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L’uranium en France : l’usine du Bouchet, Areva et Comurhex à Pierrelatte

Dossier - L'uranium dans le monde
DossierClassé sous :géologie , uranium , approvisionnement

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De la bombe atomique aux centrales nucléaires, l'uranium accompagne l'histoire du XXe siècle. Avec le réchauffement climatique, cette matière première pèsera également sur le XXIe siècle. Vous saurez tout de son extraction, du cycle du combustible et de quelques pays producteurs avec ce dossier.

  
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La France est totalement dépendante en termes d'approvisionnement en uranium. La dernière mine d'uranium située sur le territoire français a fermé en 2001. Actuellement, tout l'uranium utilisé en France provient de l'étranger. L'uranium qu'a produit par Areva NC en 2005 (plus de 6.000 tonnes d'uranium, soit 10 % de plus qu'en 2003) provient de sites situés à l'étranger, principalement au Canada, au Niger et au Kazakhstan.

L’usine du Bouchet

Située à 40 km au sud de Paris, entre Saint-Vrain et Ballancourt, l'usine du Bouchet fut la première usine française de fabrication d'uranium. Comme l'explique Mary Byrd Davis dans son guide La France nucléaire« la tâche des premiers exploitants relevait plus de l'acrobatie chimique et technologique que de la simple industrie, tous les ingénieurs et techniciens chimistes étaient des débutants ».

Schéma de la fabrication de l’uranium telle qu’elle était pratiquée dans l’usine du Bouchet. © DR

Quelques dates sur l'usine du Bouchet :

  • en 1948, 17 tonnes de minerai d'origine belge y sont épurées ;
  • en 1949, le CEA a extrait la première tonne d'uranium métal français ;
  • de 1949 à fin 1956, Le Bouchet réceptionne du minerai de haute qualité pour la concentration et le raffinage ;
  • dès 1956, le CEA exploite du minerai moins riche et des usines de traitement ont été construites près des mines ;
  • dès 1958 la capacité s'est stabilisée à 500 tonnes par an ;
  • en 1967, le CEA estime que l'usine a traité 5.400 t de concentrés pour 935 t d'uranium et 2.892 t de thorium. L'uranothorianite est beaucoup plus active que le minerai de thorium et d'uranium normalement traité.
  • en 1969 et 1970, l'usine produit 159 t d'uranium appauvri, provenant de La Hague ;
  • l'usine a aussi fabriqué de l'UF4 pour transformation en UF6 à Pierrelatte ;- entre 1971 et 1979, le démantèlement du centre du Bouchet par le CEN (centre d'étude de l'énergie nucléaire) de Saclay a lieu ;
  • en 1979, le CEA remet les lieux à la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE).

Les déchets comprenaient :

  • des effluents atmosphériques, constitués de particules provenant du grillage en plein air ;
  • des effluents liquides, solutions issues de la purification ;
  • des déchets solides sous forme de boues de traitement.

Le parc est clôturé et le site surveillé dans le cadre d'une convention entre le CEA et la SNPE.

L'usine du Bouchet en 1961. Le site a été utilisé pour le traitement du minerai d’uranium de 1946 à 1971. © DR

Dans un article pour les Echos du groupe CEA de 1989, Jean Sauteron offre une description des débuts du traitement de l'uranium sur le site. « Pour les premiers traitements, la matière première était constituée par quelques tonnes d'oxyde U3O8, l'oxyde noir, rassemblées par Joliot-Curie à la veille de la guerre et cachées au Maroc pendant l'occupation. Ensuite, on traita un lot d'uranate de soude d'origine belge puis des minerais riches (3 à 10 %) et enfin les concentrés livrés par les usines de concentration de l'Hexagone. Le traitement des minerais connut un nouvel essor à partir de 1957 avec l'arrivée de l'uranothorianite de Madagascar. »

« Le produit fourni par l'usine fut d'abord de l'oxyde UO2 pour Zoé [la première pile atomique française, NDLR], puis des lingots d'uranium métallique. Pour obtenir celui-ci, il faut passer par l'intermédiaire du tétrafluorure UF4. Au début, ce sel était préparé en touillant l'oxyde UO2 avec de l'acide fluorhydrique en solution aqueuse dans des cuves ébonitées, ce qui donnait lieu ensuite à d'interminables filtrations, lavages et séchages... et à un produit médiocre. Ce dernier était réduit en métal par calciothermie, opération fort appréciée des visiteurs pour son feu d'artifice spectaculaire, mais non irréprochable sur les plans du rendement et de l'hygiène. »

« La mise au point de la fluoration par voie sèche d'une part, les perfectionnements de la calciothermie puis le passage à la magnésiothermie d'autre part mirent fin à ce folklore industriel. »

Aujourd'hui, l'approvisionnement en uranium des 58 réacteurs d'EDF dépend de l'immense usine d'enrichissement d'Areva, sur le site nucléaire du Tricastin. Cette installation stratégique porte le nom de Georges Besse, fondateur d'Eurodif, assassiné par Action directe en 1986.

Carte nucléaire de la France. Les unités installées sont marquées en jaune, et les unités déclassées en bleu. © Observatoire de l'énergie

Areva, groupe industriel dans le nucléaire

Areva a été créé en 2001 et regroupe l'ensemble des activités de Cogema, Framatome ANP et FCI. C'est le seul groupe au monde maîtrisant et exploitant la totalité des activités dans le domaine nucléaire : étapes du cycle du combustible, réacteurs, instrumentation, contrôle et mesures, ingénierie, etc. Le groupe emploie environ 46.000 personnes dans le monde.

Évolution de la production d'électricité en France selon les différentes sources. Le nucléaire est devenu prépondérant dans notre pays au cours des années 1980. © Roulex_45, Wikimedia Commons, GNU 1.2

L’usine Comurhex de Pierrelatte

Située sur le site nucléaire du Tricastin, dans la vallée du Rhône, entre Drôme et Vaucluse, l'usine Comurhex de Pierrelatte transforme le tétrafluorure d'uranium (UF4) en hexafluorure d'uranium (UF6). Ce produit intermédiaire est la deuxième étape de conversion de l'uranium. Elle produit également de l'UF6 à partir d'uranium de retraitement en provenance de La Hague. Certains réacteurs à eau pressurisée (REP) utilisent cet uranium de retraitement comme combustible.

Le site de Pierrelatte en vue aérienne. L’usine a été classée secrète jusqu’en 1978. © DR

Le fluor nécessaire aux opérations de conversion y est produit en continu. Grâce à son savoir-faire, l'usine a développé une gamme de produits fluorés :

  • azote-fluor pour l'imperméabilisation des réservoirs automobiles ;
  • trifluorure de chlore utilisé en microélectronique et pour le nettoyage des barrières de diffusion gazeuse ;
  • hexafluorure de tungstène, pour certains dépôts chimiques en phase vapeur.

Un programme de surveillance a été mis en place avec les autres entreprises du groupe Areva implantées sur le site du Tricastin et, chaque année, près de 21.000 analyses sont effectuées sur 9.500 échantillons prélevés dans le milieu naturel en 200 points répartis sur le site et dans son environnement.

Les résultats sont publics après vérifications et calculs spécialisés. Les rejets liquides et gazeux sont traités et contrôlés afin d'en extraire les éléments radioactifs et chimiques. Les installations sont certifiées Iso 14001 depuis 2003. Cette certification internationale garantit que ses activités respectent des normes environnementales rigoureuses.

Dans un contexte en pleine évolution, les établissements Areva du Tricastin ont demandé à l'Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques) de réaliser une étude d'évaluation des risques sanitaires (ERS) liés au fonctionnement des établissements de la plateforme du Tricastin.