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Grès : les grès à meules de l’Hermenault-Sérigné

Dossier - Meule : histoire et géologie des pierres meulières
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Découvrez l'histoire des meules, les secrets de fabrication, les sites connus pour leur grès et les caractéristiques des pierres utilisées.

  
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Le grès est une roche qui servira beaucoup dans la fabrication de meules. Le Lias inférieur de Vendée est un dépôt peu épais et lacunaire en discordance avec le socle. Ce sont essentiellement des dépôts fluviatiles et marins : les grès de l'Hermenault.

Les grès de l'Hermenault. © Arlette1, CC BY-NC 3.0

L’Hermenault et ses grès

L'Hermenault se trouve tout au bord de la mer héttangienne dans l'ancien cours d'un fleuve assez puissant qui a déposé des grès graveleux sur des épaisseurs variables de 30 m et moins. Ces anciennes vallées, vieilles de 205 Ma, étaient couvertes de végétation dont les équisetites, grandes fougères dont on trouve des troncs fossiles dans les grès d'ici. Leurs cours, grossièrement méridien, charriait du matériel de la chaîne hercynienne bientôt érodée.

Fossile d'un tronc et d'une fougère sur un grès. Grès à meule Hermenault. © Photo Claire König DR

L'Hermenault, ancienne capitale des meules de grès (exploitation de 1000 à 1800 env.) avait un gros commerce et Louis XI lui attribua une foire, ce qui représentait, à l'époque, un signe d'importance pour la ville. En effet, outre les carriers, il fallait toutes sortes d'installations pour faire tourner ces exploitations, les chevaux et les bœufs pour le travail, les forgerons qui fabriquaient, entre autres, les pointes de fer pour les barres à creuser la pierre, car les techniques de forgeage de l'époque ne permettaient pas de faire des barres à mines comme nous les connaissons, les porteurs, les logements, la nourriture... si bien que nous avions affaire à un centre important de l'époque, sans compter l'intendance pour des marchands qui venaient de toute la côte atlantique chercher leurs meules ici.

Le site des meules en place se trouve à Sérigné : depuis le village prendre la D23 puis le chemin à droite jusqu'au point marqué altitude 66. Ce bois, privé, est creusé sur 2 ha environ et chaque creux est une zone d'exploitation de meules. Concernant la région (vallée de la Longève et ses abords) précisons encore que le chêne vert pousse sur le calcaire et les châtaigniers sur des sols plus acides comme les grès et les schistes : ceci aide à comprendre le paysage.

Le grès : caractéristiques et formation

Le grès de l'Hermenault est très variable d'un endroit à l'autre, il traduit bien ce qu'on peut trouver dans un cours d'eau impétueux : sable fin, petits cailloux, gros cailloux, en particulier de quartz, le tout très anguleux donc témoignant d'un transport assez court. Ce grès est essentiellement siliceux : 95 % de silice ! Le ciment siliceux est plus ou moins fin et ne tient pas sur les quartz si ceux-ci sont gros et lisses : pierres à éliminer pour les meules !

Pour faire un grès il faut du sable ou des cailloux pas trop gros (sinon on aura une brèche ou un poudingue !) un ciment plus ou moins sableux, de l'eau, de la silice dissoute, puis un peu de déshydratation des sédiments par un peu de compression... Dès que le sable se compacte, on obtient un grès, plus ou moins consolidé au début qui deviendra de plus en plus compact et dur au fil de la diagenèse. La silice est un ciment fréquent des grès, croissant en continuité optique sur les grains de quartz et donnant naissance aux quartzites si le processus arrive à terme. Suivant l'âge des grès, ce ciment peut être constitué d'opale (forme peu stable de la silice), de calcédoine ou de quartz (forme très stable).

Le ciment peut être calcaire ou siliceux, le plus souvent siliceux. L'eau remplit l'office d'agent transporteur du ciment entre les grains de sable, que ce soit du calcaire ou de la silice (si cette dernière est colloïdale elle agglutine les grains et accélère le phénomène). La silice utilisée pour former le ciment peut provenir des grains de sable eux-mêmes ou des phytolithes formés par les végétaux d'alors mais il faut se souvenir que la grésification ne peut intervenir qu'en milieu humide et dans un sable comportant des fentes (très légèrement indurées par l'humidité au départ) qui permettent la circulation de l'eau.

Le problème des ciments siliceux réside surtout dans l'origine de la silice : les eaux marines sont sous-saturées en silice et ne fournissent que peu de matière à la cimentation. De plus, les processus de pression-dissolution ne peuvent être responsables que d'environ 1/3 du volume de ciment. Restent la silice issue de la dissolution des tests des organismes (radiolaires, diatomées, éponges) et la silice provenant de la transformation des minéraux argileux. Ce sont deux sources majeures de silice, mais rarement associées géographiquement à des corps sableux importants (argiles, radiolaires, éponges sont plutôt associés à des faciès profonds). Il faut donc imaginer une circulation diagénétique intense pour expliquer l'existence des ciments siliceux.

Schéma de l’exploitation des meules

Voir, pour les meules de grès en place, les photos ci-dessous.

Meules de grès, Hermenault. © Photo Claire König DR
Meules de grès, Hermenault. © Photo Claire König DR
Meules de grès, Hermenault. © Photo Claire König DR

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