmi les 20.000 à 25.000 espèces existantes à travers le monde, sont solitaires. Elles sont néanmoins butineuses et contribuent à la pollinisation. Parmi les genres européens, on peut trouver, entre autres, les xylocopes, les andrènes et les halictes, ou encore les osmies. Chacun d'entre eux possède une façon bien distincte de récolter le pollen.