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L'abeille africaine ou abeille tueuse

Dossier - L'abeille, sentinelle écologique
DossierClassé sous :zoologie , abeille domestique , animaux

Depuis la nuit des temps, l'abeille nous fascine par ses facultés à produire une substance naturelle qui enchante notre palais et entretient les légendes : le miel. La vie de cet insecte est passionnante. Indispensable à l'équilibre des écosystèmes, l'abeille mérite toute notre attention.

  
DossiersL'abeille, sentinelle écologique
 

L'abeille africaine, Apis mellifera scutellata, est également appelée « abeille tueuse ». Originaire de Namibie, dans le sud-ouest de l'Afrique, elle doit sa mauvaise réputation à son extrême agressivité.

L'abeille africaine, ou abeille tueuse. © Sajjad Fazel, CC by-sa 3.0

L'abeille africaine, ou abeille tueuse, est une espèce originaire de Namibie. Elle a pris pied au Brésil en 1957 et, de là, à raison de 300 à 500 km par an, a colonisé une grande partie de l'Amérique du Sud, l'Amérique centrale et le sud des États-Unis. Ce processus a débuté un an plus tôt, lorsque, pour améliorer le rendement de ses ruches, le Brésil importa quelques reines africaines. Pour les spécialistes, ces abeilles semblaient les plus aptes à supporter le climat local, au contraire des abeilles européennes, moins résistantes au climat tropical.

Malheureusement, lors de diverses manipulations, 26 reines s'échappèrent accidentellement du centre expérimental de la région de São Paulo chargé de les étudier. Ce fut le début de l'invasion.

Une espèce invasive

Ces abeilles sont plus réceptives aux perturbations environnementales et plus agressives que leurs cousines d'Europe. Elles ont réussi à franchir la barrière naturelle des zones désertiques des États nord-américains en pratiquant des haltes dans les villes, où elles peuvent trouver tout ce qui leur est nécessaire pour survivre : des jardins et des parcs plantés de fleurs à nectar, des piscines et des arroseurs pour l'eau, ainsi que d'innombrables anfractuosités pour construire leurs ruches. Cette promiscuité avec les Hommes pose un grave problème de sécurité car depuis l'évasion des reines africaines, l'on dénombre plus d'un millier de victimes ayant succombé à des envenimations mortelles consécutives à des attaques, dont plus de 400 pour le seul Mexique.

Ce n'est pas tant le poison qui est dangereux, car il ne contient pas plus de toxine que le venin des abeilles européennes, mais le nombre de piqûres que peuvent infliger ces insectes. Lorsque les abeilles sont énervées par des odeurs et des sons qui les incommodent, elles partent en reconnaissance pour identifier la source de leur colère. Quand la première butineuse découvre l'intrus, elle passe à l'attaque et pique. Comme Apis mellifera mellifera, elle perd son dard et sa poche à venin. Mais l'organe qui pend au bout de l'ardillon planté dans l'épiderme continue à émettre des phéromones d'alarme qui attirent toutes les butineuses de la ruche, désignant ainsi la proie à abattre. Et là où seules quelques abeilles européennes auraient harcelé la victime, les abeilles africaines s'acharnent en grand nombre.

L'abeille africaine ressemble morphologiquement aux différentes espèces d'abeilles européennes, mais là s'arrête la comparaison.

Physiologiquement, elle est plus résistante aux maladies ou aux mauvaises conditions atmosphériques que son homologue (elle vole par mauvais temps) et sa fécondité est plus importante. Elle essaime plusieurs fois dans l'année pour faire face à des périodes de crises (pénurie de nourriture ou d'eau), produit plus de miel et est plus acharnée à combattre les intrus. Ces facultés lui permettent de coloniser les ruches d'abeilles plus pacifiques, et, à terme, d'en modifier les populations. Ces hybrides naturels possèdent les mêmes caractéristiques que leurs parents. Les apiculteurs qui, malgré eux, ont vu les populations de leurs ruches se transformer, ont été contraints de s'adapter au mauvais caractère de ces nouvelles résidentes. Il n'existe aucun moyen d'éradiquer la menace représentée par Apis mellifera scutellata, qui est le type même de l'espèce invasive.

Actuellement, dans sa région d'origine, la Namibie, Apis mellifera scutellata doit faire face à l'invasion d'une espèce originaire d'Afrique du Sud, Apis mellifera capensis, qui agit en parfait parasite depuis le stade larvaire jusqu'au statut de pseudo-reine, et qui décime les ruches de Scutellata.